À la une
Oliver Mears : « Il est bon de susciter des...
Roméo et Juliette à la Philharmonie : Klaus Mäkelä et...
OLIVER MEARS: “ It’s good to provoke different opinions ”
Les brèves d’octobre –
Fuoco di gioia 2026 : musique et solidarité au Festival...
Festival Verdi de Parme : présentation d’une biographie du maître...
CD – Agathe Peyrat, reine de la nuit
CD – Touché par la grâce, l’ensemble Gli Angeli Genève...
Brahms, Robert et Clara Schumann, Schubert et Strauss : le...
A Festival Verdi presentazione di una biografia documentaria del compositore        
  • Accueil
  • À Voir
  • Avant-concerts
  • Vu pour vous
  • Artistes
  • Œuvres
  • Médiathèque
  • Humeurs
Première Loge

Subscribe our Newsletter for latest news.

Vu pour vous

Roméo et Juliette à la Philharmonie : Klaus Mäkelä et l’Orchestre de Paris au cœur du drame berliozien

par Stéphane Lelièvre 22 octobre 2026
par Stéphane Lelièvre 22 octobre 2026
© Stéphane Lelièvre - Première Loge Opéra
0 commentaires 3FacebookTwitterPinterestEmail
26

Roméo et Juliette (Berlioz), Philharmonie de Paris, Grande salle Pierre Boulez, mercredi 21 octobre 2026

 C’était l’un des concerts particulièrement attendus de cette rentrée musicale : Roméo et Juliette d’Hector Berlioz, cette œuvre aussi atypique qu’attachante, trouvait naturellement sa place dans la grande salle Pierre Boulez de la Philharmonie de Paris. Le public était venu en nombre pour retrouver l’Orchestre de Paris et son chœur, placés sous la direction de Klaus Mäkelä, directeur musical de la phalange depuis septembre 2021, ainsi que trois solistes français parmi les plus en vue du moment : Julien Henric, Jean Teitgen et Marianne Crebassa. Au terme de la soirée, le succès public fut incontestable, même si toutes les promesses n’ont pas été absolument tenues.

Il faut dire que l’œuvre de Berlioz ne facilite guère la tâche de ses interprètes. À mi-chemin entre la symphonie et le drame lyrique, cette vaste composition exige une maîtrise aussi bien architecturale que théâtrale, sans jamais sacrifier la subtilité des atmosphères à la puissance des effets. L’ouverture, avec son fugato évoquant l’affrontement de rue entre Capulet et Montaigu, constitue à cet égard une entrée en matière redoutable. Prise à un tempo particulièrement rapide, comme ce fut le cas sous la baguette de Klaus Mäkelä, elle mit quelque peu à mal la cohésion de l’orchestre : les premières mesures ont paru confuses, les différentes parties peinant à trouver immédiatement leur synchronisation. Fort heureusement, les musiciens, en excellents professionnels, ont rapidement retrouvé leurs marques. Les admonestations du prince purent alors retentir avec toute l’autorité requise, grâce à des cuivres d’une impeccable tenue, qui allaient d’ailleurs se montrer irréprochables tout au long de la soirée.

Ce départ un peu houleux ne devait pas occulter les belles qualités de l’Orchestre de Paris. Au fil de l’exécution, les pupitres ont fait valoir leur excellence, aussi bien dans les passages les plus dramatiques que dans les épisodes où Berlioz déploie une poésie d’une rare délicatesse. L’orchestre a ainsi su ainsi conjuguer violence et tension dramatique dans le superbe épisode de « Roméo au tombeau des Capulets », après avoir fait preuve, dans l’évocation de la « Nuit sereine » de la deuxième partie, d’une transparence et une légèreté presque immatérielles. Le scherzo de la reine Mab, avec ses jeux de timbres et son animation féerique, bénéficia également de l’énergie communicative de Klaus Mäkelä. On regrettera pourtant, dans la direction du chef finlandais dont l’attachement à cette partition est manifeste, une certaine retenue selon nous excessive dans les pages les plus lyriques (« Tristesse de Roméo », « Scène d’amour »)… peut-être par peur de basculer dans un sentimentalisme excessif ?

Le Chœur de l’Orchestre de Paris s’est quant à lui révélé en tout point admirable. Dès sa première apparition, en effectif réduit, le chœur a fait entendre une clarté et une transparence remarquables, témoignant d’une parfaite maîtrise vocale autant que d’une belle intelligence du texte. Il retrouva ces qualités dans la scène finale de la réconciliation, où la solennité du propos exige ampleur et grandeur de ton. La conception spatiale adoptée par les choristes pour cette exécution a par ailleurs constitué l’une des idées les plus heureuses de la soirée. Puisque la symphonie dramatique de Berlioz entretient des rapports étroits avec le théâtre, pourquoi ne pas donner aux interventions vocales une véritable dimension scénique ? Le petit chœur (« D’anciennes haines endormies » a ainsi pris place sur scène, côté cour, tandis que l’intervention des Capulet quittant le bal, à mesure qu’ils s’éloignent du palais, a été chantée en coulisses – sans que cela nuise pour autant à la précision et à la justesse des interventions. Quant au superbe « Jetez des fleurs », il a bénéficié d’un dispositif particulièrement bienvenu : les choristes ont descendu lentement les gradins supérieurs en chantant, pour prendre place au-dessus de l’orchestre, répartis en deux groupes distincts. Leur rapprochement inattendu, au moment de la réconciliation finale, a alors donné une traduction visuelle et sonore particulièrement éloquente au dépassement des antagonismes qui conclut l’œuvre. Cette spatialisation, loin de relever du simple effet, a permis de traduire visuellement, avec finesse, le rapprochement inespéré entre les deux factions ennemies signifié par le livret d’Émile Deschamps et la musique de Berlioz.

Pour les parties solistes, trois chanteurs français de premier plan ont été réunis. Jean Teitgen réunit a priori tous les atouts requis pour incarner au mieux Frère Laurent : noblesse du ton, timbre profondément humain pour le poignant « Pauvres enfants ! », autorité de l’accent dans l’injonction « Jurez tous ! ». Ses premières interventions ont toutefois laissé percevoir une petite instabilité vocale. Rien, au départ, qui parut véritablement alarmant, mais les interruptions répétées pour boire quelques gorgées d’eau et tenter de s’éclaircir la voix finirent par susciter l’inquiétude. Le chanteur, encore diminué par un sévère Covid contracté après les représentations d’Hamlet à l’Opéra Bastille, était manifestement indisposé ce soir-là. Sa prestation s’en est ressentie, et il a semblé particulièrement contrit à l’issue du concert de n’avoir pu donner toute la mesure de ses moyens. Le public, qui a parfaitement compris les circonstances, ne lui en a évidemment nullement tenu rigueur ! Il serait injuste de juger un artiste sur une prestation courageusement menée à son terme dans de telles conditions, d’autant que les qualités expressives attendues du rôle sont restées perceptibles malgré les difficultés. Julien Henric possède quant à lui toute la fraîcheur, la légèreté et la poésie nécessaires à l’évocation de la reine Mab. Son intervention a idéalement répondu à l’imaginaire fantasque et aérien de Berlioz, dont il a su restituer les contours avec une délicatesse bienvenue. Marianne Crebassa, enfin, apporta à l’ensemble une touche de poésie et d’émotion particulièrement touchante. Dans les deux strophes d’« Heureux enfants », son timbre, naturellement empreint d’émotion, a fait merveille. Sans chercher à souligner artificiellement le pathétique du texte, la mezzo-soprano en a fait ressortir toute la tendresse et la profondeur, offrant l’un des moments les plus délicats de la soirée.

Les artistes

Marianne Crebassa, mezzo-soprano
Jean Teitgen, basse (Frère Laurent)
Julien Henric, ténor

Orchestre de Paris, Chœur de l’Orchestre de Paris (Richard Wilberforce, chef de chœur), dir. Klaus Mäkelä

Le programme

Roméo et Juliette

Symphonie dramatique d’Hector Berlioz, livret d’Émile Deschamps d’après Shakespeare, créé en 1839 à Paris.
Philharmonie de Paris, concert du mercredi 21 octobre 2026

image_printImprimer
0 commentaires 3 FacebookTwitterPinterestEmail
Stéphane Lelièvre

Stéphane Lelièvre est maître de conférences en littérature comparée, responsable de l’équipe « Littérature et Musique » du Centre de Recherche en Littérature Comparée de la Faculté des Lettres de Sorbonne-Université. Il a publié plusieurs ouvrages et articles dans des revues comparatistes ou musicologiques et collabore fréquemment avec divers opéras pour la rédaction de programmes de salle (Opéra national de Paris, Opéra-Comique, Opéra national du Rhin,...) Il est co-fondateur et rédacteur en chef de Première Loge.

Laisser un commentaire Annuler la réponse

Sauvegarder mes informations pour la prochaine fois.

This site uses Akismet to reduce spam. Learn how your comment data is processed.

post précédent
OLIVER MEARS: “ It’s good to provoke different opinions ”
prochain post
Oliver Mears : « Il est bon de susciter des opinions différentes »

Vous allez aussi aimer...

Fuoco di gioia 2026 : musique et solidarité...

20 octobre 2026

Brahms, Robert et Clara Schumann, Schubert et Strauss...

19 octobre 2026

Aida est la nouvelle papesse d’Avignon et elle...

19 octobre 2026

Fuoco di gioia 2026: musica e solidarietà a...

19 octobre 2026

« Prends garde à toi » : la...

19 octobre 2026

Le Chevalier de Saint-George enfin de retour en...

16 octobre 2026

Chronique d’un féminicide annoncé : l’Opéra de Nancy ouvre...

16 octobre 2026

Roméo et Juliette à La Monnaie : le...

14 octobre 2026

Même sans mariage, de charmantes Noces de Figaro...

14 octobre 2026

Opéra de Rome : un Falstaff milanais, mental et...

13 octobre 2026

Humeurs

  • PAATA BURCHULADZE : UN AN DE PRISON, ET LE SILENCE ASSOURDISSANT DU MONDE LYRIQUE

    7 octobre 2026

En bref

  • Les brèves d’octobre –

    20 octobre 2026
  • Ça s’est passé il y a 100 ans : création de Háry János de Zoltán Kodály

    16 octobre 2026

La vidéo du mois

Édito

  • Édito de septembre –
    L’inaltérable modernité des chefs-d’œuvre

    7 octobre 2026

Suivez-nous…

Suivez-nous…

Commentaires récents

  • LE DICTIONNAIRE DE PREMIÈRE LOGE ~ N-Z |... dans LE DICTIONNAIRE DE PREMIÈRE LOGE ~ N-Z
  • LE DICTIONNAIRE DE PREMIÈRE LOGE ~ A-M |... dans LE DICTIONNAIRE DE PREMIÈRE LOGE ~ A-M
  • Renza dans Fuoco di gioia 2026: musica e solidarietà a Festival Verdi
  • Stéphane Lelièvre dans Aida est la nouvelle papesse d’Avignon et elle s’appelle Claire de Monteil
  • Hugues Rameau dans Aida est la nouvelle papesse d’Avignon et elle s’appelle Claire de Monteil

Première loge

Facebook Twitter Linkedin Youtube Email Soundcloud

Keep me signed in until I sign out

Forgot your password?

Login/Register

Keep me signed in until I sign out

Forgot your password?

Rechercher

Archives

  • Facebook
  • Twitter
  • Youtube
  • Email
Première Loge
  • Accueil
  • À Voir
  • Avant-concerts
  • Vu pour vous
  • Artistes
  • Œuvres
  • Médiathèque
  • Humeurs

A découvrirx

Fuoco di gioia 2026 : musique...

20 octobre 2026

Brahms, Robert et Clara Schumann, Schubert...

19 octobre 2026

Aida est la nouvelle papesse d’Avignon...

19 octobre 2026