Brahms/Schubert – Raphaël Pichon, Montpellier Le Corum/Opéra Berlioz, mercredi 15 juillet 2026
Un vagabondage romantique en compagnie de Stéphane Degout et de l’ensemble Pygmalion au Festival Radio-France Occitanie Montpellier
Au Festival Radio-France Occitanie Montpellier, après Le Voyage d’hiver, le nouveau cap schubertien est symphonique. Conçue par le chef d’orchestre Raphaël Pichon, cette « traversée intérieure » entremêle trois lieder orchestrés aux deux mouvements de la Symphonie « Inachevée ».
Une errance romantique « haute couture »
Conçu par Raphaël Pichon, avec la complicité artistique de Stéphane Degout, le cheminement du Wanderer romantique est d’une cohérence et d’un éclairage stupéfiants. Grâce aux orchestrateurs romantiques que sont Liszt, Brahms et Reger, trois lieder de Franz Schubert vagabondent entre les mouvements de la 8e Symphonie Inachevée. Au sein de cet intelligent enchainement, les connections s’opèrent subtilement, à la manière d’un « cousu-main » : par une même tonalité en mode mineur, ou bien une pédale de cor suspendue ou encore des similitudes d’instrumentation.
La poésie ineffable de Heine et de Schiller, choisie par Schubert, y gagne encore en intensité. Elle chante justement le double (lied Der Doppelgänger) ou bien la mort dans une véhémence hachée de Gruppe aus dem Tartarus, avant de se dissoudre dans la nuit apaisée de Nacht und Träume. Avec les couleurs orchestrales de la facture instrumentale 1800 qui caractérise l’Ensemble Pygmalion, ce cheminement prend du relief, entre tension et détente harmoniques gérées par Raphaël Pichon. Aux effluves encore présentes de la densité vocale succèdent les couleurs adoucies de clarinette et hautbois soli (2e mouvement de l’Inachevée). Puis, les doux appels de cor de la forêt (Siegfried Idyll) anticipent l’apaisement du dernier lied onirique : tout se lie ou s’absorbe. Oserons-nous une mini réserve ? Dans ce cheminement, la pièce wagnérienne est plus que clandestine : elle perturbe l’équilibre schubertien par le long développement entêtant des thèmes.
Avec Stéphane Degout, l’intériorité schubertienne transfigurée par l’orchestration
Toujours sobre en concert, le baryton Stéphane Degout est le Wanderer idéal d’un programme audacieux qui le met à l’abri de l’habituel florilège de lieder et mélodies, apanage d’un récital. Demeurant impassible sur scène pendant cette longue partie, ses trois courtes contributions irradient de poésie romantique, d’autant plus fulgurantes qu’elles sont brèves (de 3 à 5 minutes !). Sa concentration semble même englober le silence qui précède chaque lied ; elle lui permet ainsi de conduire la note-pivot initiale du Doppelgänger comme une boussole qui plane sur l’orchestre, ou encore de susurrer Nacht und Träume sur le ton de la confidence. Comme s’il refusait de refermer cette traversée intérieure. Vocalement, la splendeur du timbre dans la nuance forte tient tête à l’opulente orchestration de Brahms lors de la course effrénée de Gruppe aus dem Tartarus. Avec une belle diction allemande, la densité du médium est remarquable, tout comme les éclats lyriques d’un artiste qui habite chacun de ses rôles scéniques – sans doute le plus grand Hamlet d’Ambroise Thomas actuellement.
Le public a marqué son adhésion en s’abstenant d’applaudir entre les œuvres de l’agencement schubertien. En fin de partie, son accueil enthousiaste salue autant le baryton que l’Ensemble Pygmalion. L’enthousiasme ne faiblit pas pour la seconde partie du concert, consacrée à la Symphonie n° 1 op. 68 de Brahms. Sa puissante architecture est magnifiée par l’interprétation de Raphaël Pichon et sa phalange sonne comme un orgue monumental dans l’Opéra Berlioz.
Plus d’informations …
Le concert du 15 juillet était diffusé en direct sur France Musique ainsi que sur plusieurs radios européennes, de la Lituanie à l’Italie. Il peut désormais être réécouté en podcast sur l’application Radio France.
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Stéphane Degout, baryton
Ensemble Pygmalion, dir. Raphaël Pichon
. F. Schubert / F. Liszt, Der Doppelgänger ; F. Schubert / J. Brahms, Gruppe aus dem Tartarus D. 583 ; F. Schubert / M. Reger, Nacht und Träume D. 827.
. R. Wagner, Siefried Idyll WWW 103
. J. Brahms, Symphonie n° 1 op. 68
Montpellier Le Corum/Opéra Berlioz, concert du mercredi 15 juillet 2026

