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Œuvres

LE SIÈGE DE CORINTHE, Rossini (1826) – dossier

par Stéphane Lelièvre 18 juillet 2026
par Stéphane Lelièvre 18 juillet 2026
Corinthe - Temple d'Apollon (1840)
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Tragédie lyrique en trois actes de Gioacchino Rossini, livret de Luigi Balochi et Alexandre Soumet, d’après la tragédie Anna Erizio de C. Della Valle, créée à l'Opéra de Paris (salle Le Peletier), le 9 octobre 1826

Table des matières

LES AUTEURS

Le compositeur

Rossini en 1865, photographié par Étienne Carjat

Gioacchino Rossini (Pesaro, 1792 – Paris, 1868)

Rossini reçoit sa formation musicale à Bologne. Après quelques succès dans le genre bouffe (La scala di seta, 1812; La pietra del paragone, 1812 ; Il signor Bruschino, 1813), il rencontre un véritable triomphe avec Tancredi, représenté à Venise en février 1813.  Cet opera seria ainsi que le dramma buffo : Il barbiere di Siviglia, pourtant accueilli plus que froidement à sa création (Rome, 1816) feront de lui le compositeur italien le plus célèbre de son temps. 

Il continuera, au cours de sa carrière, de faire alterner des œuvres bouffes ou semiserie (L’Italiana in Algeri, 1813 ; Il Turco in Italia, 1814 ; La gazza ladra, 1817 ; La Cenerentola, 1817) avec (surtout) des ouvrages sérieux (Otello, 1816 ; Mosè in Egitto, 1818 ; Ermione, 1819 ; La donna del lago, 1819 ; Semiramide, 1823). Il voyage à Vienne (où il rencontre Beethoven), à Londres puis à Paris où il est nommé directeur du Théâtre-Italien, compositeur du roi – il compose Il viaggio a Reims (1825) à l’occasion du sacre de Charles X – et inspecteur général du chant en France. Il compose plusieurs opéras pour la France (ou adapte d’anciens ouvrages italiens sur des livrets français) : Le Siège de Corinthe (1826) ;  Moïse et Pharaon (1827) ; Le Comte Ory (1828);  Guillaume Tell (1829). Après la Révolution de 1830, Rossini se détourne de l’opéra et ne composera plus que de la musique sacrée (le Stabat mater, dont la première version est créée en 1831 ; la Petite messe solennelle, 1863), des mélodies et quelques pages instrumentales. Il meurt à Paris. Inhumé au Père Lachaise, son corps sera rapatrié en Italie quelques années plus tard et repose désormais à Florence (basilique Santa Croce).

Les librettistes

Giuseppe Luigi Balocchi (1766 – 1832)

Luigi Balocchi reçut initialement une formation de juriste, mais il abandonna rapidement cette profession pour l’écriture et la composition musicale. Il rédigea pour Rossini les livrets du Viaggio a Reims, du Siège de Corinthe (en collaboration avec Alexandre Soumet) et de Moïse et Pharaon (en collaboration avec Étienne de Jouy). Pour Paër, il écrivit le livret de La primavera felice. En tant que musicien, il composa essentiellement des romances et mélodies. Il fut également directeur du Théâtre-Italien de Paris. Luigi Balocchi meurt le 26 avril 1832.

Alexandre Soumet (1786-1845)

Alexandre Soumet acquiert une certaine renommée grâce à une élégie publiée en 1814, La Pauvre Fille. Puis il s’essaye au théâtre et remporte deux succès avec les tragédies Clytemnestre et Saul. Élu à l’Académie française, il poursuit sa carrière de dramaturge et devient extrêmement célèbre : en 1823,  il intègre le Cénacle (où se rassemblent les grands artistes romantiques de l’époque). Au nombre de ses plus grands succès : Élisabeth de France (1828) d’après le Don Carlos de Schiller et Norma ou l’Infanticide, créée à l’Odéon en 1831. L’œuvre sera adaptée par Felice Romani pour servir de livret à l’opéra homonyme de Belini. En tant que librettiste, il est le co-auteur de Pharamond, opéra de Boieldieu, et de David de Mermet, créé en 1846.

L’ŒUVRE

La création et la fortune de l'œuvre 

L'Opéra Le Peletier par A. Provost (1844)

Fort du bon accueil réservé à son Voyage à Reims (créé aux Italiens le 19 juin 1825), Rossini, un an plus tard, propose au public français un nouvel opéra, cette fois-ci sur un livret français, qui marquera son entrée à l’Opéra de Paris : ce sera Le Siège de Corinthe, dont la création a lieu salle Le Peletier le 9 octobre 1826. Tout est réuni pour que le spectacle soit un succès : des décors et des costumes somptueux, et surtout une distribution brillantissime. 

Laure Cinti-Damoreau (soprano) interprète Pamyra, Henri Étienne-Derivis (basse) Mahomet II,  Adolphe Nourrit (ténor) Néoclès. L’œuvre est une adaptation de Maometto II, qui avait été créé au San Carlo de Naples en 1820 sans rencontrer le succès escompté par le compositeur.

Laure Cinti-Damoreau
Henri Étienne Derivis
Adolphe Nourrit

Cette fois-ci le triomphe est complet, au point que l’oeuvre se maintiendra presque 20 ans au répertoire de l’Opéra de Paris. Le livret est immédiatement traduit en italien, et L’Assedio di Corinto assurera rapidement à l’oeuvre une renommée internationale… avant de disparaître presque totalement des affiches. Quatre dates marquent un timide retour de l’oeuvre au XXe siècle : d’abord en italien en 1949 au Mai musical florentin (avec Renata Tebaldi, direction Gabriele Santini), puis en 1969 à Milan (avec Beverly Sills et Shirley Verrett, direction Thomas Schippers, mais dans une version très peu fidèle à l’original) ; puis en français au Palais Garnier en 1985, avec une distribution éblouissante (Ricciarelli, Dupuy, direction Arnold Östman) mais, curieusement, une mezzo distribuée dans le rôle de Neocles au lieu du ténor prévu par Rossini. Enfin, le Teatro Carlo Felice de Gênes propose, en 1992, la première exécution intégrale de l’oeuvre dans sa version originale française. 

Le livret

L’arrière-plan historique

Le siège de Missolonghi peint par Zografos Makriyannis (1797-1864)

En 1826, le sujet était d’une brûlante actualité : la ville de Missolonghi, en cette même année 1826, après avoir subi 4 sièges consécutifs (c’est au cours de l’un d’entre eux que Lord Byron trouvera la mort en 1824), venait en effet de tomber aux mains des Turcs. Il est à noter que Byron est précisément l’auteur d’un long poème narratif publié en 1816 intitulé The Siege of Corinth. Épisode décisif de la guerre d’indépendance grecque, cette invasion de Missolonghi entraîna le ralliement de l’Europe à la cause grecque, un ralliement qui se traduisit notamment sur le plan artistique, en littérature, peinture et musique. Ainsi, l’année de la création du Siège de Corinthe, Delacroix peignait une toile allégorique : La Grèce sur les ruines de Missolonghi (ci-contre)… Il avait déjà exposé, en 1824, les célèbres Scènes des massacres de Scio : familles grecques attendant la mort ou l’esclavage.

Portrait de Byron en costume albanais par Thomas Phillips
Eugène Delacroix - La Grèce sur les ruines de Missolonghi, 1826

L’intrigue

Le livret met en scène des personnages pris dans un dilemme amoureux, sur fond de guerre et de fidélité à la patrie : Pamyra (soprano), promise par son père Cléomène (gouverneur de Corinthe, ténor) au jeune officier grec Néoclès (ténor), a déjà secrètement donné sa main à un étranger : Almanzor. Alors que la ville de Corinthe est assiégée par les Turcs – dont la victoire semble imminente –, Pamyra reconnaît en l’empereur des Turcs Mahomet II (basse) l’homme dont elle tombée amoureuse… Mahomet promet d’épargner Corinthe si Pamyra se donne à lui. Pamyra refuse et accepte d’épouser Néoclès. Corinthe tombe aux mains des Turcs. Les Grecs préfèrent s’immoler plutôt que d’être réduits en esclavage. Pamyra se poignarde.

Delacroix - Scènes des massacres de Scio. Familles grecques attendant la mort ou l'esclavage, 1824

La partition

L’œuvre n’est nullement une simple traduction française de Maometto II : il s’agit d’un véritable rifacimento. Le chronotope et les noms des personnages sont modifiés, plusieurs pages sont spécialement composées pour l’occasion (l’ouverture, la bénédiction des drapeaux, plusieurs chœurs, le ballet, les récitatifs) ; d’autres encore sont adaptées pour passer d’une tessiture à une autre, tel l’air de Pamyra (soprano) « Que vais-je devenir ? Destin inexorable ! » (acte II), confié à une voix d’alto dans Maometto (Calbo : « Non temer, d’un basso affetto »). Afin de répondre au goût parisien, Rossini modifie et enrichit l’orchestration, donne au chœur une importance musicale et dramatique nouvelle, soigne les finales (celui du second acte, notamment, est puissamment dramatique) et compose pour l’occasion une musique de ballet.

NOTRE SÉLECTION POUR VOIR ET ÉCOUTER L'ŒUVRE

Les CD

Santini / Tebaldi, Pirazzini, Petri. Choeur et orchestre du San Carlo de Naples (version italienne). 2CD Hardy Classic, 1952.

Schippers / Sills, Horne, Diaz. Choeurs et Orchestre de la Scala (version italienne). 2CD Opera d’Oro, 1969

Schippers / Sills, Verrett, Diaz. London Symphony Orchestra & Ambrosian Opera Chorus (version italienne). 2CD EMI, 1975

Olmi / Serra, Comencini, Lippi. Orchestra* & Coro del Teatro Carlo Felice di Genova (version française). 3 CD, 1992, Nuova Era

Tingault / Cullagh, Spyres, Regazzo. Camerata Bach Choir, Poznań, Virtuosi Brunensis (version française). 2 CD Naxos

Streaming

Olmi / Serra, Comencini, Lippi. Orchestra* & Coro del Teatro Carlo Felice di Genova (version française). Gênes, 1992
Takova, Laho, Pertusi. Orchestre et choeur de l'Opéra national de Lyon (version française), 2001
Serra, Barcellona, Kunde, Adbrazakov, dir. Niels Muus (version italienne). Acrocorinthe, 2002

DVD et Blu-ray

Olmi, Colonnello / Serra, Comencini, Lippi. Choeur Philharmonique de Prague, Orchestere t cgeur du Théâtre Carlo Felice de Gênes (version française), 1DVD Hardy Music, 1992

Abbado, La Fura del Baus / Machaidze, Romanovsky, Pisaroni. Choeur du Théâtre Ventidio Basso, Orchestre Symphonique National de la RAI. 1 Bluray Unitel, Pesaro, 2017

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Stéphane Lelièvre

Stéphane Lelièvre est maître de conférences en littérature comparée, responsable de l’équipe « Littérature et Musique » du Centre de Recherche en Littérature Comparée de la Faculté des Lettres de Sorbonne-Université. Il a publié plusieurs ouvrages et articles dans des revues comparatistes ou musicologiques et collabore fréquemment avec divers opéras pour la rédaction de programmes de salle (Opéra national de Paris, Opéra-Comique, Opéra national du Rhin,...) Il est co-fondateur et rédacteur en chef de Première Loge.

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