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La Carmen de 1875 renaît à l’Opéra National Grec !

par George Markogiannopoulos 21 mai 2026
par George Markogiannopoulos 21 mai 2026
© Georges Markogiannopoulos
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Carmen, Opéra National Grec, dimanche 3 mai 2026

Belle reprise à Athènes de Carmen, dans le version scénique reconstituée de 1875

Incontestablement, l’un des moments forts de cette saison artistique à l’Opéra National Grec aura été la mise en scène de Carmen dans la reconstitution de la version historique de 1875, en coproduction avec la Palazzetto Bru Zane, l’Opéra Royal de Versailles et l’Opéra de Rouen (voyez ici notre compte rendu du spectacle de Rouen). Le chef-d’œuvre emblématique de Georges Bizet sera à l’affiche à Athènes jusqu’au début du mois de juin, avec trois distributions différentes. Nous avons assisté à la première, le 3 mai 2026. Pour cette représentation, Carmen était interprétée par la mezzo-soprano française Gaëlle Arquez, Don José par le ténor américain Charles Castronovo, Escamillo par le baryton grec Dionysios Sourbis, tandis que Micaëla était incarnée par la soprano grecque Vassiliki Karayanni. La direction de l’Orchestre de l’Opéra national de Grèce a été confiée au jeune chef d’orchestre grec Konstantinos Terzakis, et la mise en scène historique a été reprise par le metteur en scène français Romain Gilbert, avec des décors d’Antoine Fontaine.

La célèbre ouverture de l’œuvre a été interprétée sur un tempo énergique mais régulier, grâce au rythme pulsatoire des percussions, tout en conservant la mélancolie sous-jacente qui caractérise le deuxième thème dramatique, où les cordes « chantaient » de manière déchirante aux côtés de cuivres funèbres. Puis le lever de rideau a aussitôt révélé les magnifiques décors qui, tels un tableau, situent l’action sur une place pittoresque, avec un réel intérêt visuel. Les chœurs des premières scènes, interprétés par les membres adultes mais aussi par les enfants de la Chorale de l’Opéra national (direction: Agathangelos Georgakatos), ont laissé une excellente impression. L’entrée en scène de Carmen et l’interprétation de la « Habanera » par Arquez a été stylistiquement convaincante et très efficace grâce à une gestuelle sensuelle, à un sens inné du théâtre, et surtout à un chant séduisant qui a su conserver le caractère « bohème » sans tomber dans la vulgarité. Les costumes, conçus par Christian Lacroix, ont également impressionné par leur authenticité et leur qualité (même si leur aspect fortement militariste avaient parfois un côté… Trois Mousquetaires !)

Dans le duo fougueux « Parle-moi de ma mère ! », la Micaëla de Karayanni s’est distinguée par de brillants éclats dans l’aigu et une articulation impeccable, tandis que le José de Castronovo a apporté pleine satisfaction par une belle projection vocale et la maturité du chant. Encore plus réussi et présentant une cohérence accrue dans l’harmonie des voix, le duo entre José et Carmen s’est distingué par son caractère passionnément méditerranéen et par un accompagnement orchestral sensible encourageant une danse au tempérament typiquement espagnol.

Les barytons Yannis Selitsaniotis et Georgios Iatrou, dans les rôles respectifs de Zuniga et Moralès, ont laissé une impression positive grâce à leur registre grave particulièrement riche, mais aussi leur interaction efficace avec les protagonistes.

Le deuxième acte s’est ouvert sur l’air flamboyant et « chevaleresque » du torero Escamillo interprété par Sourbis, qui, grâce à sa présence scénique explosive, s’est parfaitement glissé dans la peau de son personnage. Dans le quintette qui a suivi, les solistes ont dialogué avec beaucoup de vivacité et une entente vocale organique. Se sont particulièrement distingués la Frasquita de Chrissa Maliamani, la Mercédès de Chrysanthi Spitadi, le Dancaïre de Haris Andrianos et le Remendado de Yannis Kalyvas. La danse de Carmen devant José, mise en scène par le chorégraphe Vincent Chaillet, s’est révélée intensément sensuelle et enjouée, alors que la réponse de Castronovo a été sismique, avec un solo déchirant, vocalement parfait, accompagné par des cordes au chant particulièrement mélancolique. Une véritable explosion holistique s’est produite avec le « Adieu ! » intensément dramatique de José, menant à un tutti extrêmement coloré, porté par des variations dynamiques exceptionnelles de la part des choristes.

Le changement de décor et l’apparition d’un paysage rocheux sauvage se sont révélés envoûtants et réalistes, principalement grâce aux éclairages évocateurs de Stéphane Le Bel, qui a également mis en lumière avec naturel le dialogue entre Carmen et José. Expressivement poétique, mais vocalement un peu âpre, l’intervention de Micaëla (« Je dis que rien ne m’épouvante »), s’est mieux intégrée dans le duo dramatique qui s’ensuit avec José. Enfin, la scène finale du meurtre a revêtu des couleurs particulièrement  sombres, les contributions vocales d’Arquez, Castronovo et Sourbis provoquant des vibrations émotionnelles d’une grande intensité.

Un beau travail collectif, récompensé par les applaudissements triomphants et prolongés du public grec.

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Les artistes

Carmen : Gaëlle Arquez 
Micaëla : Vassiliki Karayanni  
Frasquita : Chrissa Maliamani 
Mercedes : Chrysanthi Spitadi 
Don José : Charles Castronovo 
Escamillo : Dionysios Sourbis 
Zuniga : Yannis Selitsaniotis 
Morales : Georgios Iatrou 
El Dancairo : Haris Andrianos 
El Remendado : Yannis Kalyvas 

Orchestre, Chœur et Chœur d’enfants  du  GNO, dir. Konstantinos Terzakis

Mise en scène : Romain Gilbert
Décors : Antoine Fontaine
Costumes : Christian Lacroix
Lumières : Hervé Gary, reprises par Stéphane Le Bel
Chorégraphie : Vincent Chaillet

Le programme

Carmen

Opéra-comique en quatre actes de Georges Bizet, livret d’Henri Meilhac et Ludovic Halévy, créé à l’Opéra-Comique de Paris, le 3 mars 1875.

Opéra national Grec, représentation du dimanche 3 mai 2026

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Gaëlle ArquezCharles Castronovo
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George Markogiannopoulos

Georges Markogiannopoulos est critique musical et membre de l'Association Internationale des Critiques de Théâtre. Il a suivi pendant plusieurs années des cours de guitare classique, de piano et de solfège, avant de se lancer dans des études de droit à l'université d'Athènes. C'est grâce à un semestre d'études à Paris qu'il a commencé à écrire pour Première Loge, tout en collaborant avec les plus grands journaux grecs (Ta Nea, Estia). Il a assisté à diverses productions internationales aux opéras de Berlin, Versailles, Vienne, Munich et Paris, ainsi qu'aux festivals de Bayreuth et de Glyndebourne. Il est membre de la Société Wilhelm Furtwängler (France) et de la Gesellschaft der Musikfreunde de Vienne.

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