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À voix nue : le ténor Patrick Grahl enchante le public de l’opéra de Francfort avec un programme de lieder exigeant

par Nicolas Le Clerre 28 février 2026
par Nicolas Le Clerre 28 février 2026

© Barbara Aumueller

photo : © Guido Werner

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Liederabend, Opéra de Francfort, mardi 24 février 2026

Entre une représentation de Madama Butterfly et la création de sa nouvelle production du Werther de Jules Massenet, la Oper Frankfurt affichait le temps d’un soir le ténor allemand Patrick Grahl pour une très belle soirée de lieder hors des sentiers battus.

En bordure de la place Willy-Brandt, au pied des gratte-ciel du quartier de « Mainhattan », la Oper Frankfurt cache, derrière sa façade impersonnelle des années 1960, une salle à l’italienne qui conjugue à la fois, dans des nuances de bleu et de palissandre, l’élégance du passé et une acoustique idéale pour accueillir un récital piano-soliste.

Le concert donné par Patrick Grahl ce mardi s’inscrit à la fois dans la tradition des soirées musicales proposées par l’opéra de Francfort à ses spectateurs entre chaque nouvelle production lyrique et dans la tournée promotionnelle de l’album Das Ferne Lied gravé pour le label Rondeau production en 2023. Accompagné de la pianiste Klara Hornig, le jeune ténor allemand originaire de Leipzig avait alors reçu de la presse spécialisée un excellent accueil critique pour la mise en lumière de cycles de lieder passablement méconnus des compositeurs Wilhelm Weismann et Rudolf Wagner-Régeny.

Dans un programme remodelé qui écarte Rudolf Wagner-Régeny, d’origines transylvaniennes, pour lui substituer Hanns Eisler et Johannes Weyrauch – originaires de Leipzig, comme Wilhelm Weismann – Patrick Grahl s’est à nouveau adjoint les talents d’accompagnatrice de Klara Hornig pour offrir aux mélomanes hessois l’opportunité d’entendre ces compositeurs du XXe siècle dans la spontanéité d’un concert vivant.

Dès les premières mesures du récital, le ténor allemand réussit à installer une atmosphère d’intimité et de concentration, privilégiant une approche introspective de ses compatriotes saxons plutôt qu’une démonstration vocale ostentatoire. Les années ont passé mais la rigueur apprise au sein du Tomanerchor de Leipzig semble avoir marqué au fer rouge la manière dont Patrick Grahl aborde la musique et le chant de la langue allemande : le Lied vor tag de Wilhelm Weismann, murmuré sur le fil de la voix, est un bijou d’élégance et de retenue vocale.

La cohérence dramaturgique du programme, déjà perceptible au disque, se révèle encore plus forte sur scène. Le soliste y déploie une intelligence musicale remarquable, reliant chaque pièce par un fil expressif clair qui met en valeur les contrastes d’affects tout en conservant une unité stylistique solide. Sa diction exemplaire permet une compréhension immédiate du texte qui fait frémir d’aise les spectateurs germanophones du récital, évidemment majoritaires dans la salle.

La voix de Patrick Grahl, d’une grande pureté de ligne, se caractérise également par une émission souple et un timbre lumineux, capable de nuances délicates sans jamais perdre en projection. Ses pianissimi suspendus comptent parmi les moments les plus marquants du concert, témoignant d’une maîtrise du souffle impressionnante : les Tagelieder I et II – placés au cœur du récital – en constituent le joyau par la délicatesse de leur interprétation. Dans les passages plus dramatiques, le ténor privilégie la précision expressive à l’effet spectaculaire, démarche qui confère à son interprétation une sincérité désarmante.

Le dialogue et la complicité du chanteur avec Klara Hornig constituent un autre pilier de cette réussite artistique. La pianiste ne se contente pas du rôle de simple accompagnatrice : connectée à la sensibilité de Patrick Grahl, elle construit autour de lui une véritable bulle sonore, attentive aux respirations du chanteur tout en affirmant une personnalité musicale forte. Son toucher précis et nuancé met en valeur les couleurs harmoniques et soutient la narration musicale avec une grande sensibilité, y compris dans le cycle de mélodies de Hanns Eisler, parfois dissonantes, qui concluent le récital par une touche de gravité et de modernité musicale.

L’acoustique de la Oper Frankfurt, favorable aux formations intimistes, permet d’apprécier chacune des subtilités du programme et de goûter jusqu’aux respirations du chant de Patrick Grahl. Quoique le parterre du théâtre soit au tiers vide, le public, majoritairement composé d’amateurs éclairés, répond avec une écoute intensément recueillie, ce qui renforce la dimension introspective du récital.

L’évolution artistique, perceptible depuis l’enregistrement studio, est aussi à porter au crédit de ce récital francfortois : certains tempi se sont élargis, laissant davantage de place à la respiration expressive, tandis que l’interprétation gagne en liberté et en spontanéité. Cette transformation souligne la capacité de Patrick Grahl à faire vivre un programme au-delà de sa fixation discographique, notamment en proposant pour bis une mélodie de 1950 cosignée par Hanns Eisler et Bertolt Brecht, Kinderhymne, dont le rythme de berceuse fait définitivement chavirer l’auditoire.

Ce concert confirme donc Patrick Grahl comme un interprète raffiné et profondément musical, capable de conjuguer rigueur stylistique et engagement émotionnel. En reprenant avec Klara Hornig le programme de leur dernier disque, il démontre aussi que le passage du studio à la scène peut enrichir et renouveler une proposition artistique déjà aboutie lorsqu’il est en mesure d’offrir au public une expérience à la fois méditative et intensément musicale. 

Souverain dans le lied allemand, Patrick Grahl a attisé notre curiosité au point d’être impatient de l’entendre à nouveau dans une production lyrique : déjà familier des rôles mozartiens de Don Ottavio et Belmonte, il possède toutes les qualités pour marquer de son emprunte les personnages de Tamino et Ferrando, voire pour s’aventurer chez Rossini et ses rôles de ténors bouffes, à moins que son sérieux tout germanique ne lui fasse préférer l’évangéliste des Passions de Bach.

Quant à l’opéra de Francfort, il accueillera Alice Coote (10 mars) et Joseph Calleja (7 avril) pour ces prochaines soirées de récital piano-voix.

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Les artistes

Ténor : Patrick Grahl
Piano : Klara Hornig

Le programme

Liederabend 

Hanns Eisler (1898-1962)
Chanson allemande
« Und ich werde nicht mehr sehen »
« Von der Freundlichkeit der Welt »
Drei Volksliedbearbeitungen :
« Schwerer Traum »
« Blaublümelein »
« Der Mai will sich mit Gunsten »

Johannes Weyrauch (1897-1977)
Erdengang :
« Spiel der Seele »
« Der Sieger »
« Anruf »
« Finsternis »
« Licht »
« Befriedung »

Wilhelm Weismann (1900-1980)
aus : Das ferne Lied
Lied vor Tag
« … statt Härte fühl Sehnsucht ich nur »
Das Fischerliedchen

aus : Sechs Lieder für hohe Stimme
Tagelied I

Tagelied II
Kanzone
Brünnlein und Wald
Klage

Entracte

Johannes Weyrauch
aus : Erinnerung
Zweier Seelen Lied

Ein Maienlob
Lass uns beide, …
Blume und Duft
Der Eichwald
Herbstbild

Hanns Eisler

Herbst
Von der Langeweile
Depression
Der müde Soldat

Totenopfer
Erinnerung an Eichendorff und Schumann
Der Mensch
Vom Sprengen des Gartens
Die Unwürde des Alterns
Erinnerung
Und endlich

Bis :

Hanns Eisler / Bertolt Brecht (1898-1956)
Kinderhymne

Oper Frankfurt, récital du mardi 26 février 2026.

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Patrick GrahlKlara Hornig
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Nicolas Le Clerre

C’est un Barbier de Séville donné à l’Opéra National de Lorraine qui décida de la passion de Nicolas Le Clerre pour l’art lyrique, alors qu’il était élève en khâgne à Nancy. Son goût du beau chant le conduisit depuis à fréquenter les maisons d'Opéra en Région et à Paris, le San Carlo de Naples, la Semperoper de Dresde ou encore le Metropolitan Opera de New-York. Collectionneur compulsif de disques, admirateur idolâtre de l’art de Maria Callas, Nicolas Le Clerre est par ailleurs professeur d’Histoire-Géographie, Président de la Société philomathique de Verdun, membre de l'Académie nationale de Metz et Conservateur des Antiquités et Objets d'Art de la Meuse.

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