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ProductionCompte renduVu pour vous

Les festivals de l’été –
Benjamin Bernheim au sommet de Gstaad dans une Bohème de feu et de glace

par Hugues Rameau 26 août 2026
par Hugues Rameau 26 août 2026
© Raphael Faux
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La bohème, Menuhin Festival Gstaad, vendredi 21 août 2026

Le Menuhin Festival Gstaad est le rendez-vous incontournable des festivaliers avides de sommets et d’affiches luxueuses. Étonnamment, Benjamin Bernheim ne s’y était pas encore produit alors qu’il est le ténor franco-suisse le plus acclamé aujourd’hui. Avec La bohème, le triomphe annoncé n’a pourtant pas été l’avalanche attendue, le feu et la glace ne faisant pas toujours bon ménage…

Même si elle ne possède pas de grand festival d’opéra comme Glyndebourne, Aix ou Salzbourg, la Suisse offre un nombre incalculable de soirées haut de gamme faisant du pays l’une des meilleures destinations estivales pour la musique classique. Sans doute la plus prestigieuse des grandes manifestations lyriques, le Menuhin Festival Gstaad vient de connaître un changement majeur et pourtant quasi imperceptible. En effet, le célèbre violoniste Daniel Hope, nouveau directeur artistique, a programmé sa toute première saison cette année 2026 sans jamais perdre de vue la spécificité de l’institution helvétique : son excellence ! Ce vendredi 21 août 2026, sous la Festival-Zelt, la tente qui peut accueillir jusqu’à 2000 spectateurs, c’était soirée opéra avec La bohème de Puccini, comme chaque troisième vendredi d’août en période de festival. Après Tosca en 2024 avec Sonya Yoncheva et Erwin Schrott, Norma en 2025 (Yoncheva encore et surtout Karine Deshayes en Adalgisa), le nom de Benjamin Bernheim s’est affiché en lettres brillantes qui rend, étonnamment, sa première visite au Menuhin Festival Gstaad. Le ténor franco-suisse qu’on ne présente plus est notamment un habitué de l’Opernhaus Zürich, où il va de succès en succès, tant dans le grand répertoire français qu’italien.

Le chaud et le froid dans les montagnes de Gstaad en plein été

Superbe Roméo, Hoffmann ou Werther, il est le Faust de sa génération mais s’illustre également en Alfredo de Traviata. En Rodolfo de La Bohème, sa diction impeccable enchante tout autant. Même s’il cède parfois à son péché mignon en soulignant démesurément certains contrastes, le chef Marco Armiliato est à son meilleur à la tête d’un excellent Gstaad Festival Orchestra aux superbes sonorités (l’orchestre fera d’ailleurs une tournée européenne cet automne). Benjamin Bernheim épouse la même ligne raffinée et parfaitement tenue, avec ductilité. La voix comme l’orchestre sonnent brillant. Une technique sans faille permet au ténor de projeter droit les aigus de « Che gelida manina » où l’émotion n’est qu’effleurée. Est-ce parce qu’il est entré de plain-pied dans sa maturité vocale ? L’incarnation manque de juvénilité, l’acteur gardant toujours une certaine réserve qui le dessert. Le contraste devient trop important avec la volcanique Mimì de Carolina López Moreno qui, visiblement chez Puccini, s’est trompée de personnage. La superbe jeune femme porte une robe fourreau moulante offrant une image bien éloignée de celle de la modeste cousette. Plus proche de Tosca que de Bohème, la soprano étale son beau chant en allongeant les tempi de ses airs, sans trop se soucier de la partition. On se demande bien pourquoi, dans l’adieu de Mimì, elle ajoute un point d’orgue sur « senza rancor » en parfait contresens avec le texte ! La voix est saine et le timbre fort beau avec des nuances seulement esquissées dans un premier temps. L’actrice a besoin de la scène et du drame pour faire entendre son instrument, ce qu’elle fera fort bien dans la deuxième partie. La mise en espace de Fabio Rickenmann, sobre et intelligente, apporte assurément un plus en offrant une caractérisation à chaque personnage.

Les tempéraments de feu de La bohème de Puccini

Il est heureux d’entendre un Schaunard aussi vaillant et à la présence assurée. Souvent confié à de jeunes chanteurs, le personnage ici n’est en rien effacé, Biagio Pizzuti lui apportant panache vocal et prestance physique. De même, il est assez rare de remarquer le petit rôle de Benoit mais Roberto Abbondanza apporte une telle noblesse à ses courtes phrases qu’il est agréable de dresser l’oreille et de le retrouver ensuite en Alcindoro, amant de Musette. A Gstaad, un parfum discrètement luxueux entoure souvent les distributions. Parmi les compagnons de Rodolfo, Colline est le seul à posséder un air distinct, chanté avec une belle émotion par Gianluca Buratto. L’homogénéité du timbre et ses graves sonores sont utilisés à dessein pour susciter une émotion sincère grâce au naturel de l’artiste. Marcello, l’ami fidèle, est incarné par Lodovico Filippo Ravizza qui s’est facilement fait remarquer. Comme avec Gianluca Buratto, l’interprétation subtile sert le personnage avec des moyens adéquats. Même si l’aigu semble tout d’abord peu assuré, le baryton occupe la scène avec une aisance tant vocale que scénique. Sandra Hamaoui campe une Musetta très drôle et attachante. Excellente comédienne, la soprano rencontre quelques difficultés avec la tessiture, certains sons, trop hachés, exposant les passages de registre, avec un grave trop peu audible. Parce qu’il met son interprète en pleine lumière, ce rôle secondaire n’est pas si évident. Dernier acteur de la représentation, la prestation du Chor der Bühnen Bern est à saluer pour son professionnalisme, la très bonne tenue de l’ensemble et une belle diction.

Malgré de sérieux atouts, la représentation, pourtant magnifique, laisse le sentiment étrange d’un rendez-vous manqué. Avec un Benjamin Bernheim, parfait, trop parfait, ceint dans la glace et une Carolina López Moreno, Mimì trop « caliente » s’empressant d’embrasser son Rodolfo dès que l’occasion se présente, l’alchimie n’a pas opéré. L’on quitte cette La Bohème sans l’émotion espérée.

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Les artistes

Rodolfo : Benjamin Bernheim
Mimì : Carolina López Moreno
Marcello : Lodovico Filippo Ravizza
Schaunard : Biagio Pizzuti
Colline : Gianluca Buratto
Musetta : Sandra Hamaoui
Benoit, Alcindoro : Roberto Abbondanza
Parpignol, Venditore : Giacomo Patti

Chor der Bühnen Bern
Gstaad Festival Orchestra, direction : Marco Armiliato

Mise en espace : Fabio Rickenmann

Le programme

La bohème

Opéra en quatre actes de Giacomo Puccini, livret de Giuseppe Giacosa et Luigi Illica d’après Scènes de la vie de bohème d’Henry Murger, créé au Teatro Regio de Turin le 1er février 1896.

Menuhin Festival Gstaad, représentation du vendredi 21 août 2026.

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Gianluca BurattoSandra HamaouiLodovico Filippo RavizzaCarolina López MorenoBenjamin Bernheim
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Hugues Rameau

Hugues Rameau-Crays évolue depuis plus de 30 ans dans le monde lyrique où il a exercé de nombreuses responsabilités et acquis une solide expérience auprès des principales institutions et artistes. Diplômé en études de Lettres à l’université Paris-Sorbonne-Université, il a débuté sa carrière comme responsable des relations extérieures du Cercle Lyrique International, avec comme mentor le journaliste Maurice de Galvert. Directeur artistique de Music & Opera pendant plus de vingt-cinq ans, il y a développé le contenu éditorial du Guide Musique et Opéra autour du Monde et rédigé plusieurs centaines de critiques musicales pour le site Classique C'est Cool. Il rejoint l’équipe de Première Loge comme rédacteur en chef adjoint en 2026.

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