À la une
Les cadeaux de Parpignol pour les fêtes de Noël
Bruxelles, NormaVoyage immobile et bel canto sous tension, ou « En...
Ça s’est passé il y a 100 ans : création...
Se préparer aux Vêpres siciliennes – Festival d’Aix-en-Provence, 16 juillet...
Festival d’Aix 2026 : entre classicisme et modernité
Les brèves de décembre –
Crémone, I puritani  : la jeunesse à l’assaut d’un chef-d’œuvre !
Ça s’est passé il y a 200 ans : création...
« Gala lyrique à la française » salle Gaveau – Comme au...
CD – Sisters – Karine Deshayes et Delphine Haidan rendent...
  • Accueil
  • À Voir
  • Avant-concerts
  • Vu pour vous
  • Artistes
  • Œuvres
  • Médiathèque
  • Humeurs
Première Loge

Pour ne rien manquer de l'actualité lyrique, restons en contact !

ProductionCompte renduVu pour vous

Les festivals de l’été –
Salzbourg : Schönberg – Webern – Mahler, One Morning Turns into an Eternity

par Renato Verga 16 août 2025
par Renato Verga 16 août 2025
© Ruth Walz
0 commentaires 11FacebookTwitterPinterestEmail
1,3K

Ni un concert, ni un opéra… mais une heure d’intense émotion.

Un sac noir contenant un cadavre est jeté à terre sur la scène infinie de la Felsenreitschule de Salzbourg, tandis que les harmonies errantes d’Erwartung d’Arnold Schönberg accompagnent l’entrée d’une femme arrivée « à la lisière d’une forêt » pour rencontrer son amant dans la nuit. La trentaine de mesures musicales de cette première scène souligne le sentiment de tension et d’ inquiétude de la femme. Un très court intermède mène à la deuxième scène « au clair de lune», dans laquelle la femme avance prudemment dans la « large avenue » et dans « l’obscurité profonde, entre de grands arbres touffus ». Dans la troisième scène, « sentiers et champs », « de hautes herbes, des fougères et de grands champignons jaunes » rendent le tableau hallucinant sous les reflets bleutés de la lune. Un interlude de quelques mesures basé sur des figures obstinées débouche sur la quatrième scène, « la forêt profonde et sombre », dans laquelle la femme apparaît avec la robe déchirée, les cheveux en bataille, des taches de sang sur le visage et les mains. Elle trébuche sur un cadavre qu’elle prend pour un tronc d’arbre. C’est celui de l’amant, près de la maison de sa rivale. Des explosions de jalousie se mêlent à des souvenirs et à des espoirs dans une atmosphère onirique désenchantée et inachevée. Ce n’est qu’à la toute fin que son anxiété s’apaise.

L’opus 17 de Schönberg a été composé pendant une période de crise profonde pour le compositeur : à l’été 1908, sa femme Mathilde Zemlinsky s’était enfuie avec son meilleur ami, le peintre Richard Gerstl, qui s’est ensuite suicidé lorsque Mathilde est revenue auprès de son mari en novembre. Erwartung ne sera présentée au public qu’en 1924. Elle constitue ici la première partie d’un spectacle mis en scène par Peter Sellars qui réunit trois représentants de l’école viennoise du début du XXe siècle : outre Schönberg, Anton Webern, dont on entend les Cinq pièces pour orchestre op. 10 en interlude, et enfin Gustav Mahler avec « Der Abschied » (« L’adieu »), le dernier morceau de Das Lied von der Erde, une œuvre également composée en 1908, une période tragique pour Mahler qui a dû faire face à la perte de sa fille Putzi, à la découverte de sa malformation cardiaque et à ses adieux à l’Opéra de Vienne.

Le metteur en scène américain assemble ces musiques dans une dramaturgie où l’homme apparaît comme la victime d’un système autoritaire. Dans la scénographie de George Tsypin, une clôture en fil de fer barbelé délimite à gauche un espace parsemé de rochers, tandis qu’à droite s’étend une « forêt » formée de neuf cylindres métalliques avec des silhouettes noires à leur surface qui tournent dans des moments des plus dramatiques. Deux femmes sont les protagonistes de ces deux œuvres vocales. La soprano Aušrinė Stundytė est l’interprète intense du monodrame de Schönberg. Avec son extraordinaire présence scénique et sa technique expressive raffinée, elle fait du texte fragmenté comme l’expression de l’état de conscience de Marie Pappenheim : un texte qui ne raconte rien mais qui dit tout sur l’angoisse d’une femme. Après le bref interlude constitué par la musique de Webern, nous entendons dans l’œuvre de Mahler la mezzo-soprano Fleur Barron qui remplace la contralto Wiebke Lehmkuhl, ayant dû abandonner la production pour des raisons familiales. Avec son timbre chaleureux et un vibrato parfois prononcé, elle entonne une longue réflexion sur la nature, l’ivresse, la nostalgie, la fragilité de la vie, la douleur de la séparation et de la mort. On ressent alors la souffrance de la planète et de ses êtres vivants : destin individuel que celui d’Erwartung, destin collectif celui de l’Abschied où tout est menacé et prêt à disparaître dans le néant, dans l’indifférence de l’éternité, avec ce « Ewig, ewig… » qui s’éteint dans le silence.

Si les images que nous voyons, éclairées par les jeux de lumière captivants de James F. Ingalls, ont un profond pouvoir évocateur, c’est la musique qui est l’élément le plus troublant de cette étrange opération, qui n’est ni un concert, ni un opéra. La direction d’Esa-Pekka Salonen à la tête de l’Orchestre Philharmonique de Vienne exalte les qualités des trois œuvres différentes : les sons saisissants du drame de Schönberg, la beauté des morceaux de Webern jamais entendus avec autant de transparence, la nostalgie quasi insupportable de l’ « Adieu » de Mahler. Une expérience bouleversante qui a envoûté le public, ayant visiblement du mal à se remettre de l’émotion suscitée par le spectacle. Ce n’est qu’après de longues secondes qu’il a éclaté en applaudissements enthousiastes. Une expérience qui restera longtemps gravée dans les cœurs.

Per leggere questo articolo nella sua versione originale in italiano, cliccare sulla bandiera!

Les artistes

Ausrine Stundyte, soprano
Fleur Barron, mezzo-soprano

Orchestre Philharmonique de Vienne, dir. Esa Pekka Salonen

Mise en scène : Peter Sellars
Dramaturgie : Antonio Cuenca Ruiz
Décors : George Tsypin
Costumes : Camille Assaf
Lumières : James F. Ingalls

Le programme

One Morning Turns into an Eternity

Arnold Schoenberg (1874–1951)
Erwartung
Monodrame en un acte pour soprano et orchestre op. 17 (composé en 1909, créé en 1924). Texte de Marie Pappenheim

Anton Webern (1883–1945)
Fünf Stücke für Orchester op. 10 (composées en 1911-1913, créés en 1926)

Gustav Mahler (1860–1911)
« Der Abschied », pour contralto et orchestre, extrait de Das Lied von der Erde (composé en 1908, créé en 1911)
Texte d’après les adaptations par Hans Bethge de deux poèmes chinois, par Meng Haoran
et  Wang Wei.

Salzbourg, Felsenreitschule, 10 août 2025.

image_printImprimer
0 commentaires 11 FacebookTwitterPinterestEmail
Renato Verga

Diplômé en Physique de l'Université de Turin, Renato Verga a toujours eu une passion immodérée pour la musique et le théâtre. En 2014, il lance un blog (operaincasa.com) pour recueillir ses critiques de DVD d'opéra, de spectacles vus partout dans le monde, de concerts, de livres sur la musique. Renato partage l'idée que la mise en scène est une partie constitutive de l'opéra lui-même et doit donc comporter de nécessaires transformations pour s'adapter à notre contemporanéité.

Laisser un commentaire Annuler la réponse

Sauvegarder mes informations pour la prochaine fois.

This site uses Akismet to reduce spam. Learn how your comment data is processed.

post précédent
Les festivals de l’été –
Vérone : reprise de la mise en scène légendaire de CARMEN par Franco Zeffirelli
prochain post
LES DOSSIERS DE PREMIÈRE LOGE

Vous allez aussi aimer...

Bruxelles, NormaVoyage immobile et bel canto sous tension,...

14 décembre 2025

Crémone, I puritani  : la jeunesse à l’assaut...

10 décembre 2025

Les cadeaux de Parpignol pour les fêtes de...

10 décembre 2025

« Gala lyrique à la française » salle Gaveau –...

9 décembre 2025

Au Maggio Musicale Fiorentino, la Passion selon saint...

8 décembre 2025

Al Maggio Musicale Fiorentino la Matthäus-Passion di Bach...

8 décembre 2025

Rome – Lohengrin, l’œuf et l’argent : la...

7 décembre 2025

Robinson, enfin !

5 décembre 2025

Cinéma – LUDOVIC – Le film évènement !

5 décembre 2025

Nice : en – bonne – Company de...

5 décembre 2025

En bref

  • Les brèves de décembre –

    11 décembre 2025
  • Les brèves de novembre –

    20 novembre 2025

Humeurs

  • Les années 2020 : sombre époque pour les arts, la culture, l’humanisme…

    5 mars 2025

La vidéo du mois

Édito


  • Édito d’octobre –
    « O, mia musica, si bella e perduta… » : quand le cas Venezi révèle un malaise plus profond concernant les arts et la musique en Italie

    2 octobre 2025

PODCASTS

PREMIÈRE LOGE, l’art lyrique dans un fauteuil · Adriana Gonzàlez & Iñaki Encina Oyón – Mélodies Dussaut & Covatti

Suivez-nous…

Suivez-nous…

Commentaires récents

  • Don Giovanni, de Mozart – À Dom e-mots dans KOSTAS SMORIGINAS
  • Josy Santos dans L’Opéra de Liège inscrit le CHAPEAU DE PAILLE DE FLORENCE à son répertoire
  • STEFANI dans Le Chœur de Paris chante Schubert et Pergolesi
  • G.ad. dans Démission de Jean-Louis Grinda, un seul opéra programmé cet été en version de concert… : AVIS DE TEMPÊTE SUR LES CHORÉGIES D’ORANGE
  • Simon De Salmans dans LA WALKYRIE à l’Opéra Bastille : un plateau vocal triomphant !

Première loge

Facebook Twitter Linkedin Youtube Email Soundcloud

Keep me signed in until I sign out

Forgot your password?

Login/Register

Keep me signed in until I sign out

Forgot your password?

Rechercher

Archives

  • Facebook
  • Twitter
  • Youtube
  • Email
Première Loge
  • Accueil
  • À Voir
  • Avant-concerts
  • Vu pour vous
  • Artistes
  • Œuvres
  • Médiathèque
  • Humeurs

A découvrirx

Bruxelles, NormaVoyage immobile et bel canto...

14 décembre 2025

Crémone, I puritani  : la jeunesse...

10 décembre 2025

Les cadeaux de Parpignol pour les...

10 décembre 2025