Récital Songs of Hope (Marie-Laure Garnier & Célia Oneto Bensaid), Palais de l’Europe de Menton, lundi 3 août 2026
Même si le Festival de Musique de Menton tient sa réputation des grands solistes qui s’y sont produits depuis 1950, le lyrique a toujours tenu bonne place dans la programmation. Dans un récital solaire, la soprano Marie-Laure Garnier et la pianiste Célia Oneto Bensaid ont entretenu la légende en interprétant un programme métissé de spirituals, de mélodies et d’œuvres contemporaines.
Montserrat Caballé, Jessye Norman, Kiri Te Kanawa… elles sont nombreuses les grandes voix ou les grands récitalistes comme Elisabeth Schwarzkopf, Felicity Lott ou Matthias Goerne à avoir marqué l’histoire du Festival de Musique de Menton. Lundi 3 août 2026, dans le Palais de l’Europe, deux artistes d’aujourd’hui se sont inscrites dans la lignée de leurs illustres devancières. Duo remarquable, Marie-Laure Garnier et Célia Oneto Bensaid ont offert un récital éblouissant, inspiré de l’album Songs of Hope (paru en 2022). Faire cohabiter des spirituals avec des mélodies de Ravel, Poulenc ou même Messiaen aurait pu être périlleux. La réaction du public mentonnais et international a été pour le moins inattendue.
Marie-Laure Garnier et Celia Oneto Bensaid au centre du palais
Deux pianos installés sur un praticable au milieu du public dans le salon de Grande Bretagne du Palais de l’Europe, la configuration n’était peut-être pas la plus adéquate pour un récital de chant où voix et piano semblaient parfois dissociés. Néanmoins, elle a permis aux deux artistes de se mouvoir et ainsi d’animer la scène. Comme elle le dira dans une sympathique adresse au public, avec deux instruments à sa disposition, Célia Oneto Bensaid ne pouvait choisir ! C’est donc sur un piano Yamaha expressif qu’elle a joué la plupart des morceaux, réservant le Bösendorfer aux mélodies les plus douces. Marie-Laure Garnier a accompagné le mouvement, chantant à l’avant-scène, tantôt à cour, tantôt à jardin et parfois même à l’arrière-scène dans une scénographie improvisée offrant ainsi différentes ambiances. En ouverture, Walk Together Children est déjà une belle démonstration vocale d’un instrument large et maîtrisé qui sied si bien aux spirituals autrefois défendus par Leontyne Price ou Jessye Norman, pour ne citer que les plus iconiques. La soprano rappellera la genèse de ces chants d’esclaves qui n’avaient que les mots de l’Ancien Testament pour s’exprimer. Ces Songs of Hope, chants d’espérance et d’espoir, inscrivent le récital dans un précieux cadre de paix, d’amour et d’harmonie comme elle l’exprimera magnifiquement également en mots.
Messiaen, Ravel, Poulenc et les autres, très spirituals
Le programme délicatement engagé fera résonner Laïla bi-Khna’an (extrait des Images palestiniennes) de Verdina Shlonsky au Kaddisch hautement symbolique de Ravel, l’un des temps forts du récital. Dans cette mélodie de la compositrice née en Ukraine et établie en Israël, l’influence moyen-orientale se traduit dans une écriture exigeante où la pianiste s’exprime avec profondeur. Célia Oneto Bensaid dialogue avec Marie-Laure Garnier (complice des premiers jours à l’Académie Orsay-Royaumont), sans artifice et avec évidence. Son piano précis se colore de mille facettes des plus enjouées aux plus sombres. Dans son dépouillement et parce qu’elle est chargée d’histoire, la comptine Wiegala de la compositrice Ilse Weber porte l’émotion à son comble. De même, Sometimes I Feel Like a Motherless Child bouleverse au point de faire couler les larmes. Du forte au pianissimo, Marie-Laure Garnier trouve toujours la nuance juste pour tirer de chaque pièce une spécificité qui la rend unique et incroyablement vivante. Sans que ce ne soit jamais appuyé, les deux artistes nous font même naviguer dans des univers plus arides comme celui d’Olivier Messiaen que l’on entend rarement interprété avec autant de naturel. Chanté sans pose, Deep River, profond et très beau, se marie avec La Main dominée par le cœur de Poulenc comme par enchantement. Le large éventail d’émotions se refermera non sans un ultime moment de complicité, avec le public cette fois, invité à chanter le refrain de Wade in the Water (ce qu’il fera de bon cœur). Deux généreux bis nous permettent d’admirer la longueur de souffle de la soprano dans Ride on King Jesus de John Daniels Carter et surtout son registre grave de toute beauté dans l’attendu et néanmoins surprenant Summertime de Gershwin soutenu par l’accompagnement souverain de Célia Oneto Bensaid.
L’intelligence d’un programme servi par deux artistes à l’apogée de leur art, voilà une nouvelle soirée mémorable du Festival de Musique de Menton.
Retrouvez Marie-Laure Garnier en interview ici !
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Marie-Laure Garnier, soprano
Celia Oneto Bensaid, piano
Songs of hope
Trad. : ”Walk Together Children”
Valentin Schlonski : ”Laïla bi-Khna’an” (extrait des Images palestiniennes)
Trad. : “Ride On, King Jesus”
Trad. : “Deep River”
Francis Poulenc : « La main dominée par le cœur »
Ilse Weber : “Wiegala”
Trad. : “My Good Lord’s Done Been Here”
Francis Poulenc : « Priez pour paix »
Trad. : “Nobody Knows the Trouble I’ve Seen”
Trad. : “He’s Got the Whole World in His Hands”
Olivier Messiaen : « Le collier » (extrait des Poèmes pour Mi)
Francis Poulenc : « Les anges musiciens »
Trad. : “He Never Said a Mumblin’ Word”
Maurice Ravel : “Kaddisch”
Trad. : “Sometimes I Feel Like a Motherless Child”
Trad. : “The Gospel Train”
Olivier Messiaen : « Prière exaucée » (extrait des Poèmes pour Mi)
Trad. : “Weepin’ Mary”
Trad. : “Wade in the Water”
Bis :
John Daniels Carter : “Ride on King Jesus”
Gershwin : “Summertime” (extrait de Porgy and Bess)
Festival de Menton, Palais de l’Europe, récital du lundi 3 août 2026.

