À la une
Brèves d’octobre –
Édito de septembre –L’inaltérable modernité des chefs-d’œuvre
Trois visions de l’Amérique au Théâtre des Champs-Élysées
Milan – Redécouverte de CHATTERTON : le Werther de Leoncavallo
L’amour des trois oranges à Lyon : une ouverture de saison survitaminée
Tours, Concerts d’automne : la merveille du Livre Vermeil portée...
WERTHER à Rennes : Charlotte embrasse la première
A l’Opéra de Nice, une rentrée de folie avec Orlando...
Festival Verdi 2026 3/3 – Nabucco à Parme – arrangement...
Festival Verdi 2026 2/3 – Aïda à Busseto : le...
  • Accueil
  • À Voir
  • Avant-concerts
  • Vu pour vous
  • Artistes
  • Œuvres
  • Médiathèque
  • Humeurs
Première Loge

Subscribe our Newsletter for latest news.

Compte renduRécitalVu pour vous

Ermonela Jaho à Gaveau, humble servante… des Arts et des Lettres

par Romaric HUBERT 25 mai 2026
par Romaric HUBERT 25 mai 2026
© Romaric Hubert
2 commentaires 3FacebookTwitterPinterestEmail
1,1K

Récital Ermonela Jaho, Paris, Salle Gaveau, dimanche 24 mai 2026

À la Salle Gaveau, Ermonela Jaho fait de Massenet, Verdi et Puccini les étapes d’un art du don, de la demi-teinte et de l’intériorité. Jusqu’à cet ultime “Io son l’umile ancella”, offert après la remise des insignes de chevalier des Arts et des Lettres comme une réponse en musique.

Le programme avait déjà, sur le papier, quelque chose de déraisonnablement généreux. Marco Zambelli, le chef du jour, le souligne lui-même au cours de la soirée : pareille succession d’airs tient presque de l’inhumain. Ce dimanche, il ne s’agit pas d’un récital de gala composé autour de quelques morceaux attendus, mais d’un parcours dense, exigeant, où Massenet, Verdi et Puccini imposent à Ermonela Jaho une concentration dramatique constante. Cherubini et Martucci y ouvrent quelques respirations orchestrales, mais l’essentiel demeure ailleurs : dans cette traversée de figures féminines confrontées à l’abandon, au renoncement, à la prière, à la mort, ou à cette solitude que l’opéra sait parfois mieux dire que le théâtre.

La première partie donne d’abord à entendre ce qui fait la singularité de la soprano albanaise, mais aussi quelques limites. Le français n’a pas toujours la précision souhaitable. La diction demeure parfois un peu floue, avec une tendance à arrondir certains a vers une couleur plus fermée, qui trouble par instants la netteté de la prosodie. Mais cette réserve n’empêche ni l’intensité ni l’habitation. Dans Sapho, puis dans Manon, Ermonela Jaho ne fabrique pas l’émotion par l’insistance ; elle installe une intériorité, une attention à la ligne, une manière de laisser le personnage exister sans surcharge expressive.

L’« Ave Maria » extrait d’Otello de Verdi est un modèle de ligne et de couleurs, mais le moment le plus accompli de cette première partie vient sans doute de Thaïs. Dans « Dis-moi que je suis belle », le travail sur les couleurs et sur les mots atteint une grande finesse. Non que la diction y devienne soudain exemplaire, mais chaque inflexion paraît liée à une intention musicale et dramatique précise. L’absence de suraigu ajouté à la fin pourra frustrer les amateurs d’effet ; elle paraît pourtant cohérente avec une interprétation qui privilégie la continuité de la phrase, la concentration expressive et la tenue du climat.

La forme vocale impressionne. Les aigus sont bien assurés, les demi-teintes magnifiques, la ligne assez solide pour autoriser de véritables nuances sans affaiblir le chant. Les graves, en revanche, se montrent parfois plus espérés qu’entendus, surtout lorsque le poids dramatique demanderait davantage d’ancrage. Mais l’ensemble reste d’une très belle tenue, soutenu par un Orchestre Lamoureux, impressionnant de cohésion et de souplesse, que Marco Zambelli conduit avec une attention constante à la respiration vocale. Sa direction accompagne sans alourdir, veille aux équilibres, donne aux pages orchestrales une vraie fonction dans le déroulement du récital et trouve souvent une sensualité souple, jamais appuyée.

La seconde partie, entièrement puccinienne, confirme cette capacité de la soprano à faire de la fragilité un élément expressif sans réduire le chant à l’effet lacrymal. Turandot, Madama Butterfly, Suor Angelica, Manon Lescaut : le programme pourrait verser dans l’accumulation de douleurs célèbres. Il n’en est rien, ou presque, tant la chanteuse sait différencier les climats, retenir l’émotion lorsqu’elle risquerait de devenir trop attendue, et faire entendre, dans chaque héroïne, autre chose qu’un destin sacrifié. Un petit faux départ dans Senza mamma, aussitôt repris, n’entame pas l’émotion du moment ; il rappelle plutôt la difficulté d’un programme aussi considérable, dont la chanteuse assume la longueur avec une générosité peu commune.

© Romaric Hubert

La soirée atteint finalement plus de deux heures de musique. Après un premier bis, Ombra di nube de Licinio Refice, le récital prend un tour officiel lorsque Jean-Philippe Thiellay, ancien directeur général adjoint de l’Opéra national de Paris et ancien président du Centre national de la musique, remet à Ermonela Jaho les insignes de chevalier des Arts et des Lettres. La soprano revient ensuite pour un ultime bis, « Io son l’umile ancella », d’Adriana Lecouvreur. Le choix est presque trop parfaitement accordé à la circonstance, mais il fonctionne. À peine décorée des insignes de chevalier des Arts et des Lettres, Jaho rappelle que l’artiste, même célébrée, demeure d’abord au service de la musique. C’est peut-être cette évidence, plus que tout effet spectaculaire, qui aura donné à ce récital sa vraie grandeur.

  • Si vous souhaitez publier un commentaire (dans l’encadré ci-dessous, en bas de page), merci de prendre connaissance auparavant de la « Charte des commentaires » ! / If you wish to post a comment (in the box below, at the bottom of the page), please read the “Comment Policy” first!
Les artistes

Ermonela Jaho, soprano
Orchestre Lamoureux, dir. Marco Zambelli

Le programme

Récital Ermonela Jaho

Luigi Cherubini
Anacréon — Ouverture

Jules Massenet
Sapho — « Ces gens que je connais… Pendant un an je fus ta femme »
Manon — « Allons ! il le faut… Adieu, notre petite table »

Giuseppe Martucci
Notturno, op. 70 n° 1

Giuseppe Verdi
Otello — « Ave Maria »

Jules Massenet
Thaïs — « Ah ! me voilà seule… Dis-moi que je suis belle »

Giacomo Puccini
Le Villi — « La tregenda »
Turandot — « Signore, ascolta ! »
Turandot — « Tu che di gel sei cinta »
Madama Butterfly — « Un bel dì vedremo »
Suor Angelica
— Intermezzo
Suor Angelica — « Senza mamma »
Crisantemi
, version pour orchestre à cordes
Manon Lescaut — « Sola, perduta, abbandonata »
La rondine — « Canzone di Doretta »

Bis

Licinio Refice
Ombra di nube

Francesco Cilea
Adriana Lecouvreur — « Io son l’umile ancella »

Paris, Salle Gaveau, concert du dimanche 24 mai 2026.

image_printImprimer
Ermonela JahoMarco Zambelli
2 commentaires 3 FacebookTwitterPinterestEmail
Romaric HUBERT

Licencié en musicologie, Romaric Hubert a suivi des études d’orgue, de piano, de saxophone et de chant. Il a chanté dans plusieurs chœurs réputés, ou encore en tant que soliste. Il est titulaire d’une certification qualifiante professionnelle d’animateur radio délivrée par l’Institut National de l’Audiovisuel, et a fait ses premiers pas au micro sur France Musique. Il a fondé la compagnie Les Papillons Electriques avec sa complice Jeanne-Sarah Deledicq et est co-créateur du site Première loge.

2 commentaires

Hayden 25 mai 2026 - 14 h 14 min

Cette critique est tout à fait juste. Un magnifique récital.

Répondre
Gasnot 26 mai 2026 - 10 h 42 min

merci pour votre résumé juste, très heureux d’avoir été présent, une artiste exceptionnelle (cela valait mes deux heures de bouchons pour rentrer)

Répondre

Laisser un commentaire Annuler la réponse

Sauvegarder mes informations pour la prochaine fois.

This site uses Akismet to reduce spam. Learn how your comment data is processed.

post précédent
À l’auditorium de Lyon, Francis Poulenc trouve son interprète idéale en Patricia Petibon
prochain post
Grand Amphithéâtre de la Sorbonne – Defiant Requiem, Verdi à Terezín : la bouleversante conclusion de l’hommage aux musiciens de Terezín

Vous allez aussi aimer...

Trois visions de l’Amérique au Théâtre des Champs-Élysées

6 octobre 2026

Milan – Redécouverte de CHATTERTON : le Werther...

5 octobre 2026

L’amour des trois oranges à Lyon : une ouverture de...

5 octobre 2026

Tours, Concerts d’automne : la merveille du Livre...

5 octobre 2026

WERTHER à Rennes : Charlotte embrasse la première

5 octobre 2026

A l’Opéra de Nice, une rentrée de folie...

4 octobre 2026

Festival Verdi 2026 3/3 – Nabucco à Parme...

4 octobre 2026

Festival Verdi 2026 2/3 – Aïda à Busseto...

3 octobre 2026

Festival Verdi 2026 1/3 – Parme réveille ALZIRA,...

2 octobre 2026

Comique hors les murs : L’éternelle Carmen dans l’arène...

30 septembre 2026

Humeurs

  • PAATA BURCHULADZE : onze mois déjà

    5 septembre 2026

En bref

  • Brèves d’octobre –

    7 octobre 2026
  • La vidéo du mois : Gala aus dem Festspielhaus Baden-Baden – Anja Harteros, Ekaterina Gubanova, Jonas Kaufmann, Bryn Terfel et Marco Armiliato

    1 octobre 2026

La vidéo du mois

Édito

  • Édito de septembre –
    L’inaltérable modernité des chefs-d’œuvre

    7 octobre 2026

Suivez-nous…

Suivez-nous…

Commentaires récents

  • Béatrice Uria-Monzon : biographie, carrière et vie privée - MarseilleJournal.com dans In memoriam – Béatrice URIA-MONZON (1963-2025)
  • Teulon Lardic Sabine dans Festival Verdi 2026 3/3 – Nabucco à Parme – arrangement à l’amiable : Nabucco a le titre, Abigaïlle la couronne !
  • Vuillemin dans Rusalka au Capitole, quatre ans après, la magie de Poda demeure
  • Boeuf dans Manon des Sources, Pagnol à l’Odéon de Marseille
  • COIC dans À Bastille, un Hamlet d’Ambroise Thomas porté par une distribution d’exception

Première loge

Facebook Twitter Linkedin Youtube Email Soundcloud

Keep me signed in until I sign out

Forgot your password?

Login/Register

Keep me signed in until I sign out

Forgot your password?

Rechercher

Archives

  • Facebook
  • Twitter
  • Youtube
  • Email
Première Loge
  • Accueil
  • À Voir
  • Avant-concerts
  • Vu pour vous
  • Artistes
  • Œuvres
  • Médiathèque
  • Humeurs

A découvrirx

Trois visions de l’Amérique au Théâtre...

6 octobre 2026

Milan – Redécouverte de CHATTERTON :...

5 octobre 2026

L’amour des trois oranges à Lyon : une...

5 octobre 2026