La prochaine saison du Palazzetto Bru Zane ne déroge pas à la philosophie d’origine : défricher des pans entiers du répertoire romantique français oublié . En présence de la mezzo Éléonore Pancrazi qui évoqua ses liens étroits avec les musiques françaises et la chance d’en découvrir des pans entiers grâce au travail de la Fondation, c’est Alexandre Dradwicki, son directeur artistique bien entouré qui présenta les grandes lignes de cette nouvelle saison.
Dans une programmation alléchante, la première thématique est consacrée à Clémence de Granval, une vicomtesse à l’avant-garde. De multiples découvertes seront au rendez-vous, avec son concerto pour hautbois, sa musique de chambre présentant des œuvres pour flûte, violon ou violoncelle, parfois dans des combinaisons rares comme avec sa pièce pour hautbois, violoncelle et piano. Beaucoup de ses partitions ont été perdues, égarées. Mais une Messe a été retrouvée de même qu’Athala découverte par hasard à Angers dans une édition d’époque. Une Jeanne d’Arc et une Fiancée de Frithiof seront jouées au Musée du Louvre le 2 juin 2027 avec l’ensemble Aedes et Mathieu Romano.
Belle revanche posthume pour celle qui écrivait à son ami Camille Saint-Saens : « On ne veut pas de moi, mon nom est un crime… », l’amenant à utiliser des pseudonymes facilement décryptables. On ne pardonnait pas à cette riche aristocrate de ne pas tenir son rang, celui d’une femme occupée de sa maison et non de ses talents artistiques. Ainsi son opéra Les fiancés de Rosa fut signé Clémence Valgrand. Il sera créé à Berlin en mai 2027. A quand en France ?
Le second cycle emprunte, pour la première fois, à l’ombre d’un géant : celle d’un Beethoven convoqué pour quelques pièces peu connues sous le titre Paris à l’heure de Beethoven. Car il s’agit d’explorer les partitions de quelques-uns de ses contemporains. C’est ainsi que le Roméo et Juliette de Daniel Steibelt prendra vie (et une fin heureuse…) sous la baguette de Christophe Rousset, le 9 juin 2027 au Théâtre des Champs Élysées, quand la Cendrillon de Nicolo Isouard sera présentée à Montréal en octobre de cette année.
Bien d’autres surprises et découvertes sont au programme, tel le Lancelot de Victorin Joncières en janvier à Munich, ou Roland à Ronceveaux d’Auguste Mermet à Saint-Etienne les 5 et 7 mars, La Carmélite de Reynaldo Hahn proposée en avril à Budapest (nécessitant des forces immenses : 16 solistes, des bois par trois, un grand orgue…), auxquels s’ajoutera un Gala Ambroise Thomas le 2 avril à Montpellier, permettant d’entendre des extraits de multiples opéras de celui dont Mignon cache une forêt encore à défricher.
C’est d’ailleurs ce que font, inlassablement, les équipes du Palazzetto et pour cela Étienne Jardin, le directeur de la recherche et des publications, parla de son activité, mise à rude épreuve, particulièrement en ce qui concerne l’édition des partitions qui réclame à la fois un travail de fourmi et d’enquêteur. Tout cela se traduit en de multiples créations comme en certains succès inattendus par leur ampleur : on apprend ainsi que les demandes de partitions de Rita Strohl affluent du monde entier.
Quant aux publications de leurs livres-CD désormais bien connus – et attendus – des discophiles, au rythme de quatre par ans, notons un coffret prometteur de 5 CD consacrés à toutes sortes de pièces pour violoncelle de multiples compositeurs français. Il faut également compter sur un travail de soutien discographique : à ce jour, on compte 179 collaborations avec 56 autres labels ! Et puis il y a les colloques : huit sont prévus, dont leur centième, les 10 et 11 décembre, consacré à la soprano finlandaise Aino Ackté et Paris.
Vous ajoutez les projets pédagogiques pour les enfants de 6 à 11 ans et même les tout-petits de 0 à 3 ans, la mine que représente la plate-forme numérique, les multiples évènements, essaimant au Canada et en Europe, comme ce Ciné-concert sur la lagune de Venise… Prometteur, comme toujours !

