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Festival Verdi 5/5
MACBETH : Quand le « thane de Caudore » et sa « fatale épouse » chantent en français…

par Stéphane Lelièvre 8 octobre 2024
par Stéphane Lelièvre 8 octobre 2024

© Roberto Ricci

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Parme, Macbeth (version française), 6 octobre 2024

Le troisième opéra de Verdi donné en version scénique cette année à Parme est une très belle réussite musicale, justement fêtée par le public.

Troisième des opéras donnés cette année en version scénique au Festival Verdi de Parme (avec La battaglia di Legnano et Un ballo in maschera), c’est peut-être ce Macbeth qui, finalement, aura apporté le plus de satisfactions.

À peine achevées les représentations de son Siegfried bruxellois, voici Pierre Audi en Émilie-Romagne, prêt à affronter cette fois-ci Shakespeare et Verdi. À en croire les échos glanés parmi le public à l’entracte ou chez certains confrères, le spectacle n’a pas fait l’unanimité… Il est vrai que, lorsque le rideau se lève, dévoilant, « en miroir », une salle à l’italienne avec sur le plateau quelques rangées de chaises alignées, on craint de faire un bon de quelque vingt ou trente ans en arrière, à l’époque où ces éléments scénographiques étaient servis à peu près à toutes les sauces. Le grillage de fond de scène qui apparaitra un peu plus tard dans l’œuvre n’est guère plus novateur… Et puis on se dit en fait que cette métaphore quelque peu usée du « théâtre dans le théâtre » est sans doute plus à sa place  dans Macbeth que dans toute autre pièce, la tragédie de Shakespeare insistant sur l’aspect « théâtral » de l’existence, qui ne serait autre chose qu’une forme de « théâtre de l’absurde », donnant à voir des mauvais acteurs « qui se pavane[nt] et s’agite[nt] une heure sur la scène, et qu’ensuite on n’entend plus… » (Acte V, scène 5). Finalement, on appréciera au fil du spectacle une belle direction d’acteurs, et une louable sobriété permettant de se concentrer sur l’essence du drame… et sur la musique !

Car sur ce plan, la soirée aura été une très belle réussite. Grâce, avant tout, à la direction flamboyante de Roberto Abbado, vive, précise, hautement dramatique : le chef italien renouvelle ici sa très belle prestation des concerts de 2019, où il avait déjà interprété brillamment le chef-d’œuvre de Verdi. Sous sa baguette, le Filarmonica Arturo Toscanini se montre superbe de précision, riche en couleurs, en contrastes, et le chœur du Teatro Regio brille par sa musicalité irréprochable… mais pas par son français, fort peu compréhensible ! Car c’est bien la version française qui est jouée cette année, avec son ballet et les aménagements que Verdi apporta à sa partition pour l’Opéra de Paris en 1865 – aménagements bien connus du mélomane puisque la version française a été retraduite en italien et s’est par la suite imposée, dans la langue de Dante, sur toutes les scènes du monde. (Sur la version française de Macbeth, consultez ici notre dossier).

Choisir la version française de Macbeth exige que l’on distribue dans les différents rôles des interprètes qui soient à l’aise avec la langue de Molière. Sur ce plan, le résultat est inégal d’un chanteur à l’autre. C’est sans doute Michele Pertusi qui s’en sort le mieux, le français de Luciano Ganci sonnant assez exotique, et la diction de Lidia Fridman manquant trop de netteté pour que le texte soit parfaitement compréhensible. En revanche, Ernesto Petti s’en sort avec les honneurs : si tout n’est pas idiomatique dans sa prononciation, le résultat est plus qu’honorable et témoigne visiblement d’un bon travail de préparation.

Vocalement, la soirée offre de belles performances. Si la ligne de chant de Luciano Ganci (Macduff) apparaît quelque peu désordonnée, celle de David Astorga, en dépit d’une puissance vocale moindre, est très soignée. Concernant la Comtesse de Natalia Gavrilan, déjà distribuée dans le même rôle en 2019, nous ne pouvons que nous répéter : le chant propre et nuancé de la mezzo nous fait penser qu’elle est sous-distribuée et mériterait d’interpréter des rôles plus importants. Michele Pertusi se distingue, comme à son habitude, par la noblesse de ses interventions. Son « Par une aussi terrible nuit » (l’équivalent de « Come dal ciel precipita ») sera particulièrement applaudi. Des trois incarnations verdiennes de Lidia Fridman auxquelles nous avons assisté (Giselda à Parme en 2023, Amelia du Ballo à Turin en février dernier), c’est peut-être cette Lady Macbeth qui nous convainc le plus. La voix possède ces couleurs étranges, certaines raucités, ces graves profonds qui font que l’on dresse tout de suite l’oreille, avec le sentiment d’être face à une interprète – et à un personnage – hors normes. La puissance vocale est là, l’ambitus (redoutable dans ce rôle) parfaitement maîtrisé, et surtout, la chanteuse connait aussi très bien sa grammaire belcantiste et ne savonne aucune des vocalises de sa cabalette ni celles du brindisi. La scène de somnambulisme, au legato perfectible, convainc un peu moins, malgré un ut dièse final assuré… Mais globalement l’incarnation frappe le public, d’autant que l’actrice est également excellente, avec une physionomie inquiétante, le visage présentant une expression tantôt dure, tantôt vide  – à mille lieux des roulements d’yeux exorbités assez grotesques de tant d’interprètes du passé ou du présent.

Enfin, Ernesto Petti remporte au rideau final, comme sa partenaire, un très beau succès tout à fait mérité : on a particulièrement apprécié son approche humaine du héros éponyme, complètement dépassé par les événements que génèrent sa faiblesse et l’ambition folle de sa femme. Si la voix est capable d’éclats bienvenus, elle sait aussi se faire tendre et touchante, et ce personnage de tyranneau en vient presque à susciter pitié et empathie. Bref, un Macbeth plus Renato Bruson que Sherrill Milnes…

Au rideau final, le public ne ménage pas ses applaudissements, tous les chanteurs et musiciens étant noyés sous un flot de « bravi » !

Les artistes

Macbeth : Ernesto Petti
Lady Macbeth : Lidia Fridman
Banquo : Michele Pertusi
Macduff : Luciano Ganci
Malcolm : David Astorga
La Comtesse : Natalia Gavrilan
Un Médecin : Rocco Cavalluzzi
Un serviteur / Un sicaire / Premier fantôme : Eugenio Maria Degiacomi
Deuxième fantôme : Agata Pelosi
Troisième fantôme : Alice Pellegrini

Filarmonica Arturo Toscanini, dir. Roberto Abbado
Chœur du Teatro Regio di Parma, dir. Martino Faggiani
Mise en scène : Pierre Audi
Décors : Michele Taborelli
Costumes : Robby Duiveman
Lumières : Jean Kalman, Marco Filibeck
Chorégraphie : Pim Veulings

Le programme

Macbeth

Opéra en 4 actes de Giuseppe Verdi, livret de Francesco Maria Piave, version française de Charles-Louis-Étienne Nuitter et Alexandre Beaumont ; créé au Théâtre-Lyrique de Paris le 21 avril 1865.
Parme, Festival Verdi, représentation du dimanche 6 octobre 2024.

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Luciano GanciLidia FridmanMichele PertusiPierre AudiErnesto PettiDavid AstorgaRoberto Abbado
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Stéphane Lelièvre

Stéphane Lelièvre est maître de conférences en littérature comparée, responsable de l’équipe « Littérature et Musique » du Centre de Recherche en Littérature Comparée de la Faculté des Lettres de Sorbonne-Université. Il a publié plusieurs ouvrages et articles dans des revues comparatistes ou musicologiques et collabore fréquemment avec divers opéras pour la rédaction de programmes de salle (Opéra national de Paris, Opéra-Comique, Opéra national du Rhin,...) Il est co-fondateur et rédacteur en chef de Première Loge.

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