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« Continuer à surprendre, explorer de nouveaux répertoires et imaginer des formats que l’on n’attend pas nécessairement d’un festival de musique classique » –
L’ambition des Concerts d’automne 10 ans après leur création

par Stéphane Lelièvre 11 septembre 2026
par Stéphane Lelièvre 11 septembre 2026
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En dix ans, les Concerts d’automne se sont imposés comme un rendez-vous incontournable de la vie musicale française en général, tourangelle en particulier.
Né de la volonté de faire dialoguer les ensembles locaux et les grands noms de la scène internationale, le festival n’a cessé d’élargir son public et ses horizons, sans jamais renoncer à l’exigence qui fonde son identité.
Musique ancienne, baroque, créations, rencontres et actions auprès de publics éloignés des salles de concert : à l’occasion de cette dixième édition, son fondateur Alessandro di Profio revient sur une décennie de « déflagrations émotionnelles », de découvertes et de défis, et esquisse les contours des dix prochaines années.

Stéphane LELIÈVRE – Dix ans après leur création, pouvez-vous nous dire quelle était l’ambition initiale Concerts d’automne ? Pensez-vous avoir atteint les objectifs qui étaient les vôtres ? Les choses ont-elles en partie changé par rapport à votre vision initiale de ce projet ?
Alessandro DI PROFIO – Avant d’être nommé professeur à la Sorbonne Nouvelle en 2013, j’ai enseigné pendant dix ans au département de musicologie de l’Université de Tours. Et j’ai eu là une confirmation, voire une révélation… Au fil des années, le conservatoire, qui possède un excellent département de musique ancienne, a formé plusieurs générations de musiciens : certains se sont envolés ailleurs, d’autres sont restés. Cette effervescence a aussi créé un public exigeant et fait naître de nombreux ensembles, dont la vie a été plus ou moins longue. Le festival est né de cette double volonté : offrir aux ensembles professionnels locaux un temps fort et inviter à Tours des artistes internationaux. Créer un espace d’échanges, loin de l’entre-soi qui peut étouffer un projet. Finalement, le festival est resté assez fidèle à cette ambition initiale, avec une évolution qui s’est imposée tout naturellement : l’ouverture à un public de plus en plus national, voire international.

L'Ensemble La Tempete interprète les Vêpres de Rachmaninov - © Rémi Angeli

 S.L. – En dix éditions, y a-t-il des moments, des artistes, des concerts qui vous ont particulièrement marqué personnellement – ceux dont vous vous dites encore aujourd’hui : « C’est pour cela que nous faisons ce festival » ?
La plupart des concerts, je les écoute debout, au fond de la salle, derrière une colonne, les nerfs à vif… Pour d’autres, je suis obligé d’assumer une posture plus institutionnelle… Mais tous sont pour moi de véritables déflagrations émotionnelles. La tension ne retombe que lorsque je vois le public enchanté. Et cela arrive tellement souvent ! Les Vêpres de Rachmaninov, spatialisées dans l’église Saint-Julien par la compagnie La Tempête sous la direction de Simon-Pierre Bestion, restent sans doute l’un de ces moments inoubliables. Mais il y en a eu tant d’autres… Je pense, par exemple, à la longue standing ovation qui a suivi Le Couronnement de Poppée avec I Gemelli, dirigés par Emiliano Gonzalez Toro…

I Gemelli interprètent L'Orfeo en octobre 2021 - © Rémi Angeli

S.L. – Les Concerts d’automne ont une identité très forte autour de la musique ancienne et du baroque. Est-ce pour vous un territoire que vous souhaitez continuer à approfondir, ou avez-vous envie, à l’avenir, d’ouvrir davantage le festival à d’autres répertoires, d’autres esthétiques ?
A.D. P. – L’identité du festival ne s’est pas tellement construite autour d’un répertoire que d’une façon de l’aborder. En cohérence avec mon travail de musicologue, qui reste central, le festival s’est nourri des recherches sur l’interprétation historiquement informée, connue sous l’acronyme HIP. C’est un vaste chantier, parfois un peu difficile à expliquer au grand public, mais véritablement passionnant et innovant. Certes, nous pouvons nous permettre des « cartes blanches » : c’est le cas, par exemple, avec Natalie Dessay accompagnée par Philippe Cassard, Nemanja Radulović ou Thomas Enhco. Mais l’interprétation historiquement informée avec instruments d’époque reste au cœur de nos préoccupations, et pas uniquement pour la musique ancienne. C’est dans cet esprit que j’ai proposé aux ensembles Jacques Moderne et Les Éléments, dirigés par Joël Suhubiette, de produire la Petite Messe solennelle de Rossini dans la version originelle.

S.L. – Comment construit-on la programmation d’un festival comme celui-ci ? Qu’est-ce qui guide vos choix : les artistes, les œuvres, les découvertes, les envies de défendre certains répertoires, mais aussi les attentes du public ?
A.D. P. – Il y a d’abord les ensembles tourangeaux auxquels nous sommes très attachés, comme Jacques Moderne et Consonance ; ensuite ceux avec lesquels nous souhaitons construire une relation de fidélité et qui reviennent assez régulièrement : Cappella Mediterranea, L’Arpeggiata, Collegium 1704… Et puis il y a les surprises propres à chaque édition. La programmation d’un festival doit être placée sous le signe de la variété : variété des artistes, mais aussi des répertoires. C’est encore l’étoile qui m’a guidé cette année : nous commençons avec le Llibre Vermell de Montserrat et nous terminons avec un Mozart jazzy… en passant par les prédécesseurs de Bach, les motets français ou encore Haendel. Jordi Savall, Les musiciens du Louvre, l’Orchestre de l’Opéra royal de Versailles, Ann Hallenberg, Paul-Antoine Bénos-Dijan… une vaste palette de couleurs.

S.L. – Quel est aujourd’hui le public des Concerts d’automne ? A-t-il évolué en dix ans, et quels sont les publics que vous aimeriez encore réussir à toucher davantage ?
A.D. P. – Le nôtre est un public étonnamment jeune et curieux. Certes, il y a les mélomanes convaincus : ils ont évidemment toute leur place. Mais ils côtoient des spectateurs qui n’ont pas l’habitude d’aller à l’opéra ou dans les salles de concert. On les reconnaît parfois parce qu’ils applaudissent après un mouvement…, ce que j’ai toujours trouvé être une magnifique manifestation d’enthousiasme qu’il ne faut surtout pas censurer. C’est cet élargissement du public qui nous tient à cœur. Et qui reste un défi pour nous tous.

S.L. – Votre ambition ne se limite manifestement pas aux salles de concert. Avec le programme Tutti, vous allez notamment dans les hôpitaux, les établissements scolaires, les quartiers, les territoires ruraux ou encore en milieu carcéral. Pourquoi est-il devenu essentiel pour vous d’aller vers ces publics plutôt que d’attendre qu’ils viennent au festival ? Avez-vous en mémoire une rencontre ou une expérience particulièrement forte dans le cadre de ces actions ?
A.D. P. – Ce programme est né d’une rencontre avec le département d’ophtalmologie du CHU et deux artistes d’une grande générosité : Julien Chauvin et Justin Taylor. J’ai eu l’idée d’imaginer un « concert dans le noir » pour sensibiliser aux maladies de la rétine. Ce fut un succès total qui m’a encouragé à aller plus loin. L’an dernier, nous avons organisé plus de trente actions dans le cadre de Tutti, souvent loin des regards, car ce sont des moments que le public des concerts ne connaît pas. Nous travaillons avec des associations comme Cultures du Cœur pour aller dans des quartiers excentrés.

 Avec Magie à l’hôpital, qui accompagne les enfants malades, nous avons mené à bien un concert spécialement conçu pour un établissement spécialisé près de Tours : la soprano Jeanne Zaepffel, le théorbiste Diego Salamanca et moi-même avons construit un programme pour plus de soixante enfants en situation de handicap et leurs accompagnateurs. 

Nous sommes aussi entrés dans les maisons de retraite et les EHPAD. Un couple en fauteuil roulant qui écoute le concert main dans la main…, cela restera à jamais gravé dans ma mémoire.

S.L. – Après ces dix premières années, qui ont inscrit Les Concerts d’automne de façon visible et pérenne dans les programmations des débuts de saisons musicales, quelle serait votre ambition pour la décennie qui vient ? Souhaitez-vous avant tout consolider ce qui existe, changer d’échelle, toucher encore davantage de publics, élargir le répertoire, développer les actions sur le territoire… ?
A.D. P. – Il faut tout d’abord que nos partenaires, publics comme privés, n’oublient pas qu’un festival repose sur un équilibre difficile, financièrement et logistiquement. Tout est fragile. Heureusement, nous avons une équipe de bénévoles extraordinairement nombreuse et engagée. Bien plus qu’une aide, c’est un véritable moteur ! Mais le spectacle vivant a un coût important et les bonnes idées ne suffisent pas… Pour les dix prochaines années, mon ambition serait donc d’abord de consolider ce que nous avons réalisé, sans perdre notre capacité à inventer. Le festival a notamment contribué à faire entrer l’opéra baroque dans le paysage musical tourangeau, un répertoire qui n’y avait encore jamais été présenté sous cette forme. Nous souhaitons désormais poursuivre cet élargissement en accordant une place plus importante aux œuvres instrumentales et à la musique sacrée. Le festival est aujourd’hui en plein essor, et je voudrais préserver cette énergie : continuer à surprendre, explorer de nouveaux répertoires et imaginer des formats que l’on n’attend pas nécessairement d’un festival de musique classique. Grandir, oui, mais pas nécessairement en faisant toujours plus : plutôt en faisant toujours mieux et en restant fidèles à ce qui fait notre identité.

Philippe Jaroussky aux Concerts d'automne - © Rémi Angeli

S.L. – Si vous deviez raconter les dix premières années des Concerts d’automne à travers une seule image, une seule rencontre ou un seul souvenir, lequel choisiriez-vous — et qu’aimeriez-vous que l’on retienne de cette première décennie ?
A.D. P. – Une lettre. Un mot écrit, bien sûr, à la main, envoyé dans une enveloppe avec un timbre… bref, à l’ancienne. C’était visiblement le message d’une dame âgée qui tenait à nous remercier après le premier concert de Philippe Jaroussky à Tours, en octobre 2017. Pour elle, entendre ce contre-ténor était un rêve qu’elle n’aurait jamais pu réaliser s’il lui avait fallu aller à Paris. Presque dix ans après, je crois que cette lettre dit encore assez bien pourquoi nous faisons ce festival.

Pour découvrir le programme complet de l’édition 2026 des Concerts d’automne et réserver vos places, c’est ici !

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Stéphane Lelièvre

Stéphane Lelièvre est maître de conférences en littérature comparée, responsable de l’équipe « Littérature et Musique » du Centre de Recherche en Littérature Comparée de la Faculté des Lettres de Sorbonne-Université. Il a publié plusieurs ouvrages et articles dans des revues comparatistes ou musicologiques et collabore fréquemment avec divers opéras pour la rédaction de programmes de salle (Opéra national de Paris, Opéra-Comique, Opéra national du Rhin,...) Il est co-fondateur et rédacteur en chef de Première Loge.

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