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Un Dido and Aeneas trop original ouvre la saison de l’Opéra de Bordeaux

par Hugues Rameau 19 septembre 2026
par Hugues Rameau 19 septembre 2026

© Yann Cabello

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Didon et Énée, Grand-Théâtre de Bordeaux, jeudi 17 septembre 2026

Lire ou ne pas lire la note d’intention du metteur en scène ? Telle est la question ! La production de Dido and Aeneas sur la scène du Grand-Théâtre de Bordeaux peut susciter le débat entre puristes et amateurs… car même si le spectacle est abouti, il reste déplaisant dès lors qu’on s’attend à n’entendre que le chef-d’œuvre de Purcell.

Ce 17 septembre 2026, le Grand-Théâtre de Bordeaux a ouvert sa nouvelle saison avec une coproduction de Dido and Aeneas de Purcell en partenariat avec Royaumont, Limoges, Tourcoing et Clermont-Ferrand à l’origine de la distribution vocale. En effet, les six rôles principaux sont tenus par les lauréates du 28e Concours International de Chant de Clermont-Ferrand qui a comme particularité de donner ses prix sous forme d’engagements pour les œuvres auditionnées. En ne retenant que des artistes féminines, les membres du jury ont fait preuve de sagacité historique, l’opéra de Purcell ayant été créé, en toute vraisemblance, en 1689, à la Boarding School for Girls, dans un pensionnat de jeunes femmes avec sans doute l’accompagnement du compositeur au clavecin. Ce sommet de la musique baroque et l’un des rares opéras anglais entièrement chantés de la période est passé à la postérité, marqué par les grandes voix d’hier comme celles de Janet Baker ou Jessye Norman. La révolution baroque des années 70 ayant apporté un nouvel éclairage musicologique, les productions historiquement informées sont désormais installées dans le paysage lyrique. Une nouvelle génération dépasse parfois les attentes en allant chercher au-delà du texte comme avec cette production.

Les masques de Dido and Aeneas, opéra de Purcell

Même si au XVIIe siècle, dans l’aristocratie ou à la cour, la tradition londonienne des « masques » (mêlant théâtre, épisodes chantés, chœurs, danses et effets scéniques) était de mise, fallait-il transformer à ce point l’opéra bien connu ? C’est le choix de Pierre Lebon et même s’il est respectable, l’on est en droit de se poser la question tant les ajouts en tout genre de textes, chansons ou chorégraphies déroutent et nous éloignent du propos dramatique. Acteurs bondissants, danseurs impliqués, circassiens impressionnants et membres de l’Orchestre Les Surprises grimés et déguisés occupent une scène surchargée où les apparitions de l’héroïne tragique semblent anecdotiques. Il faut un sacré talent à Blandine de Sansal pour nous happer par son seul chant et habiter son personnage dans un costume austère qui la met si peu à son avantage. Même si l’ensemble des décors et des costumes forment un tout cohérent, il s’en dégage une certaine laideur qui n’invite pas au rêve.

Au contexte habituel du livret de Nahum Tate inspiré de L’Eneide de Virgile, le metteur en scène convoque des textes extraits de La Tempête de William Shakespeare qui lui ont certainement suggéré ses costumes très sales de marins échoués, maquillés comme des bateaux volés. On est ici plus proche de l’esthétique crasseuse du Molière d’Ariane Mnouchkine que du Prospero’s Books de Peter Greenaway. Le spectacle de Pierre Lebon (à la mise en scène, la scénographie, aux costumes et également acteur) est certes cohérent et, dans un sens, réellement abouti ; il n’empêche qu’en donnant une telle importance au personnage d’Enée (pauvre Grace Durham engoncée dans un ciré noir et sous un suroît de marin qui réduit ses expressions), il finit par donner davantage à voir Énée et Didon que Dido and Aeneas, lésant les mélomanes avertis.

C’est un fameux trois-mâts, hissez haut !

La scène du splendide Grand-Théâtre de Bordeaux n’est sans doute pas idéale pour accueillir ce spectacle de tréteaux conçu pour un plateau aux dimensions plus réduites. L’orchestre limité à neuf musiciens n’occupe pas la fosse mais la scène, renforçant l’idée de modestie et de flottement. Derrière son clavier, la direction de Louis-Noël Bestion de Camboulas, énergique et précise n’est pas en cause, les musiciens faisant preuve d’une belle énergie mais dans le magnifique vaisseau bleu du Grand-Théâtre, les chanteuses ne semblent pas soutenues par l’ensemble qui sonne malheureusement trop grêle.

Ainsi exposés, les artistes ne peuvent éviter quelques sorties de route qui font tiquer. Dans sa première intervention un peu trop haut placée, Clara Penalva qui incarne Belinda en paie les frais mais se rattrape ensuite lorsqu’elle chante la partie du Spirit. Sous ce maquillage outrancier, il est souvent difficile de distinguer les interprètes qui forment un ensemble cohérent même si dans ce dispositif, les voix paraissent petites. Dans l’épisode des sorcières, le soprano flûté et bien placé de Louise Bourgeat et le mezzo joliment timbré de Juliette Gauthier se distinguent sans peine malgré une chorégraphie d’Iris Florentiny pourtant soignée, mais dont l’effet fait basculer l’épisode dans le ridicule. Difficile alors pour la chevronnée Eugénie Lefebvre d’exprimer la noirceur de son personnage relégué à la bouffonnerie. Même si l’artiste déploie de vrais talents de comédienne et cherche, vocalement, les couleurs sombres et inquiétantes que réclame le personnage, elle ne peut pleinement convaincre, tant la mise en scène réduit L’Enchanteresse à un seul registre.

Plus présente sur scène que l’héroïne principale, la mezzo britannique Grace Durham déclame des extraits de Shakespeare dans un français sans une trace d’accent. Dans la partie chantée, sa voix ronde et souple donne au personnage masculin d’Aeneas une aura inédite et fort intéressante. Blandine de Sansal est une Didon idéale. Malgré ses apparitions ectoplasmiques, elle incarne son personnage grâce à une ligne de chant magnifiquement maîtrisée et ce timbre riche aux multiples couleurs. On lui doit les moments d’émotion trop absents de ce Dido and Aeneas qui, à force de multiplier les références historiques, finit paradoxalement par s’éloigner de l’essentiel, la musique de Purcell et la tragédie de Didon.

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Les artistes

Didon, reine de Carthage  : Blandine de Sansal
Belinda, sa sœur, un esprit : Clara Penalva
Énée, prince troyen : Grace Durham
Seconde dame, Première sorcière : Louise Bourgeat
La magicienne : Eugénie Lefebvre
Deuxième sorcière, Un marin : Juliette Gauthier

Ensemble Les Surprises, dir. et arrangements musicaux : Louis-Noël Bestion de Camboulas
Mise en scène, scénographie et costumes : Pierre Lebon
Chorégraphie : Iris Florentiny
Lumières : Bertrand Killy

Le programme

Didon et Énée

Opéra en trois actes de Henry Purcell, livret de Nahum Tate, créé à la Boarding School for Girls à Chelsea (Londres) en 1689.
Bordeaux, Grand-Théâtre, représentation du jeudi 17 septembre 2026.

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Louis-Noël Bestion de CamboulasPierre LebonLouise BourgeatClara PenalvaJuliette GauthierEugénie LefebvreBlandine de SansalGrace Durham
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Hugues Rameau

Hugues Rameau-Crays évolue depuis plus de 30 ans dans le monde lyrique où il a exercé de nombreuses responsabilités et acquis une solide expérience auprès des principales institutions et artistes. Diplômé en études de Lettres à l’université Paris-Sorbonne-Université, il a débuté sa carrière comme responsable des relations extérieures du Cercle Lyrique International, avec comme mentor le journaliste Maurice de Galvert. Directeur artistique de Music & Opera pendant plus de vingt-cinq ans, il y a développé le contenu éditorial du Guide Musique et Opéra autour du Monde et rédigé plusieurs centaines de critiques musicales pour le site Classique C'est Cool. Il rejoint l’équipe de Première Loge comme rédacteur en chef adjoint en 2026.

1 commentaire

Cathy 24 septembre 2026 - 21 h 15 min

J’adhère totalement à cette analyse. Les masques, la surcharge visuelle, confuse nous ont trop éloigné de la musique de Purcell. Aucune émotion, en dehors du lamento de Didon dont on se demandait s’il allait arriver! Le public était ravi. Peut être avait il envie de danser sur la mort de Didon!

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