À la une
Un Couronnement de Poppée très contemporain à l’Opéra de Lyon
Jules César en Égypte de Haendel : un début triomphal...
Giulio Cesare in Egitto di Händel: un debutto trionfale al...
La Vie parisienne au Châtelet, ou la joyeuse basse-cour ! 
Les brèves de juin –
Opéra Bastille, La traviata toujours : Pretty Yende retrouve la production...
Découvrez la future saison lyrique de la FENICE de Venise
FESTIVAL D’AMBRONAY 2026
Bach (Cantates II : Actus tragicus) à Versailles : le souffle...
Teatro Regio de Turin – Tosca, ou la Rome des...
  • Accueil
  • À Voir
  • Avant-concerts
  • Vu pour vous
  • Artistes
  • Œuvres
  • Médiathèque
  • Humeurs
Première Loge

Pour ne rien manquer de l'actualité lyrique, restons en contact !

ProductionCompte renduVu pour vous

Beatrice di Tenda entre au répertoire de l’Opéra national de Paris

par Camillo Faverzani 10 février 2024
par Camillo Faverzani 10 février 2024

© Frank Ferville / ONP

© Frank Ferville / ONP

© Frank Ferville / ONP

© Frank Ferville / ONP

© Frank Ferville / ONP

© Frank Ferville / ONP

© Frank Ferville / ONP

© Frank Ferville / ONP

© Frank Ferville / ONP

© Frank Ferville / ONP

© Frank Ferville / ONP

0 commentaires 4FacebookTwitterPinterestEmail
3,K

Beatrice di Tenda, Opéra Bastille, 9 février 2024

Des interprètes qui auront l’occasion de parfaire leur conception des personnages au fil des représentations

« La Justice est un palais »

Titre parmi les plus rares de Bellini, Beatrice di Tenda n’avait jamais été représentée à l’Opéra national de Paris ni même à l’Académie royale, voire impériale, de musique d’autrefois. Elle était néanmoins entrée au répertoire du bon vieux Théâtre-Italien et avait été reprise à plusieurs occasions dans les années 1840 et 1850. C’est donc dire si ces débuts parisiens étaient attendus. L’idée de la reproposer serait venue de Peter Sellars qui aborde ici un genre pour lui nouveau dans une sorte de spectacle total, le metteur en scène étant apparemment responsable de tous les choix, y compris celui du chef et des chanteurs, presque tous en prise de rôle. Il l’aborde avec enthousiasme, il faut le dire. Dans le programme de salle, il ne s’étend pas particulièrement sur sa conception de l’œuvre mais se penche surtout sur la place de ce livret dans l’histoire de l’Italie après les émeutes de 1830-1831 et voit dans cette peinture de l’absolutisme du XVe siècle le reflet de l’emprise autrichienne sur les états italiens, même si, précisons-le, il ne s’agit pas de leur totalité, comme l’affirme le metteur en scène. Il s’agit néanmoins d’« un monde de mensonges, de corruption, de tortures et d’exécutions », se refermant sur lui-même : « La Justice est un palais ».

Nous avons là, sans doute, la clé de sa lecture de ce soir. Le décor unique de George Tsypin s’ouvre sur un joli jardin Renaissance derrière lequel trône une belle façade en plaques d’aluminium aux chapiteaux corinthiens. Le premier tableau, où se dessinent les silhouettes de Beatrice et d’Agnese, pourrait laisser croire à un choix esthétique à la Alma-Tadema, du moins en ce qui concerne la tunique de la duchesse de Milan. Il n’en est rien. Tous les autres costumes seront contemporains : robe de soirée pour les femmes, costume-cravate pour les hommes, sauf les gardes du corps avec mitraillette en combinaison d’attaque et quelques imperméables en cuir, afin d’illustrer la chappe de plomb qui caractérise la dictature en place. Tous en noir. Dès la première scène on ajuste, d’ailleurs, des caméras de surveillance, afin de signifier la fragilité du régime imposé par Filippo Maria Visconti. Sa dynastie, comme celles de la plupart des seigneuries italiennes du début de la Renaissance, voire de la fin du Moyen-Âge, n’étant pas d’origine féodale, sa légitimité est toujours sujette à caution… Nous sommes quand même dans un monde très contemporain : c’est sur son ordinateur que le duc montre à son épouse les supposées preuves de ses méfaits, enfin découverts. Puis c’est par son téléphone portable que cette dernière en appelle à Agnese. Des haut-parleurs s’entrevoient derrière la structure de la façade : on entend, on voit tout… Des jardiniers viennent cependant tailler les haies dans l’esprit de l’art topiaire au finale I et on fait les carreaux à l’acte II. Question, sans doute, d’atténuer quelque peu l’impact de la tyrannie mais une lumière rouge sang s’impose dès le jugement du despote et, à la dernière scène, on creuse une fosse.

Drammatico d’agilità

Ces derniers mois, on a beaucoup spéculé sur cette prise de rôle de Tamara Wilson. Comment passer de Turandot à Beatrice en trois mois à peine ? N’est pas Callas qui veut, aura-t-on dit, qui, en ce fatidique mois de janvier 1949, avait assuré la transition de Brünnhilde à Elvira, en enchaînant, à trois jours d’écart, les quatre représentations de La Walkyrie aux trois des Puritani affichées par la saison du Teatro La Fenice de Venise. Si ce soir l’écart est plus pondéré, la performance est tout de même très appréciable, même s’il ne faut pas oublier que les héroïnes créées par Giuditta Pasta, surtout Norma, par le passé, plus récemment sans doute aussi Anna Bolena, ont souvent été également l’apanage de celles que l’on a appelées depuis des sopranos dramatiques : drammatico d’agilità. La cantatrice américaine s’en sort avec les honneurs. Dès sa sortita, elle se singularise par son sens du phrasé, des vocalises saines, une certaine sobriété, notamment dans la cabalette. Dans le duo avec son époux, elle déploie une ligne à toute épreuve, soutenue par une maîtrise du souffle exemplaire, la stretta s’agrémentant d’une belle colorature. Ainsi le volume est-il très contrôlé, voire châtié, dans le duettino avec Orombello, ce finale I s’achevant par des trilles bien captivants. L’air du sacrifice affiche à son tour un beau legato, malgré une certaine lenteur généralisée. Tamara Wilson aura, au fil des représentations et des années, l’occasion de parfaire sa conception du personnage.  

Il faut dire que dans cette nouvelle aventure, elle n’est pas particulièrement aidée, comme tous les autres interprètes, d’ailleurs, par la direction de Mark Wigglesworth qui par moments penche davantage vers Wagner que vers Zingarelli, le professeur de Bellini, et cette école napolitaine dont est issu le compositeur sicilien. On connaît l’admiration que vouait le maître de Bayreuth pour son illustre devancier catanais. La trame du livret est certainement très sombre. La partition recèle tout de même des couleurs qui ont du mal à ressortir de cette approche de l’œuvre. Par ailleurs, les cuivres ne sont pas toujours au rendez-vous et ce, dès le prélude.

Un opéra de chœurs

Peu idiomatique dans l’introduction, le Filippo de Quinn Kelsey s’affirme par sa bonne élocution dans la cavatine qui suit ; son air du remords, très intense, souffrant du même manque d’élan de la direction dans la cabalette.

Beatrice di Tenda, on le sait, n’est pas un opéra pour ténor. Dès son premier duo avec Agnese, l’Orombello de Pene Pati se distingue par la luminosité d’un timbre déjà légendaire et par la bonne entente qui se tisse avec sa partenaire. Des qualités se confirmant dans la rencontre suivante avec la duchesse, à la fluidité très choyée. Poignant dans le quintette du supplice, il se fait ainsi l’écho des sons filés de l’héroïne.

Aérienne dans cette même scène, l’Agnese de Theresa Kronthaler – à ses débuts à l’Opéra national de Paris tout en ayant déjà abordé le rôle en concert à Martina Franca en juin 2022 – rejoint ses deux acolytes dans la lourde intimité du terzettino du pardon. Sa conception du caractère de la rivale reste néanmoins légèrement distante, malgré un aigu franc dès l’introduction, puis dans le duo avec Orombello, la ligne étant bien soutenue et le timbre harmonieux.

L’avant-dernier titre de Bellini est aussi, et probablement principalement, un opéra de chœurs. Très enjoués au début, ils n’assument pas que la tâche de commenter l’action et la conduite des intervenants. Excellents comme toujours, ils assurent eux-mêmes la fonction de personnage à part entière, surtout lors du récit de la torture subie par Orombello.

Public enthousiaste au tomber de rideau qui se réjouit de retrouver cette rareté à l’affiche d’une grande scène internationale et en redemande sans doute davantage.

Les artistes

Beatrice di Tenda : Tamara Wilson
Filippo Visconti : Quinn Kelsey
Agnese del Maino : Theresa Kronthaler
Orombello : Pene Pati
Anichino : Amitai Pati
Riccardo del Maino : Teasung Lee

Orchestre et Chœurs de l’Opéra national de Paris, dir. Mark Wigglesworth et Ching-Lien Wu
Mise en scène : Peter Sellars
Décors : George Tsypin
Costumes : Camille Assaf
Lumières : James F. Ingalls
Dramaturgie : Antonio Cuenca Ruiz

Le programme

Beatrice di Tenda

Tragedia lirica en deux actes de Vincenzo Bellini, livret de Felice Romani, créé au Teatro La Fenice de Venise le 16 mars 1833.
Opéra National de Paris Bastille, représentation du vendredi 9 février 2024.

image_printImprimer
Theresa KronthalerPene PatiPeter SellarsAmitai PatiTamara WilsonMark WigglesworthQuinn KesleyTeasung Lee
0 commentaires 4 FacebookTwitterPinterestEmail
Camillo Faverzani

Professeur de littérature italienne à l’Université Paris 8, il anime le séminaire de recherche « L’Opéra narrateur » et dirige la collection « Sediziose voci. Studi sul melodramma » aux éditions LIM-Libreria musicale italiana de Lucques (Italie). Il est l’auteur de plusieurs essais sur l’histoire de l’opéra. Il collabore également avec des revues et des maisons d’opéra (« L’Avant-scène Opéra », Opéra National de Paris).

Laisser un commentaire Annuler la réponse

Sauvegarder mes informations pour la prochaine fois.

This site uses Akismet to reduce spam. Learn how your comment data is processed.

post précédent
Robert Badinter : mort d’un humaniste, librettiste et féru d’opéra
prochain post
Opéra de Nice : ERMONELA, DIVINA !

Vous allez aussi aimer...

Un Couronnement de Poppée très contemporain à l’Opéra...

17 juin 2026

Jules César en Égypte de Haendel : un...

16 juin 2026

Giulio Cesare in Egitto di Händel: un debutto...

16 juin 2026

La Vie parisienne au Châtelet, ou la joyeuse basse-cour ! 

16 juin 2026

Opéra Bastille, La traviata toujours : Pretty Yende retrouve...

14 juin 2026

Bach (Cantates II : Actus tragicus) à Versailles :...

14 juin 2026

Teatro Regio de Turin – Tosca, ou la...

14 juin 2026

La spiritualité des Quattro pezzi de Verdi à...

14 juin 2026

Théâtre des Champs-Élysées : Marc Minkowski a-t-il du...

14 juin 2026

Philharmonie de Paris : sous la baguette de Mirga...

13 juin 2026

Humeurs

  • Covent Garden et la Monnaie de Bruxelles solidaires de Paata Burchuladze

    14 mai 2026

En bref

  • Les brèves de juin –

    15 juin 2026
  • Ça s’est passé il ya 200 ans : création de Don Gregorio de Gaetano Donizetti

    11 juin 2026

La vidéo du mois

Édito

  • L’été des festivals : la parenthèse enchantée qu’attendent tous les lyricophiles !

    3 juin 2026

PODCASTS

PREMIÈRE LOGE, l’art lyrique dans un fauteuil · Adriana Gonzàlez & Iñaki Encina Oyón – Mélodies Dussaut & Covatti

Suivez-nous…

Suivez-nous…

Commentaires récents

  • Amandine FK dans Opéra Bastille, La traviata toujours : Pretty Yende retrouve la production de ses débuts dans le rôle de Violetta
  • Teulon Lardic sabine dans Les brèves de juin –
  • Marc Dumont dans Philharmonie de Paris : sous la baguette de Mirga Gražinytė-Tyla, un War Requiem d’exception
  • Didier Beauvois dans Bach (Cantates II : Actus tragicus) à Versailles : le souffle profond de Gardiner
  • Maurice Dinard dans Bach (Cantates II : Actus tragicus) à Versailles : le souffle profond de Gardiner

Première loge

Facebook Twitter Linkedin Youtube Email Soundcloud

Keep me signed in until I sign out

Forgot your password?

Login/Register

Keep me signed in until I sign out

Forgot your password?

Rechercher

Archives

  • Facebook
  • Twitter
  • Youtube
  • Email
Première Loge
  • Accueil
  • À Voir
  • Avant-concerts
  • Vu pour vous
  • Artistes
  • Œuvres
  • Médiathèque
  • Humeurs

A découvrirx

Un Couronnement de Poppée très contemporain...

17 juin 2026

Jules César en Égypte de Haendel...

16 juin 2026

Giulio Cesare in Egitto di Händel:...

16 juin 2026