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Grand Amphithéâtre de la Sorbonne – Defiant Requiem, Verdi à Terezín : la bouleversante conclusion de l’hommage aux musiciens de Terezín

par François Desbouvries 25 mai 2026
par François Desbouvries 25 mai 2026
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Defiant Requiem, Verdi à Terezin – Grand Amphithéâtre de la Sorbonne, mardi 19 mai 2026

Co-organisé par la Defiant Requiem Foundation (Washington) et par l’INSPÉ de Paris/Sorbonne université, ce spectacle hors norme a profondément bouleversé le public parisien en faisant revivre, avec une force pédagogique et mémorielle exceptionnelle, l’histoire des artistes enfermés au camp de Terezín à travers un saisissant dialogue entre musique, témoignages, archives et théâtre.
Porté par une interprétation habitée du Requiem de Verdi, le concert a atteint une intensité émotionnelle rare, jusqu’à laisser la salle bouleversée par un final évoquant le départ des déportés vers les camps de la mort.

Le 19 mai dernier, rue des Écoles dans le 5ᵉ arrondissement de Paris, le public s’était déplacé en masse pour assister au second volet du diptyque imaginé par notre rédacteur en chef Stéphane Lelièvre en hommage aux artistes et musiciens enfermés dans le camp-ghetto de Terezín pendant la Seconde Guerre mondiale. Dès l’entrée du Grand Amphithéâtre de la Sorbonne, l’affluence exceptionnelle témoignait de l’attente suscitée par cette soirée : spectateurs munis de billets, mais aussi nombreux passionnés n’ayant pu trouver de places et espérant encore pouvoir entrer, tous pressentaient qu’ils allaient vivre un moment hors du commun.

Ce deuxième rendez-vous faisait suite à une première soirée donnée en novembre autour d’une version « chambriste » du Requiem de Verdi, inspirée des conditions dans lesquelles l’œuvre fut interprétée à Terezín en 1943-1944 sous la direction de Rafael Schächter. À l’époque, le chef ne disposait que d’une réduction chant-piano, et les choristes, sans partition et ne sachant d’ailleurs pas toujours lire la musique, avaient appris l’œuvre d’oreille avant de la chanter par cœur, accompagnés par un simple piano.

En cette soirée du 19 mai, le public a cette fois pu entendre le Requiem dans sa forme orchestrale originale, porté par une soixantaine de musiciens (l’orchestre Hélios), plus d’une centaine de choristes, et un quatuor de solistes particulièrement engagé : Catherine Manandaza (concluant la soirée par un Libera me incandescent), Marie Gautrot (poignante dans son Liber scriptus), Christophe Poncet de Solages (détaillant un Ingemisco et un Hostias pleins d’émotion et de poésie) et Jean-Louis Serre (tour à tour autoritaire et suppliant dans le Rex tremendae).

Pourtant, il ne s’agissait nullement d’une exécution traditionnelle de l’œuvre de Verdi. Conçu par la fondation américaine The Defiant Requiem Foundation et le chef Murry Sidlin, ce spectacle — déjà présenté dans de nombreuses villes des États-Unis et d’Europe, mais encore inédit à Paris — replaçait le Requiem dans le contexte historique du ghetto de Terezín. Alternant musique, témoignages filmés de survivants, lectures de textes, images d’archives, la soirée faisait revivre la vie artistique aussi extraordinaire que tragique développée dans ce camp singulier, dont le grand public ignore encore souvent la spécificité.

Les textes, portés avec une émotion retenue et une intensité absolument remarquable par Antoine David et Johanna Deldicque, donnaient chair aux récits des victimes et des survivants. Murry Sidlin lui-même abandonnait régulièrement sa baguette pour devenir narrateur, mettant en perspective la musique et l’histoire.

Le piano occupait également une place essentielle dans la dramaturgie du spectacle. Magnifiquement tenu par Elsa Lambert, il rappelait constamment que le Requiem avait été joué à Terezín dans une simple version avec accompagnement pianistique. Ses interventions discrètes, souvent bouleversantes, introduisaient ou concluaient, dans une sorte de fondu-enchaîné, certaines séquences – comme une mémoire persistante des concerts originels de 1943-1944.

Parmi les moments les plus marquants de la soirée, citons l’une des premières séquences musicales, au cours de laquelle on entend des extraits d’œuvres interprétées autrefois par les artistes juifs de Terezín : lieder de Schubert, airs d’opéras, musique de chambre, mélodies traditionnelles ou encore jazz… avant qu’un coup de sifflet glaçant ne viennent mettre un terme à cette étonnante cacophonie. Les paroles attribuées à Rafael Schächter — « Ce que nous ne pouvons dire à nos bourreaux, nous leur chanterons » — résonnèrent quant à elles avec une force saisissante avec l’explosion terrifiante du « Dies irae ». Les témoignages des survivants, les images d’archives et la projection du film de propagande nazi présentant Terezín comme un « camp modèle » plongèrent également la salle dans une émotion presque insoutenable.

Mais c’est sans doute la conclusion du Libera me qui bouleversa le plus profondément le public. Alors qu’un sifflet de train retentissait et que défilaient sur l’écran des images de déportés montant dans des wagons, les artistes quittèrent lentement la scène, un à un, tandis que la clarinette, puis le violon si poétique de Glen Rouxel faisaient entendre la prière pour la paix Oseh Shalom, fredonnée à bouche fermée par les choristes – et même par certains spectateurs… L’impression de voir partir les artistes eux-mêmes vers les trains de la mort pétrifia littéralement l’assistance. Le premier violon, resté seul, quitta lentement la scène le dernier… Lorsque les lumières se rallumèrent sur la scène vide, un silence sidéré – et respectueux – envahit la salle : incapable d’applaudir, le public demeura figé, les larmes aux yeux.

Cette soirée exceptionnelle restera sans doute longtemps gravée dans les mémoires. À la fois spectacle musical, travail de mémoire et concept pédagogique remarquable, ce Defiant Requiem doit absolument faire l’objet de reprises en France, afin d’être vu par le plus grand nombre – y compris par les plus jeunes. Quoi qu’il en soit, la soirée a démontré combien l’art peut devenir un acte de résistance et de survie. L’engagement bouleversant des musiciens de l’orchestre Hélios, des choristes du Chœur éphémère de Paris et des solistes, dont certains ont confié avoir dû détourner les yeux des images d’archives pour parvenir à poursuivre l’exécution, témoigne de la puissance émotionnelle rare de cette expérience artistique et humaine bouleversante.

 

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Les artistes

Catherine Manandaza, soprano
Marie Gautrot, mezzo-soprano
Christophe Poncet de Solages, ténor
Jean-Louis Serre, baryton-basse
Antoine David, Johanna Deldicque, Murry Sidlin, récitants

Orchestre Hélios, Choeur Ephémère de Paris, dir. Murry Sidlin
piano : Elsa Lambert
premier violon : Glen Rouxel

Le programme

Defiant Requiem – Verdi à Terezín

Œuvre conçue, d’après le Requiem de Verdi, par Murry Sidlin/The Defiant Requiem Foundation
Paris, Grand Amphithéâtre de la Sorbonne, concert du mardi 19 mai 2026.

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Marie GautrotMurry SidlinCatherine ManandazaChristophe Poncet de SolagesJean-Louis Serre
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François Desbouvries

Scientifique de formation et de profession (il est enseignant-chercheur en mathématiques appliquées), François Desbouvries n’en est pas moins passionné par l’art : la littérature, la peinture, et bien sûr... la musique en général, et l’opéra en particulier. Il fréquente assidûment les salles de concerts et d’opéras depuis une trentaine d’années, et n’a de cesse de faire partager sa passion, notamment via le site Première Loge dont il a rejoint l’équipe de rédaction en janvier 2020.

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