Artistes divers : Edda Moser, Hermann Prey, Nicollai Gedda, Kurt Moll, Gary Lakes, Ben Heppner, Dolores Ziegler, Deborah VoigtWolfgang Sawallisch, Roger Norrington, James Conlon, Paul Crossley, Michel Debost, Christian Ivaldi,…
Œuvres diverses : ouvertures, symphonies, opéras (Abu Hassan, Der Freischütz, Oberon), musique de chambre (Sonate pour piano n° 4, Sonates pour flûte en ré mineur et en do majeur),…
En novembre prochain, ce sera le bicentenaire de la disparition d’un géant de la musique. Carl Maria von Weber, né en 1786, décédait à l’âge de 39 ans. Il fut plus qu’un précurseur : un inventeur. Le romantisme lui doit tant, particulièrement en pays germanique. Sans Weber pas de Wagner ? Le maître de Bayreuth vouait une admiration sans borne au compositeur du Freischütz, cet opéra créé en 1821, matrice de toute une lignée. La scène de la Gorge aux loups est restée comme le moment le plus effrayant de la musique. Diabolique, tellement inventif et virtuose, Weber inspira Spohr (L’esprit de la Montagne), Märchner (Le Vampire) ou Mendelssohn qui s’essaya à une terrifiante Nuit de Walpurgis en songeant à son modèle.
Quelle bonne idée de rassembler la plupart des œuvres de Weber dans un coffret rendant hommage à « l’esprit du romantisme allemand » ! Si ce n’est qu’il manque un chainon essentiel et c’est incompréhensible. En effet, parmi les opéras, si l’on peut (à la limite) accepter que Les Trois Pintos ne soient pas inclus car inachevé et terminé bien plus tard par Gustav Mahler, l’absence criante d’Euryanthe est totalement incompréhensible. EMI, dont le catalogue appartient désormais à Warner, avait gravé une formidable version intégrale avec Jessye Norman sous la baguette de Marek Janowski. Pourquoi cette absence, alors que la publication est depuis des années disponible chez Brilliant Classics en collection économique ?
En dehors de ce manque impardonnable, il y a matière à contenter le mélomane qui n’aurait pas encore une discothèque Weber très fournie.
Un disque consacré au piano, sans pour autant donner les quatre sonates, permet de retrouver la deuxième et quelques autres gravures inspirées de Thierry de Brunhoff, la quatrième étant confiée à Paul Crossley. Concernant la musique de chambre, deux CD en proposent un bel évantail, à commencer par la gravure historique du Quintette pour clarinette par Gervase de Peyer .
Le coffret n’oublie ni les arrangements, ni les hommages, dont les deux pages que Wagner lui consacra et une Fantaisie sur Le Freischütz signée Paul Taffanel où la flûte se taille logiquement la part belle. Bien sûr, l’œuvre concertante est largement représentée avec les deux Symphonies aussi vives que colorées sous la baguette de Roger Norrington avec ses London Classical Players, les Concertos pour clarinette par Sabine Meyer et de multiples versions des ouvertures d’opéras car trois CD sont consacrés aux enregistrements historiques, ce qui permet ainsi d’entendre rien moins que trois versions des ouvertures d’Euryanthe et d’Oberon, cinq de celle du Freischütz – dont d’autres extraits sont proposés avec Peter Anders, Tiana Lemnitz ou Ljuba Welitsch.
Des trois intégrales lyriques proposées, celle du même Freischütz par Nikolaus Harnoncourt est loin d’être un premier choix, principalement en raison d’une direction trop appuyée. Pourquoi ne pas avoir choisi la version historique de Joseph Keilberth avec Elisabeth Grümmer et la Philharmonie de Berlin ? Oberon, moins célèbre, est proposé dans la version Mahler que James Conlon dirigeait avec l’orchestre du Gürzenich de Cologne, Gary Lakes, Ben Heppner, Dolores Ziegler et Deborah Voigt, impressionnante dans le grand air de Rezia au deuxième acte, « Ozean, du Ungeheuer », qui inspira tant le premier Wagner.
Reste Abu Hassan, l’opéra-comique de jeunesse que Wolfgang Sawallisch eut la bonne idée d’enregistrer il y a plus d’un demi-siècle et qui brille toujours de tous ses feux juvéniles avec Nicolai Gedda, Kurt Moll et Edda Moser en majesté.
Enfin, si les deux messes sont au rendez-vous, on ne trouve qu’une vingtaine des quatre-vingt dix lieder que composa Weber mais dans le bel enregistrement que le baryton Hermann Prey en fit en 1977 accompagné par Leonard Hokanson au piano.
On l’aura compris, malgré quelques pépites et une louable intention de proposer tous les aspects de la carrière de Weber, le coffret ne tient pas toutes ses promesses, d’autant que le livret succinct ne donne aucune parole, a minima aucune trame d’opéra, aucun découpage précis des disques, ceux-ci n’étant que maladroitement présentés sur les CD eux-mêmes.
L’esprit du romantisme allemand méritait mieux…
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