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CD – Marion Vergez-Pascal : Amor y flores, une voix aux couleurs de l’Espagne

par Stéphane Lelièvre 15 juillet 2026
par Stéphane Lelièvre 15 juillet 2026
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Les artistes

Marion Vergez-Pascal, mezzo-soprano
Héloïse Bertrand-Oleari, piano
Timothée Vinour, guitare
Imanol Iraola, castgnettes

Le programme

Amoy y flores

Oeuvres de Francisco Asenjo Barbieri,  Carlos Gardel, Manuel De Falla, Frederico Garcia Lorca, Enrique Granados, Jesús Guridi, Xavier Montsalvatge, Joaquín Rodrigo

1 CD Mirare, 22 mai 2026

Le parcours d’une jeune mezzo déjà solidement affirmée

Révélation de l’ADAMI, Marion Vergez-Pascal s’impose aujourd’hui comme l’une des jeunes mezzo-sopranos françaises les plus prometteuses de sa génération. Après ses débuts à la Maîtrise de Radio France, elle poursuit sa formation au Conservatoire national supérieur de musique et de danse de Paris, dont elle sort diplômée en 2023. Son parcours se prolonge ensuite au sein de deux institutions particulièrement prestigieuses : la Chapelle musicale Reine Élisabeth de Bruxelles, puis l’Académie de l’Opéra Comique à Paris. Elle a également bénéficié des conseils d’artistes de premier plan, telles Annick Massis, Bernarda Fink ou encore Sophie Koch.

Lors du concert Roméo et Juliette, une tragédie en musiques donné dans le Grand Amphithéâtre de la Sorbonne en avril 2024, Marion Vergez-Pascal était passée avec aisance du Roméo et Juliette de Berlioz aux I Capuleti e i Montecchi de Bellini ou encore au West side story de Bernstein, démontrant ainsi une belle versatilité stylistique. Quelques mois auparavant, à l’occasion d’un concert consacré aux Révélations de l’ADAMI donné au Bal Blomet, elle avait manifesté un intérêt particulier pour la musique espagnole en interprétant notamment des pages de Ruperto Chapí. C’est précisément cet univers qu’elle choisit aujourd’hui d’explorer avec Amor y flores, son premier récital discographique publié chez Mirare.

Avant même l’écoute, le disque séduit par le soin apporté à sa réalisation éditoriale. La présentation est exemplaire : notices biographiques des interprètes, textes de présentation des œuvres, mais aussi reproduction intégrale des poèmes avec leur traduction française. À une époque où nombre de grands labels renoncent à ce type de documentation, cet effort mérite d’être salué.

Un voyage au cœur de la chanson espagnole

Le programme proposé illustre toute la richesse d’un répertoire encore trop rarement présent dans les salles de concert et au disque. Comme le rappelle avec justesse Isabelle Porto San Martín dans la notice, la chanson espagnole occupe une place singulière, à la croisée de la tradition populaire et de la musique savante. À l’image du lied allemand ou de la mélodie française, elle se nourrit d’une transmission orale que les compositeurs ont constamment réinventée, faisant dialoguer folklore, poésie et écriture raffinée.

Marion Vergez-Pascal compose ainsi un florilège particulièrement varié réunissant des pages de Joaquín Rodrigo, Manuel de Falla, Jesús Guridi, Francisco Asenjo Barbieri, Enrique Granados, Xavier Montsalvatge mais aussi Federico García Lorca, dont on découvre ici les qualités de musicien, moins connues que celles de poète et dramaturge qui lui ont valu une renommée universelle. Chaque cycle révèle un visage différent de cette Espagne musicale. Les Canciones castellanas (Guridi) évoquent, dans un esprit presque cinématographique (elles ont été composées pour le septième art), les différents épisodes de la vie d’un village. Les Canciones españolas antiguas de García Lorca prolongent quant à elles le travail de collecte entrepris par le poète, qui restitue avec une grande sensibilité le patrimoine populaire espagnol. Avec la Canción de la paloma (Francisco Asenjo Barbieri), l’auditeur retrouve les inflexions caractéristiques de la tradition andalouse, tandis que El mirar de la maja d’Enrique Granados témoigne de la fascination du compositeur pour l’univers pictural de Goya, source d’inspiration de son opéra Goyescas, récemment remis à l’honneur par l’Opéra de Limoges.
Le parcours se poursuit avec les Canciones negras de Xavier Montsalvatge, sans doute les pages les plus audacieuses du programme. Inspirées par le traumatisme de la perte de Cuba en 1898, elles mêlent tendresse et violence, rythmes asymétriques, harmonies parfois dissonantes et influences de l’avant-garde catalane sur des textes de grands poètes. Enfin, le récital s’achève avec Volver de Carlos Gardel, page empreinte de nostalgie devenue l’un des emblèmes de Buenos Aires.

L'art de faire naître les climats

Pour l’accompagner dans ce séduisant parcours, la chanteuse s’est entourée d’Héloïse Bertrand-Oléari au piano, du guitariste Timothée Vinour et du baryton Imanol Iraola, lequel délaisse ici le chant pour… les castagnettes[1], apportant ainsi une discrète mais bienvenue touche de couleur locale à un programme dont la diversité des climats, des styles et des atmosphères constitue l’un des principaux attraits.

L’interprétation de Marion Vergez-Pascal tient toutes les promesses de ce programme. On admire chez la jeune mezzo la clarté de la diction, l’intelligence du texte, la beauté d’un timbre qu’elle ne cherche jamais à assombrir artificiellement, l’élégance naturelle de la ligne de chant ainsi que le souci constant de l’équilibre avec ses partenaires.

Sans doute certaines pages quelque peu dramatiques appelleraient-elles un timbre aux couleurs plus noires, voire une certaine rugosité expressive dont cette voix, encore très jeune, ne dispose pas encore pleinement. Il ne s’agit toutefois que d’une réserve marginale au regard des qualités que déploie Marion Verger-Pascal tout au long de ce récital. La mezzo excelle en effet dans les pages empreintes de fraîcheur, de grâce ou de légèreté. Ainsi, Cómo quieres que adivine de Guridi séduit par son naturel et sa spontanéité. On admire également un sens très sûr de la nuance : dans Los cuatros muleros de Federico García Lorca, la ligne vocale s’allège progressivement jusqu’à se réduire à un véritable fil de voix, d’une délicatesse saisissante. L’hymne à Séville (Sevillanas del siglo XVIII) rayonne d’un enthousiasme communicatif, tandis que La Tarara, malgré sa brièveté, est un petit chef-d’œuvre d’élégance souriante.

L’une des plus grandes qualités de l’interprète réside dans son aptitude à créer des climats sans jamais forcer l’effet. Elle restitue avec beaucoup de poésie l’atmosphère à la fois diaphane et doucement tiède d’une aube d’été (Mañanita de San Juan de Guridi), avant de trouver, dans Volver de Carlos Gardel, une mélancolie retenue, exempte de toute sentimentalité excessive.

Les partenaires instrumentaux contribuent pleinement à la réussite de l’entreprise. Le piano d’Héloïse Bertrand-Oléari s’inscrit dans un véritable dialogue avec la voix, les deux partenaires faisant preuve d’une écoute mutuelle constante et d’une remarquable capacité à se répondre, donnant ainsi toute leur richesse expressive aux différentes atmosphères de ce récital. La guitare de Timothée Vinour, d’une musicalité exemplaire, sait tour à tour restituer les rudesses d’inspiration flamenca, se faire d’une délicatesse presque lancinante dans El mirar de la maja de Granados, ou se teinetr d’une tendre mélancolie (Nana de Sevilla de Federico García Lorca).

Une belle réussite, qui est aussi une jolie carte de visite pour cette artiste attachante.

—————————————————————————

[1] Ce chanteur franco-espagnol est aussi percussionniste, spécialisé dans les percussions historiques et plus particulièrement les castagnettes de concert.

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Marion Vergez-PascalImanol Iraola
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Stéphane Lelièvre

Stéphane Lelièvre est maître de conférences en littérature comparée, responsable de l’équipe « Littérature et Musique » du Centre de Recherche en Littérature Comparée de la Faculté des Lettres de Sorbonne-Université. Il a publié plusieurs ouvrages et articles dans des revues comparatistes ou musicologiques et collabore fréquemment avec divers opéras pour la rédaction de programmes de salle (Opéra national de Paris, Opéra-Comique, Opéra national du Rhin,...) Il est co-fondateur et rédacteur en chef de Première Loge.

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