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Ensemble Pygmalion, Devieilhe et Degout à la Philharmonie : grâce et sérénité pour les fantômes d’Hamlet et d’Ophélie.

par Ivar kjellberg 25 mai 2025
par Ivar kjellberg 25 mai 2025
John Everett Millais, Ophélie (1851-1852).
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Si les compositeurs mis en lumière ce soir, tous contemporains en leur temps, livrent une partition hantée, les œuvres semblent dessiner comme un écrin funèbre à la tragédie shakespearienne mise en musique par Ambroise Thomas : Hamlet et Ophélie trouvant grâce dans la Méditation Religieuse issue de Tristia de Berlioz, et sérénité dans le Requiem de Fauré.

La présence d’artistes au talent reconnu impose toujours une certaine angoisse : que dire lorsque d’avance, au vu du programme choisi et du niveau des interprètes, on sait que les partitions ne seront pas juste respectées mais sublimées ?

Car on ne peut pas vraiment dire que le public de la Philharmonie ou même les artistes étaient confrontés à une grande prise de risque. L’Ensemble Pygmalion dirigé par Raphaël Pichon est coutumier des compositeurs romantiques, et Sabine Devieilhe aussi bien que Stéphane Degout ont déjà triomphé ensemble et séparément dans des productions d’Hamlet. On se souvient avec émotion d’ailleurs de la production donnée à l’Opéra-Comique en 2018 et mise en scène par Cyril Teste, où les deux chanteurs étaient incandescents. Et ce concert parisien sous la cloche de métal de la Villette reproduit celui donné avec succès à Bordeaux il y a quelques jours.

Quel confort alors : ne pas craindre de déception, n’attendre que d’être ébloui. Car lumière il y a, tour à tour de faible intensité et un peu voilée, dans l’atmosphère de recueillement imposée par la Méditation religieuse de Berlioz. Sur ce premier morceau, déjà le chœur Pygmalion fait résonner de belles couleurs et des harmonies dont la complémentarité crée l’ambiance feutrée propre à introduire le drame de facture très académique, mais ô combien apprécié, de Thomas, après une « marche funèbre » propice à annoncer le drame shakespearien. Drame venant se substituer à la partie centrale de Tristia constituée par la Mort d’Ophélie, d’ailleurs enregistrée aussi par Devieilhe sur le bel album « Mirages ».

La partie du concert consacrée au compositeur de Mignon voit donc les deux chanteurs se placer d’un bout à l’autre de la scène. Idée simple mais rappelant que l’indifférence, un peu feinte d’Hamlet, qui fuit le regard et la présence de sa fiancée, vient déclencher la folie dévorante d’Ophélie. Mais c’est Stéphane Degout qui commence, avec l’ordre des airs un peu chamboulé, mais sans réelle conséquence autre que de mettre en valeur l’ampleur du désarroi des deux personnages. Le baryton, à l’air sévère et renfermé, déploie une voix sombre et poignante, remplissant aisément la salle grâce à une projection impressionnante ne gâchant en rien la compréhension du livret. Les paroles sont ciselées sur le ton du chanteur, modulant parfaitement ses effets pour mieux bouleverser le public. Si quelques éclats de lumière reviennent grâce aux intermèdes où rayonne un court moment la clarinette, le drame se poursuit avec l’arrivée d’Ophélie. « Les serments ont des ailes » permet à la fois d’introduire le personnage et à la chanteuse de s’attaquer doucement à l’œuvre, avant de gravir les montagnes de l’air de folie. À la voix angoissée d’Hamlet répond celle passionnée d’Ophélie : appelant sans cesse son fiancé, le talent de Devieilhe vient s’illustrer une fois de plus dans l’acte consacré à son personnage où, rendue folle, elle s’enfonce dans les profondeurs. La précision et l’agilité de la soprano font des merveilles de la partition, très démonstrative, et le filet de voix de la chanteuse parvient à remplir l’intégralité de la salle en quelques secondes dans une fulgurance déchirante, pour mieux s’affiner ensuite jusqu’à des notes d’une douceur infinie. Cerise sur le gâteau, l’air de la folie est suivi par la conclusion de l’acte où soprano et chœur entremêlent leur voix sur le très beau « Doute de la lumière… », souvent injustement écarté lors de récitals.

Sans laisser le temps au public de se remettre pleinement de son émotion, Raphaël Pichon enchaîne avec le Requiem de Fauré, dans sa version « symphonique » de 1900. À son habitude, Pichon fusionne avec son orchestre et fait briller le chœur qui émet une sonorité homogène et éclatante. Impossible d’échapper à la beauté du « Sanctus » et du « In Paradisum », où Fauré infuse des élans propres à l’opéra dans sa musique liturgique. On retrouve la petite touche du chef, toujours appliqué à la « mise en son » de ses concerts, lorsqu’il fait se déplacer Sabine Devieilhe à divers endroits de la salle pour reproduire l’effet  et le placement liturgique.  L’orchestre Pygmalion sublime comme à son habitude chœurs et solistes, en leur donnant l’espace sans se diminuer, grâce à houlette attentive du chef d’orchestre. 

En territoire conquis, comme l’a prouvée une méritée standing ovation et la longue salve d’applaudissements, l’Ensemble a offert une tombe royale aux infortunés Hamlet et Ophélie.

Photo Ivar Kjellberg
Les artistes

Pygmalion – chœur et orchestre
Raphaël Pichon
, direction

Sabine Devieilhe, soprano
Stéphane Degout
, baryton

Le programme

Hector Berlioz
Tristia : Méditation religieuse

Ambroise Thomas
Hamlet
Extraits

Hector Berlioz
Tristia : Marche funèbre pour la dernière scène d’Hamlet

Gabriel Fauré
Requiem (version de 1900)

Paris, Philharmonie, concert du mardi 20 mai 2025.

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Sabine DevieilheStéphane DegoutPygmalion
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Ivar kjellberg

Habitué de longue date du TCE et pianiste amateur, Ivar Kjellberg est venu à l'art lyrique grâce à ses parents, qui faisaient sonner Wagner dans tout l'immeuble pour l'amuser. Grand fan des interprètes des années 70 et de l'opéra allemand, Ivar peut écouter en boucle les disques d'Edda Moser et d'Hermann Prey avant d'enchaîner... sur un bon Offenbach !

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