Concert Brahms/Montalbetti, Abbatiale Saint-Robert, la Chaise-Dieu, 20 août 2026 à
L’abbatiale Saint-Robert de la Chaise Dieu a vu naître, le 20 août dernier, la dernière œuvre du compositeur français Eric Montalbetti intitulée Fragments pour une messe (pour La Chaise-Dieu), sous la direction d’Andris Poga, le chœur d’état de Lettonie et l’Orchestre symphonique national de Lettonie.
Boris Bianco, directeur artistique du Festival de la Chaise Dieu, passe tous les deux ans commande d’une nouvelle œuvre sacrée. Après le Répons du baptême de Thomas Lacôte en 2024, c’est donc à Eric Montalbetti de livrer une nouvelle pièce. Écrite pour chœur et orchestre avec une large section de percussions, ces « Fragments » sont, selon le compositeur lui-même, « avant tout pensés comme des pièces de concerts ». Le titre entend ainsi les « distinguer de la liturgie ». Pour cette création, l’œuvre réunit le Kyrie, le Gloria, le Sanctus, le Benedictus et l’Agnus Dei. Mais Montalbetti envisage de la développer ultérieurement avec un Credo ou une prière à la Vierge, tenant « à conserver symboliquement cette idée d’inachèvement ».
L’œuvre est traversée par un fond sonore orchestral à la texture somptueuse et douce, dans un balancement constant, telle une lame de fond. Les sons semblent flotter, sans que l’on sache s’ils révèlent du tonal, de l’atonal ou du modal. De ce mélange naît une matière sonore aux timbres inattendus, parfois proche de ceux d’un orgue à bouche. Sur cette vaste trame viennent se poser les voix du chœur et des solistes, chacun apportant une matière nouvelle.
Le Kyrie donne d’emblée une dimension particulière à ce dispositif. Huit chanteurs sont placés « comme des pleurants » autour du gisant du pape Clément VI, au centre de la nef. Un dialogue s’installe avec les deux solistes présents sur scène ; non pas un dialogue de paroles, mais de sons, entre la contralto Zanda Švede et le ténor Maciej Kwasnikowski. Ce dispositif spatial, particulièrement saisissant, aurait mérité d’être prolongé dans les mouvements suivants.
Car du Gloria au Sanctus, Montalbetti continue de déployer ce tapis sonore avec une remarquable continuité. L’auditeur a parfois la sensation de nager dans une matière organique nimbée de lumière, ou de marcher contre un vent doux. Le Gloria, presque entièrement construit autour des harmonies, en offre une illustration particulièrement frappante : les cordes n’interviennent qu’à la fin, comme pour faire émerger progressivement une autre couleur de cet univers sonore.
Au Benedictus, on retrouve le ténor Maciej Kwasnikowski, au timbre lumineux même si les aigus se montrent parfois un peu serrés dans les mélismes. La densité du chœur rejoint alors celle de l’orchestre pour produire une matière paradoxalement insaisissable, qui se prolonge dans l’Agnus Dei. Peut-être est-ce aussi la présence du mot « paix », traduit ici dans une vingtaine de langues, qui donne à ce dernier mouvement sa dimension particulière. Les solistes, tenant de longues notes comme autant de lignes mélodiques suspendues, se détachent de l’atmosphère créée par l’orchestre et le chœur, désormais semblable aux bruissements d’une forêt. Les « fragments » se referment ainsi comme ils avaient commencé, dans une magnifique continuité sonore.
Dans la première partie du programme, après une ouverture à l’orgue par Afonso Torres, l’un des jeunes musiciens en résidence, deux œuvres de Brahms installent l’atmosphère de prière. Dans Rhapsodie pour alto, chœur d’homme et orchestre, la voix de Zanda Švede, profonde et ample, aux couleurs ombragées mais sublimes, frappe dès les premières notes. Sa puissance tout en douceur convient à la gravité de la partition, portée par des voix d’hommes d’une belle homogénéité.
Dans Le Chant du destin, le chœur, cette fois mixte, gagne en rondeur en parfaite harmonie avec l’orchestre. Andris Poga offre une belle interprétation, alliant profondeur et intériorité dans une expression dénuée de tout excès.
- Si vous souhaitez publier un commentaire (dans l’encadré ci-dessous, en bas de page), merci de prendre connaissance auparavant de la « Charte des commentaires » ! / If you wish to post a comment (in the box below, at the bottom of the page), please read the “Comment Policy” first!
Zanda Švēde, alto
Maciej Kwasnikowski, ténor
Choeur national de Lettonie
Orchestre symphonique national de Lettonie, dir. Andris Poga
Johannes BRAHMS
Alt-Rhapsodie, op. 53 (Rhapsodie pour alto)
Schicksalslied, op. 54 (Le Chant du Destin)
Éric MONTALBETTI
Fragments pour une messe (pour La Chaise-Dieu)
[Commande du Festival de La Chaise-Dieu, création mondiale]
Concert du 20 août 2026 à l’Abbatiale Saint-Robert, la Chaise-Dieu, dans le cadre du Festival de la Chaise-Dieu.

