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Les festivals de l’été –
Bayreuth, Le Vaisseau fantôme : Nicholas Brownlee et Asmik Grigorian au sommet

par Frédéric Meyer 8 août 2026
par Frédéric Meyer 8 août 2026

© Bayreuther Festspiele

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Der fliegende Holländer, Festival de Bayreuth, jeudi 6 août 2026

Reprise de la production dorénavant bien connue de Tcherniakov – qui ne suscite plus guère d’émoi dans le public, lequel fait fête aux interprètes musicaux, tout paticulièrement Nicholas Brownlee et Asmik Grigorian.

Dans cette reprise de la mise en scène de Dmitri Tcherniakov de 2021, ce qui continue à interroger, c’ est qu’il n’y a plus de mer, plus de vaisseau et plus de fantôme. L’action se situe vaguement dans une banlieue quelconque d’une ville d’Europe du Nord, dont les immeubles sont à peine éclairés par des lampadaires blafards. Force est d’avouer que pour celui qui n’aurait jamais vu cet opéra sur scène, on n’y comprend plus grand-chose, la mise en scène étant déconnectée du livret imaginé par Wagner. D’autant qu’à Bayreuth, il n’y a jamais de sous-titres…

Le Vaisseau fantôme est par excellence l’opéra dans lequel est porté au plus haut un des thèmes les plus chers à Wagner : la rédemption, en l’occurrence celle d’un homme maudit, condamné à errer et voguer sans fin. Seule une femme qui pourrait lui jurer fidélité au-delà de la mort le libérerait de cette malédiction. Or dans la mise en scène de  Tcherniakov il n’y a plus de malédiction, simplement la vengeance d’un homme contre un groupe qui poussa une mère au suicide devant ses yeux d’enfant. C’est ce que nous voyons pendant l’ouverture : une femme qui faute avec un homme en pleine rue, et qui se pend en se jetant du premier étage sous les yeux de son fils. Il faut comprendre que c’est cet enfant devenu adulte qui revient bien des années plus tard pour se venger. On peut alors être circonspect quant à la fin du troisième acte : la population semble massacrée par les hommes du Hollandais, avant que ce dernier ne soit lui-même abattu par Mary d’un coup de carabine. Senta ne se jette plus dans la mer, mais s’effondre sur une chaise en éclatant de rire.
Même si l’on peut considérer que cette « vision » n’est pas loin d’une « trahison », le public de Bayreuth, plutôt enclin à manifester facilement son mécontentement, semble s’être accommodé de cette reprise pour se concentrer sur la musique et les voix.

Et à ce titre, la soirée fut vocalement et orchestralement somptueuse.

Cinq ans après sa première apparition dans le rôle de Senta, Asmik Grigorian fait, pour notre plus grand bonheur, son retour à Bayreuth. La puissance de la voix et la beauté du timbre sont devenues telles qu’elles confinent à l’insolence, et nous transportent à chaque moment. On peut certes regretter que la gestuelle dans la ballade de l’acte 2, celle qui est censée porter malheur et que Mary refuse de chanter, soit hors de propos, entre outrance et hystérie. La soprano arrive à conserver malgré tout une intensité dramatique des plus soutenues grâce à la beauté absolue de son chant. Cela se confirmera lors de ses scènes de confrontation avec le Hollandais. Lorsqu’on sait qu’Asmik Grigorian chante également cet été des rôles on ne peut plus différents techniquement et stylistiquement (Lady Macbeth à Munich, Carmen à Salzbourg), la performance n’en apparaît que plus remarquable !

Nicholas Brownlee, très apprécié par notre collègue Stéphane Lelièvre en Wotan à Munich le mois dernier, est extraordinaire en Hollandais. On est totalement émerveillé par la présence scénique tellement naturelle de ce personnage qu’on pourrait presque croire créé pour lui. Ce qui contribue aussi au charme hypnotique du personnage, c’est cet art parfait de la déclamation si nécessaire au rôle. Le caractère noir du chant « Die Frist ist um » de l’acte I donne des frissons, surtout quand, prenant la mer à témoin, il déclare que « [S]on orgueil peut être dompté » (« Dein Trotz ist beugsam »). La maîtrise de son vibrato, notamment dans les graves, une gestuelle lente et précise parfaitement adaptée au chant, l’expressivité de chaque phrase chantée contribueront au triomphe qui lui sera réservé lors des saluts. Dans ces conditions, on ne sera guère surpris que le duo avec Senta qui clôt l’acte II constitue l’un des plus grands moments de la soirée !

Benjamin Bruns, en Erik, fait par moments entendre une prononciation un peu hasardeuse. Mais son chant est couronné d’aigus de toute beauté, et est soutenu par un jeu de scène tout en retenue.
La basse finlandaise Mika Kares est un Daland très convaincant, même si on ne le sent pas complètement à l’aise dans cette mise en scène. Le chanteur déploie dans son chant un timbre des plus clairs et fait preuve d’une remarquable présence scénique. La projection de la voix est parfaite, qu’il s’agisse de faire preuve de puissance ou de respecter le caractère intimiste de certaines scènes.
Nadine Weissmann, en Mary, bénéficie d’un timbre large, mais on a du mal à être convaincu par son jeu de scène. Cela est sans doute dû au costume vulgaire dont elle est affublée.
Kieran Carrel, en timonier décontracté, déploie un chant des plus mélodieux à la scène 2 de l’acte I. Sa voix puissante s’accompagne d’un vibrato particulièrement maîtrisé. Très à l’aise, il arrive à transformer par sa fraîcheur ce rôle trop court en pur moment de plaisir.

Thomas Eitler-de Lint succéda en 2024 à Eberhard Friedrich à la tête du chœur du Festival de Bayreuth, qui était resté à ce poste près de  trente ans. Il prit ses fonctions dans un contexte particulier, le chœur étant contraint à des réductions drastiques d’effectifs, tout en devant maintenir la même qualité. Un regret est alors de n’avoir pas eu droit au chœur derrière la scène pour les hommes du Hollandais à la scène finale, les choristes restant présents sur le plateau. Les chœurs masculins restent cependant d’une remarquable puissance – malgré un effet un peu « brouillon » à la fin de l’opéra, sans doute causé par leur dispersion sur toute la largeur de scène et les mouvements imposés qui n’ont pas grand-chose à voir avec l’action… Le chœur des fileuses qui ouvre l’acte II est de toute beauté, en parfaite fusion avec l’orchestre.

Oksana Lyniv, qui fut la première femme à diriger à Bayreuth (cette année, Nathalie Stutzmann y dirige la première production de Rienzi donnée au festival), est une nouvelle fois en place au pupitre. L’ouverture semble souffrir de quelques approximations et d’un certain manque de nuances – mais on sent que l’expérience immense des musiciens vient pallier ces légères insuffisances – une impression qui se confirmera au fil de la soirée. La direction de la cheffe, très énergique, rend cependant pleinement justice aux moments plus violents de l’opéra.

Tonnerre d’applaudissements mérités pour tous à la fin de l’opéra, et rappels sans nombre : un très beau Hollandais volant – dont on peut espérer un jour ou l’autre une nouvelle approche au Festival de Bayreuth…

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Les artistes

Der Holländer : Nicholas Brownlee
Senta : Asmik Grigorian
Daland : Mika Kares
Erik : Benjamin Bruns
Mary : Nadine Weissmann
Timonier : Kieran Carrel

Orchestre et Chœur du Festival de Bayreuth, dir. Oksana Lyniv
Chef des chœurs : Thomas Eitlerf-de -Lindt

Mise en scène : Dmitri Tcherniakov
Costumes : Elena Zaytseva
Lumières : Gleb Filshtinsky

Le programme

Der fliegende Holländer (Le Vaisseau fantôme)

Opéra romantique en 3 actes de Richard Wagner (1813-1883), créé à Dresde, Königliches Hoftheater, le 2 janvier 1843.

Festival de Bayreuth, représentation du jeudi 6 août 2026.

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Asmik GrigorianOksana LynivDmitri TcherniakovNicholas BrownleeBenjamin Bruns
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Frédéric Meyer

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