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Étienne Dupuis à Lyon : du grand, du beau, du bon

par Stéphane Lelièvre 14 mai 2026
par Stéphane Lelièvre 14 mai 2026
© Dario Acosta
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Opéra national de Lyon, mercredi 13 mai 2026

Né d’un duo empêché avec son épouse, Nicole Car, le récital lyonnais du baryton Étienne Dupuis aurait pu n’être qu’un programme recomposé. Il devient une traversée intime, drôle, élégante, où l’étudiant d’hier, le chanteur d’aujourd’hui et l’enfant du Québec semblent remonter dans la voix.

Ils devaient être deux. Il se retrouve seul. Cette solitude imprévue donne au récital sa forme véritable : non pas un manque, mais un espace ouvert autour d’un chanteur, de sa mémoire, de ses langues. Dans l’entretien qu’il nous accordait, Étienne Dupuis expliquait que ce rendez-vous devait se faire avec la soprano Nicole Car, retenue à l’Opéra Bastille par Rusalka. Porté par Cécile Restier, le récital prend ainsi la forme d’un autoportrait en trois âges : les mélodies de l’étudiant, les grands rôles de l’homme chanteur, puis, dans les bis, la guitare, Félix Leclerc, Bozo, Le p’tit bonheur, et l’enfance québécoise revenue au bord de la voix. Pas un p’tit bonheur, donc. Un grand.

Dès les premières minutes, Dupuis impose une présence qui ne force jamais l’attention mais la retient tout entière. Il parle avec humour, explique sans peser, puis chante comme si chaque mot devait trouver son geste, son regard, sa respiration. Le théâtre ne décore pas la ligne vocale : il en est la source secrète. Un déplacement, une épaule, un silence suffisent à faire naître un personnage.

La voix tient ensemble l’ampleur et la nuance. Projection imposante, mais toujours conduite ; timbre large sans lourdeur, coloré, ductile, capable de modifier son grain selon les langues et les répertoires. Dans les mélodies, le bas-médium semble parfois avancer sur des œufs, comme si cette zone cherchait son appui. Mais les aigus jaillissent avec une facilité impressionnante, la ligne reste superbement tenue, le souffle paraît ne jamais finir, et la fatigue ne ternit jamais l’homogénéité. Surtout, le baryton chante les langues comme on les habite : le français se pense, se mâche, se goûte ; l’italien se tend, se colore, se théâtralise.

La première partie regarde vers l’étudiant. Dupuis le dit lui-même avec humour : ces mélodies l’accompagnent depuis ses années de formation. Duparc, Ravel, Poulenc deviennent les pages d’un ancien carnet rouvert devant le public. Ce qui domine alors, c’est l’élégance, mobile, traversée de nostalgie, d’ironie et de couleurs. Dans Duparc, la ligne garde une noblesse sans surcharge, même si l’on aimerait parfois une nuit plus creusée. Ravel lui offre un théâtre miniature où panache, ferveur et ivresse se succèdent sans perdre le fil du verbe. Mais c’est Poulenc qui révèle son art. Les Chansons gaillardes trouvent en lui un interprète d’élection : assez de verve pour ne pas les moraliser, assez de tenue pour ne pas les vulgariser. L’interprète de la mélodie française qu’on attendait depuis longtemps, c’est lui.

La seconde partie fait apparaître l’homme chanteur à maturité. De Massenet à Puccini et Verdi, ce n’est pas un changement de format : c’est une montée en théâtre, conduite avec une intelligence vocale rare. Athanaël, Hérode, Michele, Macbeth, Ford, Renato : autant de visages d’hommes aux prises avec le désir, le pouvoir, la jalousie. Étienne Dupuis ne les aborde jamais comme des morceaux de bravoure, mais comme des états du corps et de la voix. Dans Massenet, la noblesse de la ligne rappelle combien ce répertoire lui appartient. Michele, dans Il Tabarro, appelle peut-être davantage de nuit ; mais l’art du récit demeure intact. C’est surtout Verdi qui emporte la soirée : la voix y trouve son théâtre, sa carrure, son métal, mais aussi la fragilité derrière l’autorité.

© D.R.

Au piano, Cécile Restier est plus qu’une accompagnatrice. Dans la mélodie, son jeu paraît parfois sage, presque monochrome. Mais la seconde partie la révèle pleinement : dans Massenet, Puccini et Verdi, elle trouve l’élan dramatique sans épaissir le son, suggère l’orchestre sans le singer, crée la tension sans couvrir. Ses moments seuls, le Moment musical de Massenet puis l’extrait du ballet de Macbeth, deviennent de vrais moments pianistiques. Face à un tel partenaire, elle existe par la discrétion, la précision et une complicité pudique.

Les bis donnent à la soirée sa vérité. « Eri tu », inscrit au programme, refermait la seconde partie sur l’un de ces moments verdiens où l’autorité se fissure. Puis Dupuis revient avec une guitare. Tout change, mais rien ne se défait. Félix Leclerc entre à l’Opéra de Lyon avec Bozo, puis Le p’tit bonheur, et quelque chose du Québec natal remonte : la chanson, l’enfance, le conte populaire, cette simplicité qui n’abaisse jamais la grandeur mais lui rend son visage humain. Puis vient « Cortigiani », comme si Verdi devait reprendre une dernière fois la parole.

Dans l’entretien qu’il accordait à Première Loge, Dupuis disait vouloir faire évoluer la forme du récital. À Lyon, il n’en fait pas un manifeste ; il en fait une présence. La parole circule, le corps soutient la voix, le théâtre traverse la mélodie, la chanson rejoint Verdi. Alors le récital cesse d’être une vitrine. Il devient un lieu où quelque chose apparaît : une mémoire, un pays, une manière d’être au chant. Ce ne fut pas un p’tit bonheur. Ce fut du grand, du beau, du bon. Du très bon, surtout.

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Les artistes

Étienne Dupuis, baryton
Cécile Restier, piano

Le programme

Henri Duparc : Le Manoir de Rosemonde ; La Vague et la Cloche
Maurice Ravel : Don Quichotte à Dulcinée
Francis Poulenc : Chansons gaillardes
Jules Massenet : Thaïs, air d’Athanaël « Voilà donc la terrible cité » ; Hérodiade, air d’Hérode « Vision fugitive » ; Moment musical en mi bémol majeur
Giacomo Puccini : Il Tabarro, air de Michele « Nulla! Silenzio! »
Giuseppe Verdi : extrait du ballet de Macbeth pour piano ; Macbeth, air de Macbeth « Pietà, rispetto, amore » ; Falstaff, air de Ford « È sogno? O realtà? » ; Un bal masqué, air de Renato « Eri tu che macchiavi »

Bis
Félix Leclerc : Bozo ; Le p’tit bonheur
Giuseppe Verdi : Rigoletto, air de Rigoletto « Cortigiani, vil razza dannata »

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Etienne Dupuis
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Stéphane Lelièvre

Stéphane Lelièvre est maître de conférences en littérature comparée, responsable de l’équipe « Littérature et Musique » du Centre de Recherche en Littérature Comparée de la Faculté des Lettres de Sorbonne-Université. Il a publié plusieurs ouvrages et articles dans des revues comparatistes ou musicologiques et collabore fréquemment avec divers opéras pour la rédaction de programmes de salle (Opéra national de Paris, Opéra-Comique, Opéra national du Rhin,...) Il est co-fondateur et rédacteur en chef de Première Loge.

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