Il barbiere di Siviglia, Opéra Bastille, samedi 12 septembre 2026
Pour la distribution de cette ouverture de saison, l’Opéra national de Paris a mis les petits plats dans les grands…
Des artistes qui ont l’âge de leurs personnages
Toujours très efficace, la mise en scène du Barbiere di Siviglia par Damiano Michieletto revient à l’Opéra Bastille pour sa septième série de représentations. Puisque nous avons déjà rendu compte de cette production au printemps 2022, concentrons-nous sur la performance musicale et bornons-nous à relever que, dans sa chambre, Rosina a troqué l’affiche de Johnny Depp par le portrait de Robert Redford, ce qui rétrodate de plus d’une génération la transposition de l’action. Sans doute un hommage larvé à la disparition de la star hollywoodienne il y a tout juste un an.
Pour cette ouverture de saison, reconnaissons d’emblée que l’Opéra de Paris a mis les petits plats dans les grands au niveau de la distribution, en réunissant des artistes qui, ayant l’âge de leurs personnages, s’y investissent pleinement.
En prise de rôle, Huw Montague Rendall impose son grave lumineux dès les premières notes
Tout comme au Palais Garnier à la fin de la saison dernière, où il avait incarné un Dandini très physique dans La Cenerentola, autre titre romain de Rossini, Huw Montague Rendall campe un Figaro beau gosse, dans la lignée de Mattia Olivieri, qui l’a précédé ici même en 2025. En prise de rôle, son grave lumineux s’impose dès les premières notes, chantées dans les coulisses, annonçant son aria di sortita. À une voix bien placée, il conjugue un volume non négligeable, un souffle sans fin et un sillabato de premier ordre. Le public ne se trompe pas et lui réserve aussitôt un triomphe. À cela s’ajoute une élocution des plus idiomatiques qui ressort tout particulièrement dans la lecture du billet de Rosina à l’intention de Lindoro/Almaviva. Une aubaine !!! L’éclat de son interprétation entraîne Almaviva dans un duo enflammant, à la complicité parfaite, singulièrement dans le crescendo syllabique où le baryton britannique débite son adresse d’une souplesse inouïe. Il a été élevé à bonne école. Nous le retrouverons d’ailleurs, le 13 octobre prochain, aux côtés de sa mère, Diana Montague, en Marcellina, dans l’autre Figaro, une version concertante des Nozze mozartiennes, où il sera, bien sûr, Almaviva, au Théâtre des Champs-Élysées.
Des comédiens hors du commun
Pour ses débuts à l’Opéra national de Paris, Jack Swanson déploie, dans sa première sérénade, une maîtrise de la ligne délicate, un legato de premier ordre, une colorature captivante et un sens efficace de la nuance, même si sa vocalité paraît parfois plutôt légère et son personnage pas toujours idiomatique. Sans doute un manque de projection ou tout simplement le trac de la première. Dans sa seconde canzone, il gagne d’ailleurs en assurance, produisant des notes filées ravissantes. Dans l’air meurtrier de l’acte II, s’il manque quelque peu d’éclat dans le moderato (« Cessa di più resistere »), il est séduisant dans l’andante et virtuose, quoique perfectible, dans la cabalette.
La Rosina de Lea Desandre surprend d’abord par une ampleur que nous ne lui connaissions pas forcément dans d’autres répertoires, surtout dans une salle des dimensions de l’Opéra Bastille. La voix a mûri et elle semble se situer dans le sillage d’une Teresa Berganza, se destinant désormais à de nouvelles prises de rôle. Sa cavatine est alors délicieuse en fioritures et ornementations. Dans le duo avec Figaro, elle n’est pas avare en variations et émet des notes piquées bien électrisantes. Virtuose dans la leçon de chant, elle étale une palette de teintes inégalée et enivre le spectateur par des gammes descendantes à toute épreuve. Des lors, le trio de l’acte II est un triomphe de la jeunesse, notamment grâce à un Figaro qui nous mène au firmament.
Autre rescapé de La Cenerentola d’il y a quelques mois, Nicola Alaimo retrouve le Bartolo qu’il avait abordé sur ce même plateau l’hiver 2016. Sa conception du vieux barbon atteint maintenant la perfection. L’acteur est hors du commun et prend un malin plaisir à jouer la comédie dans les récitatifs. Son air de l’acte I, très nuancé, est un festival de couleurs que nourrissent une vis comica sans limites et une souplesse incommensurable dans le crescendo. Autoritaire dans l’attaque du finale central, l’opposant à Almaviva, il tisse avec son acolyte une excellente entente qui les rend désopilants, avant un quintette au chant syllabique enivrant et un concertato réglé au cordeau qu’intègrent les Chœurs de l’Opéra national de Paris à leur zénith. La situation se réitère dans le duettino de l’acte II avec Almaviva. Hors pair dans la parodie de l’air de salon du XVIIIe siècle, il est magnifique de verve dans le quintette qui suit.
Alidoro en juin dernier, Adolfo Corrado est un Basilio au timbre captivant, au phrasé plaisant et au souffle bien maîtrisé. Amin Ahangaran est un Fiorello prometteur et Isobel Anthony une Berta à la belle colorature, assez brillante, quoique légèrement sur la réserve.
Dirigeant l’œuvre pour la première fois, Jader Bignamini insuffle à l’Orchestre de l’Opéra national de Paris une harmonie qui, dans l’ouverture, se dégage surtout des vents, relayant la fluidité des cordes, malgré une certaine lourdeur des cuivres. Ce qui se renouvelle dans l’épisode de l’orage, à l’acte II.
Le public, reconnaissant, ne lésine pas en applaudissements au tomber du rideau où vient saluer aussi Damiano Michieletto, surprise d’autant plus agréable qu’inattendue pour une reprise.
- Si vous souhaitez publier un commentaire (dans l’encadré ci-dessous, en bas de page), merci de prendre connaissance auparavant de la « Charte des commentaires » ! / If you wish to post a comment (in the box below, at the bottom of the page), please read the “Comment Policy” first!
Il conte d’Almaviva : Jack Swanson
Bartolo: Nicola Alaimo
Rosina : Lea Desandre
Figaro : Huw Montague Rendall
Basilio : Adolfo Corrado
Berta : Isobel Anthony
Fiorello : Amin Ahangaran
Un ufficiale : Hyunsik Zee
Chœurs de l’Opéra national de Paris (dir. Alessandro Di Stefano)
Orchestre de l’Opéra national de Paris
dir. Jader Bignamini
Mise en scène : Damiano Michieletto
Décors : Paolo Fantin
Costumes : Silvia Aymonino
Lumières : Fabio Barettin
Il barbiere di Siviglia
Opera buffa en deux actes de Gioachino Rossini, livret de Cesare Sterbini, créé au Teatro Argentina de Rome le 20 février 1816.
Opéra Bastille, samedi 12 septembre 2026

