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La Cenerentola au Palais Garnier, ou comment s’enflammer encore pour un classique

par Camillo Faverzani 4 juin 2026
par Camillo Faverzani 4 juin 2026
© Julien Benhamou
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La Cenerentola, Opéra de Paris (Garnier), mercredi 3 juin 2026

Quatrième série de représentations dans la mise en scène de Guillaume Gallienne

Un pokerissimo gagnant

La Cenerentola au Palais Garnier. Quatrième série de représentations dans la mise en scène de Guillaume Gallienne, datant de juin 2017, que nous avions chroniquée en septembre 2022. Peut-on encore s’enflammer pour un spectacle que l’on a régulièrement revu, parfois à plusieurs reprises, et pour un titre qui revient souvent à l’affiche même dans d’autres réalisations ? Maintenant le succès repose essentiellement sur la réussite vocale et la réponse ne peut être qu’enthousiaste lorsqu’on réunit un pokerissimo de chanteurs comme l’a fait notre première scène lyrique ce soir : quatre confirmations et le joker d’une prise de rôle éblouissante.

Des débuts exceptionnels et un retour attendu

Les débuts de Vasilisa Berzhanskaya à l’Opéra national de Paris sont en tout point exceptionnels dans un personnage qu’elle fréquente depuis bientôt une dizaine d’années. Dès son conte de fée prémonitoire, dans l’introduction, elle impose une Angelina résolument soprano, à l’ampleur et à la colorature assumées sans complexes, diseuse raffinée au grave prodigieux. Elle sait savamment varier les teintes, comme notamment dans le récitatif précédant l’air d’Alidoro, afin de souligner son étonnement face au revirement qui se présente. Dans le finale central, elle fait preuve d’une agilité sans bornes, tout particulièrement grâce à un art de la vocalise très recherché et à un canto di sbalzo fabuleux. La reprise de la canzone de l’acte I sonne alors angélique comme il se doit, cependant que le rondò conclusif impressionne de virtuosité : des roulades du récitatif au portamento de l’andante, jusqu’aux variations de couleurs dans le tempo di mezzo, c’est un festival de fioritures, même dans les moments de transition, la cabalette alternant des notes filées, adroitement ralenties, à des notes piquées saisissantes que parachève un crescendo spectaculaire.

Vétéran du rôle – qu’il avait aussi incarné dans cette production à l’automne 2018 –, Lawrence Brownlee est un Ramiro à la tonalité claire dont les coloris épousent magistralement les harmoniques de sa consœur, singulièrement dans leur duo de l’acte I où leur bonne entente peaufine un allegro au chant syllabique électrisant, la longueur de souffle sans fin de l’héroïne se jouant de trilles inouïs. Dans son air de l’acte II, la rondeur de l’accent de l’andantino annonce la fougue belcantiste de l’allegro, soutenu par un legato lumineux, aboutissant dans des passages vers le haut vertigineux et dans un aigu étincelant.

Une prise de rôle séduisante et bien des confirmations

En prise de rôle, Huw Montague Rendall s’investit sans réserve dans Dandini, ce tombeur de femmes que ne saurait démentir sa belle présence physique. Très articulée, sa cavatine déploie un volume conséquent, sans excès toutefois, une ligne solide menant vers une cabalette au sillabato rutilant. Dans le duo avec son maître, il sait adapter sa projection au contexte, sa riche élocution donnant la réplique au souffle illimité de son acolyte, jusque dans le concertato du finale I. Il mène alors avec panache le sextuor de l’acte II, jubilation des onomatopées.

Déjà Dandini sur cette même scène, mais dans la conception de Jean-Pierre Ponnelle, à l’automne 2012, Nicola Alaimo revêt maintenant l’habit d’un père à la déclamation unique, non sans quelques ruptures dans la ligne, question de nous rappeler que Don Magnifico est une basse bouffe plus qu’un baryton. Qu’à cela ne tienne. Son air de l’intendance est un pur régal de maîtrise des dynamiques. De même que la pantomime du courtisan en puissance confère la consonnance musicale adéquate à une vis comica irrésistible. Son duo de la reconnaissance avec Dandini entraîne le spectateur dans une joute vocale, notamment grâce à une strette désopilante.

Alidoro caverneux, Adolfo Corrado, également à ses débuts parisiens, campe un philosophe à la diction et au legato tout aussi riches dans son cantabile de l’acte I, la cabalette se singularisant par une souplesse rare, surtout dans les transitions, et par des couleurs bien dosées.
Dès lors, le quintette de l’invitation au bal est un moment de pur bonheur, le grave d’Alidoro se conjuguant au timbre capiteux d’Angelina et à la virtuosité de Ramiro, de Dandini et de Don Magnifico, les vocalises paradisiaques de la servante répondant à un prince apollinien.

Ilanah Lobel-Torres (Clorinda) et Maria Warenberg (Tisbe) complètent l’affiche avec aplomb.

Faisant aussi ses classes dans la maison, Enrique Mazzola dirige consciencieusement une partition qu’il connaît à la perfection pour l’avoir approchée depuis plus de vingt ans. Relevons, dans l’ouverture, les inflexions angoissantes qu’il réserve aux cordes, question de rappeler que s’il est giocoso, il s’agit tout de même d’un dramma où la composante émotionnelle n’est pas négligeable : tout pourrait basculer d’un moment à l’autre. Néanmoins, les vents ramènent aussitôt le public dans la dimension enjouée du crescendo, comme plus tard ils l’enlèvent vers le tourbillon de l’orage, adroitement articulé, entre autres par une distanciation habile des cordes.

Les Chœurs de l’Opéra national de Paris sont, comme toujours, égaux à eux-mêmes, à savoir remarquables. Dans l’introduction à l’air de Don Magnifico, promu chef sommelier, ils savent judicieusement doser l’éclat qui sied à l’événement et la réserve du commentaire sans doute désabusé. Ainsi de l’accompagnement de la dernière scène où la vaillance se met en adéquation avec le triomphe de la bonté.

Triomphe aussi pour l’héroïne et pour tous ses complices au rideau final. La mise en scène de Guillaume Gallienne apparaît toujours efficace, singulièrement dans la suspension du finale de l’acte I. Les spectateurs reconnaissants ne tiennent pas rigueur du léger retard qui avait affecté le début de la représentation. Ils seront ravis de retrouver, chez Rossini, Huw Montague Rendall, Nicola Alaimo et Adolfo Corrado en septembre prochain à l’Opéra Bastille, respectivement en Figaro, Bartolo et Basilio du Barbiere di Siviglia.

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Les artistes

Don Ramiro : Lawrence Brownlee
Dandini : Huw Montague Rendall
Don Magnifico : Nicola Alaimo
Clorinda : Hanah Lobel-Torres 
Tisbe : Maria Warenber
Angelina : Vasilisa Berzhanskaya
Alidoro : Adolfo Corrado

Chœurs de l’Opéra national de Paris (dir. Ching-Lien Wu); Orchestre de l’Opéra national de Paris, dir. Enrique Mazzola

Mise en scène : Guillaume Gallienne
Décors : Éric Ruf
Costumes : Olivier Bériot
Lumières : Bertrand Couderc
Chorégraphie : Glysleïn Lefever

Le programme

La Cenerentola

Dramma giocoso en deux actes de Gioachino Rossini, livret de Jacopo Ferretti, créé au Teatro Valle de Rome le 25 janvier 1817.

Paris, Palais Garnier, mercredi 3 juin 2026

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Vasilisa BerzhanskayaHuw Montague RendallLawrence BrownleeGuillaume GallienneNicola AlaimoAdolfo CorradoEnrique Mazzola
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Camillo Faverzani

Professeur de littérature italienne à l’Université Paris 8, il anime le séminaire de recherche « L’Opéra narrateur » et dirige la collection « Sediziose voci. Studi sul melodramma » aux éditions LIM-Libreria musicale italiana de Lucques (Italie). Il est l’auteur de plusieurs essais sur l’histoire de l’opéra. Il collabore également avec des revues et des maisons d’opéra (« L’Avant-scène Opéra », Opéra National de Paris).

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