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I PURITANI à Turin : entre bel canto et psychanalyse

par Renato Verga 11 mai 2026
par Renato Verga 11 mai 2026

© Mattia Gaido

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I puritani, Turin, mercredi 6 mai 2026

Dans I puritani, Vincenzo Bellini transforme une intrigue fragile en un chef-d’œuvre d’émotion musicale pure, porté par la direction élégante de Francesco Lanzillotta et les excellentes prestations de John Osborn et Gilda Fiume. Moins convaincante, en revanche, est la mise en scène de Pierre-Emmanuel Rousseau, qui surcharge l’œuvre de symbolisme et d’inventions psychologiques arbitraires, jusqu’à un finale tragique étranger à la musique comme au livret.

I puritani : une œuvre singulière servie au mieux par un chef attentif aux nuances et aux respirations du chant

Dans le vaste univers de l’opéra romantique italien, le dernier opéra de Vincenzo Bellini occupe une place particulière : non pas tant pour la complexité de son intrigue — qui demeure au contraire assez fragile et conventionnelle — que pour la manière dont le compositeur parvient à transformer chaque situation théâtrale en pure émotion musicale. I puritani semblent en effet vivre dans une dimension suspendue, presque abstraite, où le temps de l’action s’interrompt sans cesse pour laisser place à l’expansion du chant. C’est le triomphe de la « mélodie longue, longue, longue » rêvée par Bellini : un flux sonore qui ne décrit pas, mais enchante.
Le contexte parisien contribua certainement à rendre la partition plus ambitieuse. Vincenzo Bellini écrit pour un public international, habitué aux spectacles monumentaux du grand opéra français, et le livret de Carlo Pepoli, situé pendant la guerre civile anglaise, cherche à offrir un cadre historico-politique adéquat. Mais la vérité est que les intrigues, les puritains, les chevaliers et les révolutions intéressent bien moins le compositeur que les passions des personnages. Tout converge vers le drame sentimental d’Elvira, créature fragile et fébrile, et vers le chant ténor d’Arturo, peut-être le sommet absolu de l’écriture bellinienne pour voix masculine.
Ce qui domine avant tout, c’est toujours la ligne mélodique, soutenue par un orchestre léger, transparent, presque pudique. Vincenzo Bellini ne cherche ni les effets spectaculaires, ni les audaces harmoniques révolutionnaires : il préfère creuser l’intensité émotionnelle à travers de minimes inflexions, des suspensions, des retours thématiques et des nuances d’une extrême subtilité. Même la célèbre scène de folie d’Elvira évite tout excès théâtral pour se transformer en un long égarement lyrique, où la virtuosité n’est pas démonstration, mais vibration psychologique.
Tout cela apparaît avec une grande clarté dans la direction de Francesco Lanzillotta, extrêmement attentive aux nuances et aux respirations du chant. Sa direction musicale privilégie la transparence orchestrale et la souplesse des tempi, évitant toute emphase tapageuse ou sentimentalité excessive. L’orchestre suit avec ductilité un dessin musical élégant, construit sur des équilibres minutieux et des sonorités raffinées.

Une mise en scène qui peine à convaincre

Si, sur le plan musical, la soirée convainc largement, la composante scénique signée Pierre-Emmanuel Rousseau — également auteur des décors et des costumes — se révèle plus controversée. Et c’est là que réside le problème : pourquoi donc, dans l’opéra italien du XIXe siècle — royaume incontesté d’innombrables héroïnes sombrant dans la folie par amour pour des raisons souvent ténues ou soudaines — ressentir le besoin de « justifier » psychologiquement la folie d’Elvira ? Rousseau choisit de lui attribuer un traumatisme d’enfance : à l’ouverture du rideau, on voit en effet la protagoniste assister à la découverte de sa mère pendue. Le tout dans le silence le plus absolu, pendant de longues minutes, avant même que l’introduction ne commence. Un choix qui prétend ajouter une profondeur psychanalytique au personnage, mais qui finit au contraire par alourdir inutilement le récit.
Le problème n’est pas tant l’actualisation temporelle — devenue désormais une pratique presque inévitable dans le théâtre lyrique contemporain — que sa réelle nécessité dramaturgique. Pierre-Emmanuel Rousseau déplace l’action de l’Angleterre cromwellienne du XVIIe siècle vers l’époque de Vincenzo Bellini, entre le début du XIXe siècle et la Restauration. Les hommes portent constamment des hauts-de-forme, les femmes de sévères robes noires, et l’on voit même apparaître à un moment une valse qui semble sortie d’un mélodrame verdien plutôt que d’un conflit entre puritains et royalistes. Rien de scandaleux, certes. Mais le problème est que cette transposition demeure purement esthétique, sans produire une véritable relecture du drame.
Visuellement, le dispositif scénique est dominé par un unique décor : de hautes boiseries, des tapisseries aux motifs végétaux, un escalier menant à une galerie et une porte coulissante ouvrant sur une chambre à coucher. D’autres panneaux descendant des cintres redéfinissent les espaces, notamment grâce aux lumières de Gilles Gentner, raffinées dans leur conception mais incapables de rompre une certaine monotonie de l’ensemble. Tout apparaît sombre, fermé, presque étouffant : un intérieur bourgeois transformé en prison mentale. L’idée pourrait avoir sa cohérence, si elle n’était pas continuellement alourdie par un symbolisme appuyé et des gestes répétitifs.
Le fameux suaire de la mère morte en est l’exemple le plus évident. Elvira ne cesse de se couvrir et de se découvrir avec ce voile, comme dans un rituel obsessionnel qui, après un certain temps, perd toute force évocatrice pour devenir un simple tic de mise en scène. Pire encore lorsque la protagoniste, en pleine crise, écrit le nom d’Arturo sur la tapisserie avec de la peinture rouge : une image qui suscite davantage l’embarras que l’émotion. Et l’on atteint involontairement le grotesque dans la scène de la sédation, lorsqu’est utilisé un improbable instrument qui ressemble davantage à un accessoire pour lavements qu’à une seringue destinée à une injection…
La plus grande des libertés prises par la mise en scène arrive toutefois dans le finale. Vincenzo Bellini et Carlo Pepoli concluent l’opéra par les retrouvailles des amants et le triomphe de la clémence politique. Pierre-Emmanuel Rousseau décide au contraire qu’Arturo doit être tué d’un coup de pistolet dans le dos, tandis qu’Elvira meurt de douleur quelques instants plus tard. Or, les fins tragiques arbitrairement greffées aux opéras romantiques constituent presque un genre autonome du théâtre contemporain, mais ici ce choix paraît véritablement gratuit. Non seulement parce qu’il contredit ouvertement la musique et le livret, mais aussi parce qu’il détruit l’équilibre émotionnel construit par Bellini dans le dernier acte, où la tension se résout précisément dans la suspension extatique de la mélodie.

Une superbe distribution vocale

Heureusement, la soirée atteint un très bon niveau musical pour ce qui est de la distribution, dominée par la prestation de John Osborn. Le ténor américain aborde Arturo avec l’autorité d’un interprète qui connaît profondément le langage belcantiste et qui, bien qu’ayant désormais élargi son répertoire vers le grand opéra français, conserve intacte une technique impressionnante. Certes, le timbre n’est plus celui, lumineux et adamantin, de ses meilleures années : quelques sonorités nasalisées et un grain vocal moins frais se font clairement entendre. Mais ce qui compte vraiment chez Bellini, c’est le style, et Osborn en demeure un maître absolu.
Dès « A te, o cara », la ligne de chant se déploie avec une élégance aristocratique, soutenue par des demi-teintes d’un grand raffinement et par un contrôle exemplaire des nuances dynamiques. Le célèbre air ne devient jamais une simple vitrine pour ténor : John Osborn le sculpte avec goût, laissant émerger la noblesse mélancolique du personnage. Et son interprétation gagne progressivement en intensité au fil de la soirée, culminant dans le troisième acte, où il affronte les terribles difficultés de l’écriture bellinienne avec un courage presque téméraire. Les aigus extrêmes, les phrases interminables, les sons filés : tout est abordé avec une liberté technique qui force encore l’admiration.
Aux côtés de John Osborn, Gilda Fiume dessine une Elvira moins virtuose et plus intimement humaine. Elle ne possède peut-être pas la colorature étincelante des grandes spécialistes du rôle, mais elle compense ce manque par sa musicalité, son intensité expressive et la qualité de son phrasé. Son chant évite soigneusement toute afféterie : la folie d’Elvira n’est pas une hystérie exhibée, mais une fragilité contenue, une mélancolie fiévreuse. La voix, au timbre lumineux et doux, se plie avec sensibilité aux longues phrases belliniennes et trouve dans la scène de la folie son moment d’intensité émotionnelle la plus forte. Le public, sans surprise, lui réserve des applaudissements parmi les plus chaleureux de la soirée.
Très positive également est la prestation de Simone Del Savio dans le rôle de Riccardo. Le baryton aborde le personnage avec élégance et mesure, évitant tout excès vériste. La ligne vocale est souple, solidement soutenue, et le phrasé témoigne d’une attention constante au mot scénique. Son air « Ah, per sempre io ti perdei » acquiert ainsi une authentique mélancolie romantique, loin de la déclamation générique à laquelle ce rôle est souvent réduit.
Nicola Ulivieri convainc surtout par la qualité de son phrasé et son autorité scénique dans le rôle de Giorgio, même si sa voix semble aujourd’hui moins compacte et moins sonore qu’autrefois. Andrea Pellegrini dans le rôle de Lord Gualtiero Valton, Chiara Tirotta dans celui d’Enrichetta de France et Saverio Fiore dans celui de Bruno Roberton s’intègrent parfaitement à l’ensemble.

Excellent, comme toujours, le chœur préparé par Gea Garatti Ansini, compact dans le son et discipliné sur scène, même lorsqu’il est contraint de suivre les mouvements chorégraphiques pas toujours très réussis signés par Carlo d’Abramo. À certains moments, la mise en scène semble en effet se soucier davantage de « faire bouger » les masses que de donner un sens théâtral à leurs actions, avec des résultats parfois mécaniques.

Au final, les applaudissements les plus enthousiastes reviennent à juste titre aux interprètes  musicaux, en particulier aux deux protagonistes, tandis que la mise en scène reçoit un accueil nettement plus tiède et suscite quelques critiques. C’est peut-être inévitable lorsqu’une mise en scène cherche obstinément à s’imposer sur un opéra qui possède déjà, dans sa musique, toute sa vérité dramatique. Bellini n’a pas besoin d’explications psychanalytiques, de coups de feu ou de traumatismes infantiles : il suffit d’une mélodie suspendue dans le vide pour raconter la folie, le désir et la douleur mieux que n’importe quelle trouvaille scénique.

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Les artistes

Elvira : Gilda Fiume
Dama di Villa Forte (Enrichetta) : Chiara Tirotta
Lord Arturo Talbot : John Osborn
Sir Giorgio Valton, oncle d’Elvira : Nicola Ulivieri
Sir Riccardo Forth : Simone Del Savio
Lord Gualtiero Valton, père d’Elvira : Andrea Pellegrini
Sir Bruno Robertson : Saverio Fiore

Chœur du Teatro Regio Torino (chef de chœur : Gea Garatti Ansini), Orchestre du Teatro Regio Torino, dir. Francesco Lanzillotta

Mise en scène, décors et costumes : Pierre-Emmanuel Rousseau
Chorégraphie : Carlo D’Abrami
Lumières : Gilles Gentner

 

Le programme

I puritani

Opéra en trois actes de Vincenzo Bellini, livret de Carlo Pepoli d’après Walter Scott, créé au Théâtre-Italien de Paris le 24 janvier 1835.

Turin, Teatro Regio, représentation du mercredi 6 mai 2026

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Renato Verga

Diplômé en Physique de l'Université de Turin, Renato Verga a toujours eu une passion immodérée pour la musique et le théâtre. En 2014, il lance un blog (operaincasa.com) pour recueillir ses critiques de DVD d'opéra, de spectacles vus partout dans le monde, de concerts, de livres sur la musique. Renato partage l'idée que la mise en scène est une partie constitutive de l'opéra lui-même et doit donc comporter de nécessaires transformations pour s'adapter à notre contemporanéité.

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