À la une
Idoménée à la Monnaie par Calixto Bieito : c’est le...
Hello Dolly ! enthousiasme l’Odéon de Marseille
CD – Simon Boccanegra : encore un rôle majeur de...
Avignon : Décaméron, l’opéra réinventé
Les brèves de mars –
Au Maggio Musicale Fiorentino, première reprise moderne du CARNAVAL de...
Allumer le feu : une Norma incandescente à l’Arsenal de Metz
Journée internationale des droits des femmes : Mojca Lavrenčič, cheffe d’orchestre
Faust à Tours : quand Vannina va, tout va !
Rouen : une Iolanta lumineuse qui fera date
  • Accueil
  • À Voir
  • Avant-concerts
  • Vu pour vous
  • Artistes
  • Œuvres
  • Médiathèque
  • Humeurs
Première Loge

Pour ne rien manquer de l'actualité lyrique, restons en contact !

Compte renduVu pour vousConcert

Acis and Galatea : Haendel so british à l’Auditorium de Radio-France

par Patrice Gay 24 mai 2022
par Patrice Gay 24 mai 2022
Bemberg Fondation Toulouse - Acis et Galatée - Lucas Giordano
0 commentaires 2FacebookTwitterPinterestEmail
1,5K

Ce masque qui n’a à peu près jamais quitté la scène depuis sa création en 1718 fut l’objet de multiples révisions, adaptations, orchestrations (notamment de Mozart en 1788) jusqu’à l’âge romantique. L’interprétation de ce soir restitue la toute première version de l’œuvre (1718) et c’est donc un Acis and Galatea al fresco qui nous est donné à entendre.

Tout séduit l’auditeur dans cette musique composée dans le cadre agreste de la propriété du duc de Chandos : le chant délicat et néanmoins contrasté, l’orchestre dont les cordes, hautbois et flûtes donnent la répartie aux protagonistes de la pastorale. Si nous avons à l’oreille des interprétations endiablées, pleines de peps et de swing, de cette œuvre si réjouissante, le chef argentin Leonardo García Alarcón renonce aux facilités virtuoses pour nous faire entendre toutes les nuances d’une partition fort riche où la gravité et la déploration quasi-liturgiques surgissent au détour d’un chœur, comme lors du splendide « Wretched Lovers ! » qui ouvre la seconde partie, alors que le Polyphemus de la basse suédoise Staffan Liljas sort de sa grotte au milieu des fumées. S’ensuit un ample récitatif plein de rage, prélude d’une aria (« O ruddier than the Cherry ! ») haute en couleurs, où les notes du piccolo agissent comme un discret persiflage : la déclaration enflammée du cyclope n’est pas loin de faire sourire. L’une des grandes joies de l’interprétation donnée ce soir tient en effet en ceci que le public se demande s’il entend une véritable pastorale ou plutôt une œuvre, nourrie d’influences et citations diverses, notamment issues de la musique italienne – rappelons qu’en 1718 Haendel est déjà l’auteur de la sérénade Aci Galatea e Polifemo (1708) commandée par une princesse napolitaine – dont la dimension parodique affleure en bien des passages.

Rien ne semble devoir être véritablement pris au sérieux dans ce divertissement galant, ni la colère du géant qui écrase son rival d’un rocher, ni même la tendresse énamourée qui unit Acis et Galatea. La soprano colorature Julie Roset campe une nymphe fort douce et fort délicate. Son beau timbre clair et coloré fait merveille dans l’air liminaire « Hush, ye pretty warbling Quire ! »  Tel est aussi le cas dans l’air « As when the Dove », où le beau violon (fabriqué à Crémone en 1623) de Ji-Yoon Park dialogue délicatement avec la voix. Acis est quant à lui incarné par la plus britannique des voix de ce soir, en l’occurrence celle du ténor Mark Milhofer, au timbre fort élégant et fort à l’aise dans le répertoire anglo-saxon, de Purcell à Britten. Son premier air, « Where shall I seek the charming Fair ? » a quelque chose d’amusé et de très léger à la fois, au contraire des interprétations plus habituelles qui jouent surtout des contrastes appuyés de la musique. Notons aussi son air orgueilleusement héroïque « Love sounds th’Alarm » qui précède les conseils de l’avisé Damon du ténor suisse Valerio Contaldo. Ce dernier, dont la voix souple dialogue avec l’orchestre, notamment dans le second acte (« Consider, fond Sherherd »), paraît se jouer de la posture du donneur de leçons.

Insistons sur l’homogénéité du plateau tant vocal qu’orchestral et sur la solidarité de l’ensemble grâce à la direction de Leonardo García Alarcón. Les musiciens de l’orchestre philharmonique de Radio-France sont autant de solistes tour à tour mis en valeur. Il en va de même du chœur à cinq voix qui scande les principales étapes de l’œuvre, passe de l’allégresse primesautière aux accents élégiaques de la déploration, le tout avec cette distance, disons ce flegme, qui nous rappelle à chaque instant que ce n’est qu’un jeu, jusqu’au « Shepherds’ Pleasure » joliment ornementé du finale.

 

Les artistes

Galatea : Julie Roset 
Acis : Mark Milhofer 
Polyphemus : Staffan Liljas  
Damon : Valerio Contaldo
Coridon : Fabio Trümpy 
Ana Vieira Leite
, soprano
Leandro Marziotte, alto
Matthieu Heim, basse

Orchestre Philharmonique de Radio-France, dir. Leonardo García Alarcón
Ji-Yoon Park , violon solo (violon d’Antonio et Girolamo Amati, Crémone, 1623)

 

Le programme

Acis and Galatea 

Semi-opera en deux actes de Georg Friedrich Haendel, texte en anglais de John Gay (incluant des pages d’autres auteurs) d’après la légende d’Acis et Galatée tirée des Métamorphoses d’Ovide. Probablement écrit et créé à Cannons entre 1718 et 1720 puis représenté dans sa version définitive à Londres en 1731

Concert du 21 mai 2022 à l’auditorium de Radio France.

image_printImprimer
Julie RosetValerio ContaldoLeonardo García Alarcón
0 commentaires 2 FacebookTwitterPinterestEmail
Patrice Gay

Patrice Gay est agrégé de Lettres modernes. Après des études de Lettres à l’Université de Clermont-Ferrand, il enseigne en collège, puis en lycée. Il est aujourd’hui professeur de culture générale en classe préparatoire économique à Versailles. Passionné d’opéra, il a conduit de nombreux projets pédagogiques autour d’un spectacle lyrique (Châtelet, Opéra national de Paris, TCE) avec des élèves de lycée (seconde et première) et également avec des étudiants de CPGE technologique.

Laisser un commentaire Annuler la réponse

Sauvegarder mes informations pour la prochaine fois.

This site uses Akismet to reduce spam. Learn how your comment data is processed.

post précédent
À voir en juin…
prochain post
De l’opéra, de la danse, du cinéma, du piano, de la musique sacrée : il y en aura pour tous les goûts cet été à Orange !

Vous allez aussi aimer...

Idoménée à la Monnaie par Calixto Bieito :...

11 mars 2026

Hello Dolly ! enthousiasme l’Odéon de Marseille

10 mars 2026

Avignon : Décaméron, l’opéra réinventé

9 mars 2026

Les brèves de mars –

9 mars 2026

Au Maggio Musicale Fiorentino, première reprise moderne du...

8 mars 2026

Allumer le feu : une Norma incandescente à l’Arsenal...

8 mars 2026

Faust à Tours : quand Vannina va, tout...

7 mars 2026

Rouen : une Iolanta lumineuse qui fera date

7 mars 2026

Al Maggio Musicale Fiorentino torna a vivere Le...

7 mars 2026

À Toulon, un Barbier de Séville bien ficelé

5 mars 2026

Humeurs

  • Journée internationale des droits des femmes : Mojca Lavrenčič, cheffe d’orchestre

    8 mars 2026

En bref

  • La vidéo du mois : José van Dam chante l’air du Catalogue de Leporello (Don Giovanni)

    5 mars 2026
  • Les brèves de février –

    24 février 2026

La vidéo du mois

Édito

  • Transposer un mythe dans la contemporanéité : mettre à jour… ou mettre à plat ?

    1 mars 2026

PODCASTS

PREMIÈRE LOGE, l’art lyrique dans un fauteuil · Adriana Gonzàlez & Iñaki Encina Oyón – Mélodies Dussaut & Covatti

Suivez-nous…

Suivez-nous…

Commentaires récents

  • Fabrice del Dongo dans Timothée Chalamet, ou la médiocrité tranquille
  • MICHAEL dans Timothée Chalamet, ou la médiocrité tranquille
  • Tardieu dans À Toulon, un Barbier de Séville bien ficelé
  • SARRAZIN dans Timothée Chalamet, ou la médiocrité tranquille
  • LAVIGNE Jean-François dans Rouen : une Iolanta lumineuse qui fera date

Première loge

Facebook Twitter Linkedin Youtube Email Soundcloud

Keep me signed in until I sign out

Forgot your password?

Login/Register

Keep me signed in until I sign out

Forgot your password?

Rechercher

Archives

  • Facebook
  • Twitter
  • Youtube
  • Email
Première Loge
  • Accueil
  • À Voir
  • Avant-concerts
  • Vu pour vous
  • Artistes
  • Œuvres
  • Médiathèque
  • Humeurs

A découvrirx

Idoménée à la Monnaie par Calixto...

11 mars 2026

Hello Dolly ! enthousiasme l’Odéon de...

10 mars 2026

Avignon : Décaméron, l’opéra réinventé

9 mars 2026