À la une
Les Festivals de l’été –Bregenz, La traviata dans le miroir...
Les Lunaisiens : Jadis et Naguère Indispensable passé revisité
Les Festivals de l’été –El Cimarrón à Aix : quand le...
Le siège de Corinthe : 1826-2026Pour en savoir plus sur le...
Les festivals de l’été –Les Vêpres siciliennes : Verdi retrouve...
LES VÊPRES SICILIENNES, Verdi (1855) – dossier
Se préparer au SIÈGE DE CORINTHE (1826) – Festival Rossini...
Les festivals de l’été ––« Musique aux mirabelles » s’invite au château...
Se préparer à MACBETH – Opéra Royal de Wallonie-Liège, 18-26...
MANON LESCAUT, Puccini (1893) – Théâtre des Champs-Elysées, 02-15 novembre...
  • Accueil
  • À Voir
  • Avant-concerts
  • Vu pour vous
  • Artistes
  • Œuvres
  • Médiathèque
  • Humeurs
Première Loge

Subscribe our Newsletter for latest news.

MédiathèqueDVD

« Ô mon salaud… » L’Ange de Nisida de Donizetti au festival de Bergame

par Laurent Bury 10 novembre 2020
par Laurent Bury 10 novembre 2020
0 commentaires 1FacebookTwitterPinterestEmail
2,6K

DVD : L'ANGE DE NISIDA de Donizetti au Festival de Bergame

Redécouverte, au Festival Donizetti de Bergame, du rare Ange de Nisida dans lequel le musicien puisera pour composer La Favorite.

« Ô mon Fernand », chante Léonor dans La Favorite. C’est plutôt « Ô mon salaud » que pourrait chanter l’héroïne de L’Ange de Nisida, partition que Donizetti démembra pour en tirer La Favorite, car Fernand n’y est pas le ténor bien-aimé, mais l’odieux baryton… Étrange histoire que celle de cet Ange, commande passée au compositeur italien par le Théâtre de la Renaissance : la faillite dudit théâtre empêcha que l’œuvre, pourtant achevée, soit représentée, et Donizetti se consola en composant pour l’Académie royale de musique un autre opéra sur le même sujet, La Favorite, confié aux mêmes librettistes que L’Ange de Nisida. Reconstituée au prix d’un travail de fourmi, la partition de L’Ange de Nisida a été créée en concert à Londres en juillet 2018, et enregistrée par Opera Rara, et c’est en  novembre 2019 que l’on a enfin pu voir cet opéra sur une scène – au festival Donizetti de Bergame, assez logiquement. Par chance, le label Dynamic en a filmé les représentations, d’où le DVD sorti cet automne.

Face à L’Ange de Nisida, le mélomane se trouve comme face à l’exhumation du Viaggio a Reims de Rossini où l’on reconnaissait des fragments bien connus du Comte Ory. Ici aussi, le plus connu est postérieur à la redécouverte, et l’oreille distingue ici et là des blocs de texte ou de musique devenus familiers grâce à La Favorite (ou à La Périchole, Offenbach et ses librettistes ayant allègrement parodié le chef-d’œuvre français de Donizetti). Si l’on ajoute que Donizetti avait lui-même réutilisé la partition inachevée d’un opéra intitulé Adelaide, toujours sur le même sujet, on obtient un de ces jolis mille-feuilles historico-musicaux dont sont friands les musicologues.

À Bergame, c’est le directeur artistique du festival, Francesco Micheli en personne, qui s’est réservé le plaisir de mettre en scène L’Ange de Nisida, et de nous en mettre plein la vue, en vidant le parterre de ses sièges pour installer les spectateurs sur la scène et dans les loges, ce qui crée un gigantesque espace de jeu de forme ovoïde, sans décors. Des projections symboliques sur le sol, à peine quelques accessoires (des cubes sur lesquels les personnages peuvent s’asseoir), mais surtout une imagination au pouvoir pour les costumes : si les hommes sont en costume noir ou en frac, l’héroïne est gratifiée d’ailes de papier, puis d’une robe de papier que le roi déchire allègrement, le plus spectaculaire étant l’apparition du chœur entièrement vêtu de somptueux costumes médiévaux, dont les motifs géométriques en jaune, rouge et bleu évoquent les créations de Léon Bakst pour Le Martyre de saint Sébastien, mais qui sont également en papier ! A la fin du troisième acte, quand le scandale éclate, les membres du chœur, jusque-là limitée à une gestuelle stéréotypée, arrachent leur superbe parure, symbole de l’effondrement de cet univers d’hypocrisie. Par rapport à La Favorite, l’intrigue est la même, mais elle apparaît plus claire, plus crue dans L’Ange de Nisida, et Fernand – le roi, disions-nous plus haut, et non plus le héros – semble plus odieux que jamais dans la façon dont il enferme sa maîtresse Sylvia sur l’île de Nisida, près de Naples, avant de la faire épouser au premier venu, ou presque. Curieusement, messieurs Royer et Vaëz avaient eu l’idée d’insérer un personnage bouffe, le chambellan-entremetteur Gaspar.

Si l’Orchestra Donizetti Opera n’est pas la plus luxueuse des formations, Jean-Luc Tingaud sait conduire ses troupes à bon port à travers les méandres d’une partition qui passe allègrement du comique au tragique, comme c’est la règle du genre semiserio. Autre Français dans l’équipe, Florian Sempey prend un plaisir visible à incarner le méchant roi de Naples, en attendant d’interpréter un jour Alphonse de La Favorite où ses moyens trouveraient fort bien à s’employer ; il est évidemment celui des interprètes que l’on comprend le mieux, mais il faut saluer la très bonne diction de Konu Kim, à quoi le ténor coréen ajoute de grandes qualités dramatiques et vocales, et l’on comprend qu’il ait déjà remporté de nombreux prix dans des concours internationaux. Le français de Roberto Lorenzi est un peu moins idiomatique, mais le baryton italien se rattrape par sa faconde dans le rôle de Gaspar. On pourrait rêver basse plus profonde que Federico Benetti pour le Moine, mais l’interprète a l’autorité nécessaire au personnage. La soprano russe Lidia Fridman s’approprie avec aplomb l’écrasant rôle-titre : elle en maîtrise la tessiture large, mais l’émission paraît un peu trop systématiquement couverte, malgré un investissement théâtral réel. Sans doute faut-il laisser à cette toute jeune artiste le temps de mûrir encore un peu.

Les artistes

Sylvia de Linarès   Lidia Fridman
Leone de Casaldi   Konu Kim
Don Fernand d’Aragon   Florian Sempey
Don Gaspar   Roberto Lorenzi
Le Moine   Federico Benelli

Orchestra e Coro Donizeti Opera, dir. Jean-Luc Tingaud

Mise en scène  Francesco Micheli 

Le programme

L’Ange de Nisida

 Opéra en quatre actes de Gaetano Donizetti, livret d’Alphonse Royer et Gustave Vaëz. Création mondiale scénique, Bergame, novembre 2019.

2 DVD Dynamic – 174 minutes

image_printImprimer
Konu KimLidia FridmanFlorian Sempeydonizettifestival de Bergame
0 commentaires 1 FacebookTwitterPinterestEmail
Laurent Bury

Une fois hors d'un charnier natal assez septentrional, Laurent Bury a longtemps habité sous les vastes portiques du 123, rue Saint-Jacques, du 45, rue d'Ulm et du 1, rue Victor Cousin (et même ensuite du 86, rue Pasteur, 60007). Longtemps, il s'est couché de bonne heure aussitôt après les spectacles que, de 2011 à 2020, il allait voir pour un autre site opératique. Papillon inconstant, farfallone amoroso, il vole désormais entre divers sites, et a même parfois l'honneur de prêter sa plume aux volumes de L'Avant-Scène Opéra.

Laisser un commentaire Annuler la réponse

Sauvegarder mes informations pour la prochaine fois.

This site uses Akismet to reduce spam. Learn how your comment data is processed.

post précédent
« Frères », un récital à deux voix avec Julien Dran et Jérôme Boutillier
prochain post
L’Île du rêve de Reynaldo Hahn, ou Bora-Bora dans un fauteuil !

Vous allez aussi aimer...

Les Lunaisiens : Jadis et Naguère Indispensable passé revisité

22 juillet 2026

CD – Marion Vergez-Pascal : Amor y flores,...

15 juillet 2026

CD – Carl Maria von Weber, l’esprit du...

3 juin 2026

CD – Adriana González : Rondos for Adriana,...

30 avril 2026

CD – O weh ! La terreur et la beauté

25 avril 2026

CD – Charles Silver ou le charme retrouvé...

24 avril 2026

CD Reines, un opéra imaginaire aux multiples découvertes

24 avril 2026

CD – Romancero (Chœur de chambre Septentrion) : un...

12 avril 2026

CR – Livre : Florian Sempey, De vive...

4 avril 2026

CD – Les mondes de Médée

1 avril 2026

Humeurs

  • La colline verte n’a pas fini de rougir —
    L’affaire Friedman et les fantômes de Bayreuth : le festival Wagner bute sur son passé antisémite

    26 juin 2026

En bref

  • Concours de chant Sumi Jo :
    Le baryton américain TREVOR HAUMSCHILT-ROCHA, repêché avant la finale, remporte le Premier Prix de la deuxième édition !

    14 juillet 2026
  • Les brèves de juillet –

    8 juillet 2026

La vidéo du mois

Édito

  • Édito de juillet – août : bonnes vacances lyriques !

    1 juillet 2026

Suivez-nous…

Suivez-nous…

Commentaires récents

  • Teulon Lardic sabine dans Les Festivals de l’été –
    El Cimarrón à Aix : quand le « nègre marron » connaît les honneurs de l’Opéra 
  • Alain Camou dans Les festivals de l’été –
    La traviata aux Chorégies d’Orange : quand le spectacle vivant reprend ses droits
  • MALOUM dans La Vie parisienne au Châtelet, ou la joyeuse basse-cour ! 
  • Théo Leneveu dans La Vie parisienne au Châtelet, ou la joyeuse basse-cour ! 
  • Julien Bouyer dans SIMON BOCCANEGRA revient dans les lieux de sa création dans la nouvelle production de Luca Micheletti

Première loge

Facebook Twitter Linkedin Youtube Email Soundcloud

Keep me signed in until I sign out

Forgot your password?

Login/Register

Keep me signed in until I sign out

Forgot your password?

Rechercher

Archives

  • Facebook
  • Twitter
  • Youtube
  • Email
Première Loge
  • Accueil
  • À Voir
  • Avant-concerts
  • Vu pour vous
  • Artistes
  • Œuvres
  • Médiathèque
  • Humeurs

A découvrirx

Les Lunaisiens : Jadis et Naguère Indispensable...

22 juillet 2026

CD – Marion Vergez-Pascal : Amor...

15 juillet 2026

CD – Carl Maria von Weber,...

3 juin 2026