À la une
Jules César en Égypte de Haendel : un début triomphal...
Giulio Cesare in Egitto di Händel: un debutto trionfale al...
La Vie parisienne au Châtelet, ou la joyeuse basse-cour ! 
Les brèves de juin –
Opéra Bastille, La traviata toujours : Pretty Yende retrouve la production...
Découvrez la future saison lyrique de la FENICE de Venise
FESTIVAL D’AMBRONAY 2026
Bach (Cantates II : Actus tragicus) à Versailles : le souffle...
Teatro Regio de Turin – Tosca, ou la Rome des...
La spiritualité des Quattro pezzi de Verdi à l’Orchestre national...
  • Accueil
  • À Voir
  • Avant-concerts
  • Vu pour vous
  • Artistes
  • Œuvres
  • Médiathèque
  • Humeurs
Première Loge

Pour ne rien manquer de l'actualité lyrique, restons en contact !

Compte renduVu pour vousConcert

Philharmonie de Paris : sous la baguette de Mirga Gražinytė-Tyla, un War Requiem d’exception

par Stéphane Lelièvre 13 juin 2026
par Stéphane Lelièvre 13 juin 2026

© Première Loge Opéra

© Première Loge Opéra

© Première Loge Opéra

1 commentaire 2FacebookTwitterPinterestEmail
786

War Requiem, Philharmonie de Paris, vendredi 12 juin 2026

Beaucoup trop rare dans les salles parisiennes, le War Requiem de Britten a fait hier soir un retour triomphal à la Philharmonie de Paris. Sous la direction magistrale de Mirga Gražinytė-Tyla, l’Orchestre philharmonique, le Chœur et la Maîtrise de Radio France ont livré une interprétation éblouissante de ce chef-d’œuvre pacifiste du XXe siècle.

Les occasions ne sont pas si fréquentes d’entendre le War Requiem de Britten à Paris. Sauf erreur de notre part, la dernière exécution de cette œuvre dans la capitale remontait à 2019. Aussi l’attente était-elle forte pour ce concert donné à la Philharmonie ce vendredi 12 juin 2026, d’autant qu’il offrait l’occasion de retrouver la cheffe d’orchestre Mirga Gražinytė-Tyla, première cheffe invitée de l’Orchestre philharmonique de Radio France à compter de la saison 2026-2027.

Le résultat fut à la hauteur de l’attente et des espérances. D’abord grâce à un Orchestre philharmonique de Radio France dans une forme superlative. On ne sait quel pupitre admirer le plus. La formation orchestrale a brillé dans les tutti de son effectif complet (impressionnante intervention des cuivres dans le Dies irae ; expressivité constante des cordes, avec notamment une forte tension dramatique dans le trémolo sur lequel se déploie le chant du ténor — « Move him » — interrompant le Lacrymosa ; superbes interventions du cor anglais ; précision impeccable des percussions) comme dans ses interventions sous la forme d’un orchestre de chambre lorsqu’il s’est agi d’accompagner les deux chanteurs masculins. L’orchestre s’est montré capable du plus grand recueillement et de la plus grande douceur, mais s’est montré tout aussi convaincant dans l’expression d’une tension dramatique extrême et les véritables déferlements sonores qui émaillent la partition. Les mêmes qualités s’observent chez le Chœur de Radio France, lui aussi littéralement éblouissant, faisant preuve notamment d’une précision irréprochable dans la fugue du Quam olim Abrahae. Son intervention dans le « Pleni sunt coeli » a été particulièrement marquante : les murmures des choristes, sous forme de bourdonnements, investissent progressivement l’espace sonore jusqu’à un effet de saturation culminant dans un éblouissant « Hosanna ». Un très grand bravo également à la Maîtrise de Radio France ! On lui connaît bien sûr une musicalité jamais prise en défaut, mais l’on a surtout apprécié ici son impeccable précision, d’autant que le chœur chantait hors de l’espace scénique, dans une spatialisation accentuant son rôle entre la sphère terrestre incarnée par les voix masculines, la liturgie portée par les chœurs et la soprano, et cette voix de l’au-delà, promesse d’apaisement incarnée par les voix d’enfants.

Ces forces musicales étaient placées sous la houlette de Mirga Gražinytė-Tyla, très chaleureusement accueillie par le public. La cheffe lituanienne impressionne d’abord par la précision quasi clinique de sa battue, qui garantit à l’orchestre, aux chœurs comme aux solistes une netteté des attaques et une rigueur rythmique constamment remarquables. Mais cette maîtrise ne se traduit pourtant jamais par une lecture froide ou excessivement analytique. Au contraire, elle fait respirer la partition de Britten avec un naturel souverain, laissant pleinement s’épanouir le lyrisme si caractéristique du compositeur anglais, particulièrement sensible lorsqu’il s’agit d’évoquer la dimension terrestre et humaine de l’œuvre. On admire également sa capacité à préserver la lisibilité du discours musical dans les passages les plus tumultueux : jamais les déferlements sonores ne se réduisent à un magma indistinct ; ils conservent au contraire une remarquable clarté de texture et une transparence orchestrale qui permettent à chaque détail de trouver sa place. Bref, une une direction extrêmement contrôlée, mais jamais corsetée ni démonstrative.

Les interventions des solistes ont elles aussi été absolument superlatives. Julien Behr, en excellente voix, livre ce soir une magnifique interprétation, avec une expressivité toujours en adéquation avec le texte et une remarquable maîtrise du souffle qui lui permet notamment un magnifique legato dans « When ever hangs where shelled roads part ». La longue fréquentation du lied par le baryton Florian Boesch lui permet d’accorder une attention permanente aux mots, tout en faisant preuve d’une expressivité de chaque instant. Les voix des deux hommes dialoguent avec beaucoup d’émotion dans les pages finales, lorsque le soldat allemand et le soldat anglais conversent dans un poignant dialogue post mortem. Les deux voix fusionnent alors de façon bouleversante dans le « Let us sleep now » final, tandis que la musique prend l’apparence d’une tendre berceuse avant la percée lumineuse de la promesse d’un apaisement ultime.
La soprano Elena Stikhina (placée avec les chœurs, en hauteur au-dessus de l’orchestre, afin de rendre visible et audible une disposition spatiale et sonore en trois strates distinctes), s’est elle aussi montrée exemplaire, avec un instrument d’une grande beauté et une technique parfaitement maîtrisée, qui fait merveille dans le sublime Benedictus. Dans le poignant Lacrymosa, elle trouve le parfait équilibre entre une voix trop désincarnée, qui empêcherait l’émotion, et une voix au contraire trop charnelle, qui nuirait au caractère éthéré de la musique.

Le concert a été accueilli triomphalement par une salle visiblement très émue. Hasard — et maladresse… — de la programmation : après des années d’absence, l’œuvre sera de nouveau proposée dans quelques mois seulement (en novembre), toujours à la Philharmonie : une belle occasion pour ceux qui n’ont pu assister à ce concert — la salle affichait complet — de se rattraper la saison prochaine avec une équipe artistique totalement différente : les forces de l’Orchestre de Paris seront en effet placées cette fois sous la direction de Marin Alsop.

  • Si vous souhaitez publier un commentaire (dans l’encadré ci-dessous, en bas de page), merci de prendre connaissance auparavant de la « Charte des commentaires » ! / If you wish to post a comment (in the box below, at the bottom of the page), please read the “Comment Policy” first!
Les artistes
Elena Stikhina , soprano
Julien Behr , ténor
Florian Boesch , basse
 
Orchestre Philharmonique de Radio France
Chœur de Radio France
Maîtrise de Radio France
Sofi Jeannin , cheffe de choeur
Mirga Gražinytė-Tyla , direction
 
 
Le programme

War Requiem

Œuvre de Benjamin Britten (poèmes de Wilfred Owen), créée le 30 mai 1962 à Coventry.
Philharmonie de Paris, concert du vendredi 12 juin 2026.

image_printImprimer
Elena StikhinaMirga Gražinyté-TylaFlorian BoeschJulien Behr
1 commentaire 2 FacebookTwitterPinterestEmail
Stéphane Lelièvre

Stéphane Lelièvre est maître de conférences en littérature comparée, responsable de l’équipe « Littérature et Musique » du Centre de Recherche en Littérature Comparée de la Faculté des Lettres de Sorbonne-Université. Il a publié plusieurs ouvrages et articles dans des revues comparatistes ou musicologiques et collabore fréquemment avec divers opéras pour la rédaction de programmes de salle (Opéra national de Paris, Opéra-Comique, Opéra national du Rhin,...) Il est co-fondateur et rédacteur en chef de Première Loge.

1 commentaire

Marc Dumont 16 juin 2026 - 8 h 55 min

La dernière fois que l’œuvre fut programmée à la Philharmonie, c’était en mai 2019 avec l’Orchestre de Paris que dirigeait Daniel Harding. Christian Gerhaher avait été souverain (comme toujours) et l’interprétation totalement bouleversante.

Répondre

Laisser un commentaire Annuler la réponse

Sauvegarder mes informations pour la prochaine fois.

This site uses Akismet to reduce spam. Learn how your comment data is processed.

post précédent
Opéra Grand Avignon 26-27 – CAPTIVES… mais libres par le chant !
prochain post
Théâtre des Champs-Élysées : Marc Minkowski a-t-il du chœur dans les oratorios de Haendel ?

Vous allez aussi aimer...

Jules César en Égypte de Haendel : un...

16 juin 2026

Giulio Cesare in Egitto di Händel: un debutto...

16 juin 2026

La Vie parisienne au Châtelet, ou la joyeuse basse-cour ! 

16 juin 2026

Opéra Bastille, La traviata toujours : Pretty Yende retrouve...

14 juin 2026

Bach (Cantates II : Actus tragicus) à Versailles :...

14 juin 2026

Teatro Regio de Turin – Tosca, ou la...

14 juin 2026

La spiritualité des Quattro pezzi de Verdi à...

14 juin 2026

Théâtre des Champs-Élysées : Marc Minkowski a-t-il du...

14 juin 2026

CONCOURS DE CHANT SUMI JO – Les lauréats...

11 juin 2026

Ercole amante à l’Opéra Bastille : réinventer le mythe

10 juin 2026

Humeurs

  • Covent Garden et la Monnaie de Bruxelles solidaires de Paata Burchuladze

    14 mai 2026

En bref

  • Les brèves de juin –

    15 juin 2026
  • Ça s’est passé il ya 200 ans : création de Don Gregorio de Gaetano Donizetti

    11 juin 2026

La vidéo du mois

Édito

  • L’été des festivals : la parenthèse enchantée qu’attendent tous les lyricophiles !

    3 juin 2026

PODCASTS

PREMIÈRE LOGE, l’art lyrique dans un fauteuil · Adriana Gonzàlez & Iñaki Encina Oyón – Mélodies Dussaut & Covatti

Suivez-nous…

Suivez-nous…

Commentaires récents

  • Amandine FK dans Opéra Bastille, La traviata toujours : Pretty Yende retrouve la production de ses débuts dans le rôle de Violetta
  • Teulon Lardic sabine dans Les brèves de juin –
  • Marc Dumont dans Philharmonie de Paris : sous la baguette de Mirga Gražinytė-Tyla, un War Requiem d’exception
  • Didier Beauvois dans Bach (Cantates II : Actus tragicus) à Versailles : le souffle profond de Gardiner
  • Maurice Dinard dans Bach (Cantates II : Actus tragicus) à Versailles : le souffle profond de Gardiner

Première loge

Facebook Twitter Linkedin Youtube Email Soundcloud

Keep me signed in until I sign out

Forgot your password?

Login/Register

Keep me signed in until I sign out

Forgot your password?

Rechercher

Archives

  • Facebook
  • Twitter
  • Youtube
  • Email
Première Loge
  • Accueil
  • À Voir
  • Avant-concerts
  • Vu pour vous
  • Artistes
  • Œuvres
  • Médiathèque
  • Humeurs

A découvrirx

Jules César en Égypte de Haendel...

16 juin 2026

Giulio Cesare in Egitto di Händel:...

16 juin 2026

La Vie parisienne au Châtelet, ou la joyeuse basse-cour...

16 juin 2026