À la une
À Lille, L’Affaire Makropoulos ou l’immortalité comme malédiction
Se préparer au Prophète, Théâtre des Champs-Élysées, 28 mars 2026
Quand l’audace lyrique se joue loin de Paris…
Cycle « À armes égales » avec Eva Zaïcik au musée de l’Armée : la revanche...
Jurassik lyrique à Genève
Se préparer à Ermione, Opéra de Marseille, 22 et 24...
La vidéo du mois – Anne Sofie von Otter chante...
Les brèves de février –
À Bruxelles, un Benvenuto jouant la carte de la luxuriance...
PAATA BURCHULADZE : quatre mois déjà
  • Accueil
  • À Voir
  • Avant-concerts
  • Vu pour vous
  • Artistes
  • Œuvres
  • Médiathèque
  • Humeurs
Première Loge

Pour ne rien manquer de l'actualité lyrique, restons en contact !

Compte renduConcertVu pour vous

Dijon : Pelléas et Mélisande en miroir des Boréades, un couplage séduisant

par Pierre Brévignon 16 janvier 2026
par Pierre Brévignon 16 janvier 2026
Photo : site de l'Opéra de Dijon
0 commentaires 2FacebookTwitterPinterestEmail
494

Concert Debussy – Rameau, Opéra de Dijon, jeudi 15 janvier 2026

Il ne leur manque que la parole : Debussy et Rameau à l’épreuve de l’orchestre

L’exercice est une tarte à la crème au concert comme au disque, mais toutes les tartes à la crème ne sont pas indigestes. Réunir sur la même affiche le père de l’harmonie moderne et Monsieur Croche semble aller de soi, et pas seulement parce que le second à rendu hommage au premier dans ses Images pour piano et ses nombreux écrits. Debussy a eu maintes fois l’occasion de dire son admiration pour son aîné, louant son « élégance d’écriture » autant que sa « forme si finement rigoureuse », et voyant dans Rameau un « double de Watteau ». Autant de qualités mises en exergue dans le programme concocté par Sir Gardiner pour le « Philhar », révélant par contraste celles de l’esthétique debussyste : la forme si délicatement brumeuse d’un double de Puvis de Chavannes.

L’entrelacement des œuvres favorise cette comparaison. Comme un éventail se déployant, les trois premiers actes de Pelléas et Mélisande et la Première Suite des Boréades s’enchaînent à la Seconde Suite de la tragédie lyrique de Rameau et aux actes IV et V de l’opéra de Debussy, assortis d’un extrait de son Enfant prodigue. Une sélection purement orchestrale réalisée par le chef britannique – à qui l’on doit la redécouverte des Boréades voilà plus de cinquante ans -, sur laquelle se greffent trois airs chantés par la soprano autrichienne Anna Prohaska.

C’est à la chanteuse que l’on doit le premier frisson de la soirée. Alors que les sortilèges debussystes enveloppent l’Auditorium de Dijon depuis quatre numéros, avec leurs couleurs savamment archaïques, la voix d’une pureté irréelle surgit des hauteurs – un balcon d’avant-scène – pour laisser Mélisande invoquer les Saints ayant présidé à sa naissance. La ligne est fluide, le timbre précis, l’incarnation – en quelques secondes – immédiate.

Contraste dans la continuité avec les deux Suites des Boréades, où le Philharmonique de Radio France – réduit en effectif pour l’occasion – rend pleinement justice aux sonorités acides, à la verve, mais aussi à l’expressionnisme de la partition la plus avant-gardiste de Rameau. Dans la vivacité des contredanses, menuets et gavotte comme dans la sobre dignité de la Loure (acte II) ou de l’Entrée de Polymnie, la mise en place orchestrale est irréprochable. Gardiner s’y entend comme nul autre pour mettre en évidence la variété d’atmosphères d’une partition qu’il connaît par cœur.

La prestation d’Anna Prohaska, de retour cette fois au côté du podium, pour « Un horizon serein… » appelle en revanche plusieurs réserves. Si la virtuosité est bien au rendez-vous, avec ses vocalises « orageuses », la diction est approximative et le timbre soudain plus serré semble peiner face à l’orchestre – un problème évité dans son air de Mélisande, en grande partie a cappella. Même constat dans l’air de Lia, tiré de la cantate de jeunesse ayant valu à Debussy son prix de Rome et qui, avec son récitatif et son air de fureur (ou plutôt de révolte), forme comme le trait d’union entre Rameau et Debussy. La soprano y trouve néanmoins des accents d’une justesse poignante pour dire la souffrance d’une mère séparée de son enfant. De la tendre évocation initiale au tragique questionnement final, « Pourquoi m’as-tu quitté ? », Anna Prohaska campe une mater dolorosa convaincante et finit par emporter l’adhésion.

(Repris le 16 janvier à la Philharmonie de Paris, le concert sera retransmis par France Musique.)

Les artistes

Anna Prohaska, soprano
Orchestre philharmonique de Radio France, dir. Sir John Eliot Gardiner

Le programme

Pelléas et Mélisande (suite)
Suite d’après l’opéra de Claude Debussy, créée le 30 avril 1902 à l’Opéra-Comique de Paris 

Air de Lia, « L’année en vain chasse l’année… »
Air tiré de L’Enfant prodigue, cantate de Claude Debussy, créée le 27 juin 1885 à l’Académie des Beaux-Arts de Paris

Les Boréades (suite)
Suite d’après la tragédie lyrique en cinq actes de Jean-Philippe Rameau sur un livret de Louis de Cahusac. Création en concert le 14 avril 1975 au Queen Elizabeth Hall de Londres. Création scénique le 21 juillet 1982 au Festival lyrique d’Aix-en-Provence.

image_printImprimer
John Eliot GardinerAnna Prohaska
0 commentaires 2 FacebookTwitterPinterestEmail
Pierre Brévignon

Pierre Brévignon jongle avec les mots et les notes, tour à tour dans les programmes de l'Opéra de Paris, de la Cité de la Musique, du Théâtre du Châtelet, dans les livrets de CD, dans les salles de conférence de la Philharmonie, au sein de l'Association Capricorn (www.samuelbarber.fr) ou dans les livres qu'il consacre à sa passion : la première biographie française de Samuel Barber ("Samuel Barber, un nostalgique entre deux mondes", éditions Hermann, 2012), le "Dictionnaire superflu de la musique classique" (avec Olivier Philipponnat, Castor Astral, 2015) et "Le Groupe des Six, une histoire des années folles" (Actes Sud, 2020).

Laisser un commentaire Annuler la réponse

Sauvegarder mes informations pour la prochaine fois.

This site uses Akismet to reduce spam. Learn how your comment data is processed.

post précédent
Entretien – Pier Luigi Pizzi : « Verdi est le paradigme de l’Opéra ! »
prochain post
À La Seine Musicale, les contradictions d’un Requiem allemand

Vous allez aussi aimer...

À Lille, L’Affaire Makropoulos ou l’immortalité comme malédiction

6 février 2026

Cycle « À armes égales » avec Eva Zaïcik au musée de l’Armée...

5 février 2026

Jurassik lyrique à Genève

5 février 2026

À Bruxelles, un Benvenuto jouant la carte de...

4 février 2026

SIMON BOCCANEGRA revient dans les lieux de sa...

2 février 2026

Bon sang ne saurait mentir – Les Dessay-Naouri, un...

2 février 2026

La Clémence de Titus à Nice, une sacrée...

31 janvier 2026

8ᵉ Concours Voix des Outre-mer : le talent et...

31 janvier 2026

Sur la scène de l’Opéra de Nancy, les...

31 janvier 2026

Parme, Orfeo ed Euridice – Humain, trop humain...

31 janvier 2026

Humeurs

  • PAATA BURCHULADZE : quatre mois déjà

    2 février 2026

En bref

  • La vidéo du mois – Anne Sofie von Otter chante Göttingen de Barbara

    5 février 2026
  • Les brèves de février –

    5 février 2026

La vidéo du mois

Édito

  • Quand l’audace lyrique se joue loin de Paris…

    6 février 2026

PODCASTS

PREMIÈRE LOGE, l’art lyrique dans un fauteuil · Adriana Gonzàlez & Iñaki Encina Oyón – Mélodies Dussaut & Covatti

Suivez-nous…

Suivez-nous…

Commentaires récents

  • Camillo FAVERZANI dans SIMON BOCCANEGRA revient dans les lieux de sa création dans la nouvelle production de Luca Micheletti
  • Marc Aldou dans LA MISE EN SCENE D’OPERA, NOUVELLE QUERELLE DES ANCIENS ET DES MODERNES ?
  • ARMAND ALEGRIA dans SIMON BOCCANEGRA revient dans les lieux de sa création dans la nouvelle production de Luca Micheletti
  • Bensaid dans La Clémence de Titus à Nice, une sacrée salade
  • Grislain dans La Clémence de Titus à Nice, une sacrée salade

Première loge

Facebook Twitter Linkedin Youtube Email Soundcloud

Keep me signed in until I sign out

Forgot your password?

Login/Register

Keep me signed in until I sign out

Forgot your password?

Rechercher

Archives

  • Facebook
  • Twitter
  • Youtube
  • Email
Première Loge
  • Accueil
  • À Voir
  • Avant-concerts
  • Vu pour vous
  • Artistes
  • Œuvres
  • Médiathèque
  • Humeurs

A découvrirx

À Lille, L’Affaire Makropoulos ou l’immortalité...

6 février 2026

Cycle « À armes égales » avec Eva Zaïcik au musée...

5 février 2026

Jurassik lyrique à Genève

5 février 2026