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Exceptionnel Château de Barbe-Bleue à la Philharmonie de Paris

par Frédéric Meyer 30 novembre 2024
par Frédéric Meyer 30 novembre 2024

© Christophe Abramowitz- Radio-France

© Christophe Abramowitz - Radio-France

© Caroline de Bon

© Petra Baratova

© Petra Baratova

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Créé en 1918, Le Château de Barbe-Bleue, unique opéra de Béla Bartók, fait partie des ouvrages lyriques majeurs du XXe siècle. Exigeant un effectif orchestral important, cette œuvre courte de 60 minutes est un drame immobile découpé en sept parties constituées de monologues correspondant à l’ouverture des sept portes du château, entre système pentatonique et musique traditionnelle hongroise. Traduite en japonais, allemand, anglais et français, elle a été créée en France en 1950 sous la direction d’Ernest Ansermet et est fréquemment montée en version scénique avec une autre œuvre courte, le plus souvent du XXe siècle également. Ainsi, à l’Opéra de Paris en 2018, elle a été associée à La Voix humaine de Poulenc dans un spectacle de Krzysztof Warlikowski ; plus récemmenr, à Torre del Lago, au Tabarro de Puccini, ou, à Nancy, à Sancta Susanna (Hindemith) et La Danse des morts (Honegger). Ce vendredi 29 novembre, c’est en version de concert que Le Château de Barbe-Bleue a été donnée à la Philharmonie de Paris, sous la direction de Mikko Franck.

József Gyabronka, voix off du prologue, introduit rapidement l’action dans l’obscurité totale, avant que ne s’installe une semi-pénombre dans laquelle se déroulera toute l’action.

Aušrinė Stundytė, soprano lituanienne bien connue du public français pour ses interprétations d’Emilia Marty et de Katerina Lvovna Ismaïlova, à l’Opéra de Paris mais aussi à Genève, est familière du rôle de Judith qu’elle a interprété plusieurs fois en Allemagne. Elle est d’une extraordinaire crédibilité dans ce rôle difficile. Ayant choisi d’assumer les bruits terribles qui courent sur Barbe-Bleue, elle ne va s’exprimer, tout au long de l’opéra, que par impératifs laconiques, répétant chacun de ses ordres pour marquer sa volonté, tout en commentant ce qu’elle voit après l’ouverture de chaque porte. Elle est le moteur de cette formidable partition qui exige beaucoup d’elle, évoluant entre murmures, sensualité et puissance vocale lorsque se déchaîne l’orchestre à l’ouverture de la cinquième porte. Aušrinė Stundytė  nous offre ici, dans cet immense récitatif, une succession de plages lyriques en servant d’une manière admirable le livret de Bela Balazs. On est totalement fasciné par sa capacité vocale à nous en livrer toutes les nuances.

Matthias Goerne, qui s’est depuis des années imposé comme un des plus grands interprètes du répertoire allemand autant pour le lied[1] (il fut l’élève de Dietrich Fischer-Dieskau et d’Elizabeth Schwarzkopf) que pour l’opéra, est ici un extraordinaire Barbe-Bleue tant par son jeu de scène à la limite du détachement et de la résignation que par une voix profonde qui nous glace le sang. Même s’il chante beaucoup moins que Judith, on reste confondu à chacune de ses interventions par sa capacité à maintenir un tel niveau de puissance qui envahit toute la salle de la Philharmonie.
Lorsqu’à la fin de l’opéra, après l’ouverture de la septième porte, Barbe-Bleue commence son chant de l’adieu, on atteint des sommets d’émotion, dans l’unique duo de l’œuvre qui est aussi le moment le plus lyrique de l’opéra. Judith refuse de le laisser échapper au moment où elle allait presque l’atteindre car le manteau étincelant trop lourd, posé malgré elle sur ses épaules, représente le fardeau de la connaissance. Avec ce doute terrible qui la hantait, Judith a mené leur amour à sa perte. Les derniers mots de Barbe-Bleue alors que les dernières notes s’éteignent doucement sur l’obscurité revenue dans la salle nous laissent pantois…

Photo Frédéric Meyer

Comment ne pas parler de l’orchestre de Radio France au grand complet, au plus haut de sa forme, sous la merveilleuse direction de Mikko Franck, qui a judicieusement choisi de placer huit cuivres au balcon qui interviendront dans le tutti orchestral à l’ouverture de la cinquième porte ? 

On retient plusieurs instants merveilleux, tel celui où les violons, restant silencieux, violoncelles et cuivres jouent ensemble. Des cordes (presque imperceptibles au début et à la fin de l’œuvre) aux tutti orchestraux, chaque pupitre est excellent.

Tonnerre d’applaudissements et rappels sans nombre pour cette soirée mémorable.

——————————————————-

[1] Il a il y a quelque temps gravé un remarquable album de lieder de Beethoven.

Les artistes

Judith : Aušrinė Stundytė
Barble bleue : Matthias Goerne
Narrateur : József Gyabronka 

Orchestre Philharmonique de Radio France, dir. Mikko Franck 

Le programme

Le Château de Barbe-Bleue

Opéra en un acte de Béla Bartók, livret de Béla Balàzs, créé à Budapest le 24 mai 1918.
Philharmonie de Paris, concert du vendredi 29 novembre 2024.

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Matthias GoerneMikko FranckAusrine Stundyte
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Frédéric Meyer

1 commentaire

LEMAIRE 30 novembre 2024 - 15 h 42 min

une merveille qui vous met K.O.. comme les meilleures improvisations de jazz contemporain. tout était parfait

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