Tosca, Opéra Bastille, vendredi 3 avril 2026
Une distribution qui n’est peut-être pas la meilleure des quatre entendues cette saison, mais une direction nous réservant encore des surprises et bien des facettes inattendues de l’œuvre.
Il est des représentations où l’on est émerveillé par l’absence de toute routine, et d’autres où l’on saute dedans à pieds joints… C’est visiblement le cas de cette reprise de Tosca, affichant une nouvelle distribution pour les trois héros principaux, la quatrième et dernière de cette saison. Aucun des interprètes, qui ont leur personnage respectif à leur répertoire depuis plus de dix ans, ne démérite véritablement. Cependant, force est de constater que leurs rôles ne prennent jamais vie tout à fait et que l’émotion a bien du mal à poindre.
Très attendue, la Floria Tosca de Sondra Radvanovsky s’encombre d’une diction par moments singulièrement enfantine, tout particulièrement dans les passages les plus dialogués. Le phrasé devient alors moins idiomatique, en nette contradiction avec l’expérience que nous avions de la soprano américano-canadienne dans d’autres titres, notamment chez Verdi. Sa présence scénique est néanmoins très marquante, se situant quelque peu dans le sillage de Raina Kabaivanska. La ligne de chant est ductile, les transitions le plus souvent bien négociées et le crescendo séduisant, surtout dans le premier duo avec son bien-aimé. La seule réellement crédible dans l’affrontement avec son tortionnaire, elle sait savamment incarner le désespoir, même si sa prière demeure davantage théâtrale qu’intériorisée. De belles notes filées relaien aussi un aigu solide.
Son Cavaradossi d’amant trouve en Yusif Eyvazov un artiste qui privilégie principalement le volume, malgré des limites évidentes, lorsqu’il s’agit de monter dans la partie haute du registre. Sans avoir le timbre le plus séduisant de la planète, le ténor azéri affiche son habituelle élocution plutôt large qui sied néanmoins à la clarté du propos et à sa conception du peintre. Parfois manifestement engorgé, il se réfugie régulièrement dans le parlando, voire dans le cri. C’est bien dommage car le legato est attrayant et les enchaînements équilibrés.
Scarpia à l’ampleur assez réduite, Gevorg Hakobyan, à ses débuts à l’Opéra national de Paris, a fière allure en chef de la police. Bien articulé, son baryton bien chantant se voit tout de même couvrir par le chœur et par l’orchestre pendant le Te Deum. Sa brève confrontation avec Mario, à l’acte II, n’a pas le mordant nécessaire, des deux côtés d’ailleurs, bien que l’ordre d’arrestation lui confère des accents plus incisifs. La tentative de violence faite à l’héroïne manque d’éclat et ce n’est que dans la mort que le chanteur se révèle entièrement (« Soccorso, aiuto! Muoio! »), tandis que le sarcasme de sa meurtrière (« E avanti a lui tremava tutta Roma! ») tombe complètement à plat.
Ajoutons que la direction d’acteur nous a semblé régulièrement relâchée, les comédiens prenant bien des initiatives qui contrastent avec ce que nous avions l’habitude de voir dans cette production. Une gestuelle parfois convenue chez Cavaradossi ; Tosca simulant apparemment la folie à l’acte III, alors que nous sommes en présence de l’un des caractères les plus rationnels de l’histoire du genre, puis ce cri certes vériste, afin de signifier au condamné de quelle manière il doit simuler la mort… « Come la Tosca in teatro » Mais, malgré la chronologie, sommes-nous vraiment dans un ouvrage vériste ?
Jader Bignamini dirige toujours avec maestria une partition qui nous réserve encore des surprises, y faisant constamment ressortir des aspects inattendus.
Bon public, les spectateurs ne sont pas avares en applaudissements pour toute l’équipe, pour une performance somme toute modérément moyenne.
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Floria Tosca : Sondra Radvanovsky
Mario Cavaradossi : Yusif Eyvazov
Il Barone Scarpia : Gevorg Hakobyan
Cesare Angelotti : Vartan Gabrielian
Il Sagrestano : André Heyboer
Spoletta : Carlo Bosi
Sciarrone ; Florent Mbia
Un carceriere : Fabio Bellenghi
Un pastore : Aloys Bardelot-Sibold
Chœurs de l’Opéra national de Paris/Maîtrise de Fontainebleau (dir.Ching-Lien Wu et Astryd Cottet), orchestre de l’Opéra national de Paris, dir. Jader Bignamini.
Mise en scène : Pierre Audi
Décors : Christof Hetzer
Costumes : Robby Duiveman
Lumières : Jean Kalman
Dramaturgie : Klaus Bertisch
Tosca
Melodramma en trois actes de Giacomo Puccini, livret de Giuseppe Giacosa et Luigi Illica d’après la pièce de Victorien Sardou, créé au Teatro Costanzi de Rome le 14 janvier 1900.
Paris, Opéra Bastille, représentation du vendredi 3 avril 2026

