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ProductionCompte renduVu pour vous

À Tours,  La Fille du régiment fait monter la température

par Romaric HUBERT 1 juin 2026
par Romaric HUBERT 1 juin 2026

© Marie Petry

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La Fille du régiment, Grand Théâtre de Tours, vendredi 29 mai 2026

Dans une salle gagnée par la chaleur et le ballet des éventails, l’Opéra de Tours transforme La Fille du régiment en fête d’opéra-comique, portée par une troupe soudée, un chœur superlatif, une fantaisie visuelle très réussie et un public conquis.

Il faisait chaud, très chaud, au Grand Théâtre de Tours. Une chaleur qui colle aux fauteuils, fait battre les programmes devant les visages, et transforme peu à peu la salle en volière d’éventails. Mais ce ballet involontaire aura fini par ajouter sa propre poésie à la soirée. Sur scène aussi, la température montait : non celle de la canicule, mais celle d’un spectacle lancé tambour battant, d’un plateau qui respire, d’un chœur qui emporte tout sur son passage, d’une troupe qui croit à ce qu’elle joue et d’un public qui, à la fin, ne ménage pas ses applaudissements.

Avec La Fille du régiment, Donizetti compose moins une bluette militaire qu’une mécanique d’opéra-comique où la virtuosité italienne se plie aux usages du théâtre français. C’est ce versant que le metteur en scène Jean-Romain Vesperini choisit d’embrasser. On n’est pas ici dans la seule démonstration belcantiste, même si les embûches vocales sont bien là. On est d’abord dans le mouvement, la parole, le rythme, cette circulation de l’énergie qui donne au plateau l’allure d’un véritable régiment.

Visuellement, le spectacle trouve très vite son équilibre. Le mélange pouvait paraître risqué entre toiles peintes, esprit bande dessinée, anachronismes, sabres, uniformes, robes historiques et cette télé-piano-cheminée tout droit sortie d’un cabinet de curiosités de chez Darty. Pourtant rien ne heurte. Tout circule. Les décors de Roland Fontaine installent une poésie graphique jamais figée, tandis que les vidéos d’Étienne Guiol prolongent l’illusion au lieu de la parasiter. Elles ouvrent le plateau et fabriquent un vrai voyage visuel. Les lumières de Christophe Chaupin donnent à ces tableaux leur respiration.

Dans cet univers, les costumes de Christian Lacroix ne se contentent pas d’enchanter l’œil. Ils racontent les personnages, les milieux sociaux, les passages d’un monde à l’autre. Marie n’est pas seulement habillée : elle est déplacée et contrainte. La Marquise devient une figure de théâtre social, avec ses codes, son panache, son autorité, son ridicule aussi, mais jamais réduite à une caricature pauvre. C’est l’un des mérites de cette production que de faire naître la fantaisie sans perdre la tendresse.

Florie Valiquette compose une Marie pleine d’allant, mobile, vive, scéniquement tenue, sans jamais céder à l’hystérie facile que le rôle pourrait appeler. Vocalement, elle assure avec aplomb, malgré une diction parfois brouillée et des couleurs que l’on souhaiterait plus différenciées. Mais lorsqu’elle cesse de courir, de rire et de tenir tête, la chanteuse touche juste : dans “Il faut partir…”, puis surtout dans “Par le rang et par l’opulence”, où l’apparat aristocratique devient soudain prison et où l’émotion donne au personnage une profondeur inattendue. À ses côtés, Philippe Talbot trouve en Tonio un rôle qui lui va comme un gant. Il ne recule devant aucune difficulté, avance clair, vaillant, et fait de “Ah ! Mes amis…” un moment brillant, sans que le morceau se détache artificiellement de la scène.

Jean-François Lapointe donne à Sulpice une présence solide, tendre et comique, avec une voix bien assise et des aigus brillants. Sa tendresse paternelle demeure plus pudique qu’affirmée. Éléonore Pancrazi remporte, elle, un très grand succès. Sa Marquise de Berkenfield a du panache, du style, une tenue théâtrale irrésistible. Les scènes parlées sont brillantes et la prestation vocale solidement assurée. Jean-Gabriel Saint-Martin fait d’Hortensius un vrai personnage comique, bien chantant, tandis que Mickael Chapeau et Vincent Billier s’intègrent avec présence et efficacité à cette mécanique collective. En Duchesse de Crakentorp, Doris Lamprecht choisit une présence plus retenue, laissant au rôle sa fonction de silhouette mondaine.

Adrien Perruchon participe pleinement à cette réussite. Sa direction, énergique, nuancée, attentive au plateau, maintient l’élan, avec un Orchestre Symphonique Région Centre-Val de Loire/Tours réactif et engagé. Mais l’une des grandes forces de la soirée vient du Chœur de l’Opéra de Tours, impeccablement préparé par David Jackson. Les hommes du chœur emportent la mise, avec une précision, une verdeur et une énergie physique qui donnent au régiment sa chair, son poids et sa jubilation.

Tout n’a pas le même relief. Le deuxième acte paraît un peu plus décousu, mais l’ouvrage lui-même porte cette faiblesse, avec une résolution familiale et sociale traitée dans la désinvolture charmante de l’opéra-comique. Quelques jeux de mots ne brillent pas toujours par leur légèreté, même s’ils restent efficaces, et la leçon de chant aurait pu se permettre un grain de folie supplémentaire. Mais ces réserves pèsent peu face à la vitalité générale de la soirée. À Tours, La Fille du régiment retrouve quelque chose de précieux : un théâtre chanté, vivant, généreux, où la poésie visuelle rejoint l’esprit de troupe, où la drôlerie n’efface pas la tendresse, où la chaleur de la salle finit par se confondre avec celle du plateau. Cette Fille du régiment fait monter la température, et c’est tant mieux.

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Les artistes

Marie : Florie Valiquette
Tonio : Philippe Talbot
Marquise de Berkenfield : Éléonore Pancrazi
Sulpice : Jean-François Lapointe
Hortensius : Jean-Gabriel Saint-Martin
Duchesse de Crakentorp : Doris Lamprecht
Paysan : Mickael Chapeau
Caporal : Vincent Billier

Orchestre Symphonique Région Centre-Val de Loire/Tours, dir. Adrien Perruchon
Chœur de l’Opéra de Tours, dir. David Jackson
Mise en scène : Jean-Romain Vesperini
Assistante à la mise en scène : Claire Manjarrès
Décors : Roland Fontaine
Costumes : Christian Lacroix
Assistant costumes : Jean-Philippe Pons
Vidéo : Étienne Guiol
Lumières : Christophe Chaupin
Cheffe de chant : Amandine Duchênes

Le programme

La Fille du régiment

Opéra-comique en deux actes de Gaetano Donizetti. Livret de Jules-Henri Vernoy de Saint-Georges et Jean-François Bayard.
Grand Théâtre de Tours, représentation du vendredi 29 mai 2026.

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Jean-Romain VesperiniAdrien PerruchonPhilippe TalbotFlorie ValiquetteÉléonore Pancrazi
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Romaric HUBERT

Licencié en musicologie, Romaric Hubert a suivi des études d’orgue, de piano, de saxophone et de chant. Il a chanté dans plusieurs chœurs réputés, ou encore en tant que soliste. Il est titulaire d’une certification qualifiante professionnelle d’animateur radio délivrée par l’Institut National de l’Audiovisuel, et a fait ses premiers pas au micro sur France Musique. Il a fondé la compagnie Les Papillons Electriques avec sa complice Jeanne-Sarah Deledicq et est co-créateur du site Première loge.

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