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En dehors de toute routine : nouvelle reprise de Tosca à l’Opéra Bastille

par Camillo Faverzani 13 mars 2026
par Camillo Faverzani 13 mars 2026

© Ann Ray - Opéra national de Paris

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Tosca, Opéra Bastille, 12 mars 2026

Un trio de tête enivrant en guise de rempart contre les fanfaronnades à la Chalamet

Il est des soirs où l’on se rend à l’Opéra quelque peu par devoir, afin de consigner au lecteur sa petite part de rêve, en se disant qu’on va assister à une exécution de routine, première d’une seconde série, cette même saison, d’une production que nous avions déjà chroniquée à l’automne dernier, puis dans sa distribution renouvelée, que nous avions déjà saluée lors des retrouvailles de l’après-covid et dont nos confrères avaient à leur tour rendu compte lors d’une précédente reprise en 2022. Eh bien, non !!! N’en déplaise à monsieur Chalamet, même lorsqu’on croit tout connaître d’une œuvre, voire d’une mise en scène, il est des soirs où la magie opère toujours et on se réjouit – on se ressource ? – de participer à un événement. Ce spectacle est bien l’un de ces soirs où les artistes se dépensent sans compter et donnent vie à une représentation qui n’a rien de la routine.

Cela tient surtout au trio de tête, mené sans réserve par un rôle-titre en tous points remarquable. Depuis ses débuts à Aix-en-Provence, l’été 2019, Angel Blue a pu mûrir son personnage sur les meilleures scènes de la planète et nous offre maintenant une interprétation très accomplie. Dès son apparition, lors du duo de Sant’Andrea della Valle, sa Floria s’impose tant par un jeu scénique efficace que par une beauté singulière du timbre, un phrasé de premier ordre, une maîtrise exceptionnelle du legato et un portamento miraculeux. Sa prière de l’acte II, notamment, attaquée piano, s’épanouit dans un crescendo enflammant qui ne peut qu’emporter l’adhésion du spectateur. À cela, s’ajoute la couleur de la déception, apprenant la trahison supposée de Mario, l’angélisme de la cantate en coulisses – la soprano américaine défend bien son prénom –, puis le rare dramatisme du meurtre, les larmes du parlando (« E avanti a lui tremava tutta Roma! ») ou encore le récit de la mort du bourreau, à la ligne parfaitement contrôlée jusque dans la partie la plus haute du registre, et le dernier défi lancé à Scarpia, en guise de rendez-vous devant l’Éternel.

Elle trouve un partenaire idéal en Freddie De Tommaso qui fait ainsi ses classes à l’Opéra national de Paris. Nous savons que Puccini et ses contemporains constituent un terrain d’élection pour le ténor italo-britannique et ce soir il nous le prouve bien. Son Mario se caractérise d’emblée par la franchise du volume, sans excès inutiles néanmoins, et par une parfaite articulation. Si les transitions sont parfois peu souples, dès son air de présentation on est subjugué par la justesse de la ligne et par la longueur du souffle. Une grande entente, aussi bien scénique que vocale, façonne en un véritable moment de théâtre sa première rencontre avec sa bien-aimée, de même que très émouvantes seront leurs retrouvailles au Château Saint-Ange. Certes, le chanteur se taille également quelques moments de cabotinage, comme cet aigu prolongé qu’il tient sans fin sur son cri de victoire mais le public en redemande et il aurait tort de l’en priver. D’ailleurs, sa Floria lui répond dans le même registre lors de son imploration à la pitié. Très intériorisés, ses adieux à la vie sont accueillis par un silence quasi-religieux de la salle et donnent lieu à un véritable morceau d’anthologie. Freddie De Tommaso parachève ainsi son incarnation de Cavaradossi.

Comme nous l’avions déjà souligné l’an dernier, le Scarpia d’Alexey Markov est sans doute trop élégant et ne fait guère peur en chef de la police. Cependant, en quelques mois, le baryton russevsemble avoir décidément gagné en assurance, son instrument en ampleur, son jeu en expressivité. À cela s’ajoutant une élocution solide. Dès lors, le Te Deum acquiert une très forte intensité, notamment par la variation des teintes et des nuances, le baryton s’engageant corps et âme tout le long de l’acte II.

Membre de la Troupe lyrique de l’Opéra, Vartan Gabrielian constitue le seul véritable changement de distribution chez les comprimari. Débutant en Angelotti, il sonne à la fois idiomatique et bon comédien dans les habits du patriote sacrifié. Tous les autres seconds rôles confirment leur adéquation de l’automne dernier. Encore une mention pour le berger d’Aloys Bardelot-Sibold. Si la jurisprudence Grigolo fait école, lui qui avait été le pastorello de Kabaivanska et Pavarotti à Rome, notre jeune élève de la Maîtrise du CRR de Paris sera peut-être un jour un Cavaradossi.

De la direction de Jader Bignamini l’on retient surtout la précision de la battue et le dramatisme des dynamiques. Toujours à propos, les Chœurs de l’Opéra national de Paris sont une constante garantie d’excellence.

Triomphe au rideau final pour tous les chanteurs. Non, monsieur le jeune acteur hollywoodien, ce n’est pas vrai que « no one cares about this anymore ». Venez constater le recueillement qui précède « Vissi d’arte, vissi d’amore » ou l’enthousiasme que déclenche « E lucevan le stelle… » Vous apprendrez que l’opéra a encore de beaux jours devant lui et cela vous aidera à grandir !!!

———————————————————–

Retrouvez Angel Blue en interview ici !

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Les artistes

Floria Tosca : Angel Blue
Mario Cavaradossi : Freddie De Tommaso
Il Barone Scarpia : Alexey Markov
Cesare Angelotti : Vartan Gabrielian
Il Sagrestano : André Heyboer
Spoletta : Carlo Bosi
Sciarrone ; Florent Mbia
Un carceriere : Fabio Bellenghi
Un pastore : Aloys Bardelot-Sibold

 Chœurs de l’Opéra national de Paris/Maîtrise de Fontainebleau(Ching-Lien Wu et Astryd Cottet), orchestre de l’Opéra de Paris, dir. Jader Bignamini.

Mise en scène : Pierre Audi
Décors : Christof Hetzer
Costumes : Robby Duiveman
Lumières : Jean Kalman
Dramaturgie : Klaus Bertisch

Le programme

Tosca

Melodramma en trois actes de Giacomo Puccini, livret de Giuseppe Giacosa et Luigi Illica, créé au Teatro Costanzi de Rome le 14 janvier 1900.

Paris, Opéra Bastille, jeudi 12 mars 2026

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Freddie De TommasoAngel BluePierre AudiAlexey MarkovJader Bignamini
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Camillo Faverzani

Professeur de littérature italienne à l’Université Paris 8, il anime le séminaire de recherche « L’Opéra narrateur » et dirige la collection « Sediziose voci. Studi sul melodramma » aux éditions LIM-Libreria musicale italiana de Lucques (Italie). Il est l’auteur de plusieurs essais sur l’histoire de l’opéra. Il collabore également avec des revues et des maisons d’opéra (« L’Avant-scène Opéra », Opéra National de Paris).

2 commentaires

Virginie Bardelot 13 mars 2026 - 23 h 23 min

Bonjour Monsieur Faverzani,
Merci pour votre article très inspiré sur cette représentation particulièrement enthousiasmante de Tosca.
Effectivement, on ne se lasse pas d’entendre de grandes voix au fil des reprises de cette Tosca.
Nous souhaitions vous signaler une coquille dans votre article.
Le jeune pâtre Aloys fait parti de la Maîtrise du CRR de Paris et non de la Maîtrise de Fontainebleau.
Il se joint à la Maîtrise de Fontainebleau dans le cadre de cette production.
Vous serait-il possible d’apporter une correction à votre article ?
Bien cordialement

Répondre
Camillo Faverzani 14 mars 2026 - 18 h 47 min

Bonsoir Madame Bardelot,
merci de nous lire et merci pour ces précisions.
Merci aussi à la rédaction d’avoir corrigé.
Bien cordialement

Répondre

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