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Épatant retour de Così fan tutte au Palais Garnier !

par Camillo Faverzani 11 juin 2024
par Camillo Faverzani 11 juin 2024

© Benoîte Fanton / OnP

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Così fan tutte, Palais Garnier, 10 juin 2024

Reprise de Cosi dans la production créée en 2017 : le spectacle se caractérise par une rare fraîcheur qui en fait l’une des meilleures réussites de l’Opéra national de Paris de ces dernières années

Un centre dont on s’éloigne

La mise en scène chorégraphiée d’Anne Teresa De Keersmaeker est bien connue du spectateur parisien, puisqu’il s’agit de sa deuxième reprise depuis sa création, toujours au Palais Garnier, l’hiver 2017, relayée par la série de septembre-octobre de la même année. Rappelons donc brièvement ses lignes directrices et ses temps forts. Les coulisses du théâtre en guise de décor unique, conçu par Jan Versweyveld, entièrement peint en blanc, des panneaux transparents sur les deux côtés. Les six personnages doublés chacun d’un danseur, devant « rendre visible l’intérieur de ce personnage », comme nous le rappelle dans le programme de salle Jan Vandenhouwe, auteur de la dramaturgie. La tension entre un cercle central et ses trajectoires. Un centre dont on s’éloigne, symbole du tournant d’une époque, ajoute la metteure en scène elle-même : la Révolution de l’année précédente, la mort prochaine de Mozart. La danse entendue comme « une troisième voix visible, après le texte et la musique. Une gestuelle des mains à la Bob Wilson, doublée de mouvements harmonieux de la tête et du buste qui ont la qualité appréciable de ne jamais mettre les chanteurs en péril.

Tous les interprètes apparaissent à la scène dès le premier trio des hommes, afin de signifier sans doute que les femmes ne sont pas dupes de leur supercherie, voire qu’elles la secondent. De beaux costumes contemporains, plutôt épurés, dessinés par An D’Huys, où la couleur pointe par moment : les uniformes des appelés et du chœur les convoyant à la guerre, puis les capes et les chemises des supposés Albanais, bleue pour Ferrando, violette pour Guglielmo. Le tout inspirant une rare fraîcheur qui, sur le plan visuel, fait de ce spectacle l’une des meilleures réussites de l’Opéra national de Paris de ces dernières années.

Un sextuor vocal qui s’intègre à la perfection

Le sextuor vocal s’y intègre à la perfection, par une aisance à la fois scénique et musicale. Si le premier air de la Dorabella d’Angela Brower (« Smanie implacabili ») sonne quelque peu banal, celui de l’acte II (« È amore un ladroncello ») se singularise par l’éclat de son insouciance. Du premier duo avec sa sœur (« Ah, guarda, sorella ») ressort la longueur de son souffle – et le soin de la ligne chez Vannina Santoni –, tandis que le second (« Prenderò quel brunettino ») est désopilant de comique, et le terzettino avec Alfonso (« Soave sia il vento») est empreint d’émotion.

La Fiordiligi de la soprano française aborde en douceur son aria de l’acte I (« Come scoglio immoto resta »), quelque peu en contradiction avec la solidité de la comparaison qui voudrait la fidélité de la jeune femme inébranlable comme un rocher dans la mer, bien qu’une plus grande conviction se précise dès la reprise de la strophe, émaillée de vocalises sagement égrenées et d’un crescendo miraculeux. Cependant que le rondò du doute (« Per pietà, ben mio, perdona ») se distingue par la fluidité du phrasé, la variation des couleurs et un sens prononcé du drame qu’elle partage par ailleurs avec le Ferrando de Josh Lovell.

Si nos sources sont bonnes, le ténor canadien fait aujourd’hui ses débuts remarqués sur la première scène lyrique nationale par une prise de rôle tout aussi remarquable. Quel couple idéal forment-ils dans le duo menant à l’épilogue (« Tra gli amplessi in pochi istanti ») !!! Quels prodigieux pianissimi !!! Auparavant, comment ne pas succomber à « Un’aura amorosa » séducteur en diable, malgré quelques imperceptibles écarts d’intonation au tout début – sans doute dus au trac de la première –, et aux accents et teintes de la cavatine du désespoir (« Tradito, schernito »).

Mozartien jusqu’au bout des ongles, Gordon Bintner fait résonner le beau grave de son timbre dès la scène initiale, son premier air (« Non siate ritrosi ») donnant à Guglielmo des inflexions à la Don Giovanni. Guerrier à souhait, l’allegretto de l’acte II (« Donne mie, la fate a tanti ») vient confirmer l’outrecuidance du duo précédent avec Dorabella où les deux voix se marient à la perfection.

Déjà Don Alfonso dans les deux premières séries de représentations de 2017, Paulo Szot – jadis Guglielmo, en juin-juillet 2011, dans la production d’Ezio Toffolutti, encore au Palais Garnier – mène très intensément la danse, dans un aboutissement qui trouve son apogée dans l’andante moralisant (« Tutti accusan le donne, ed io le scuso »). Très idiomatique dans le sillabato du quatuor de l’acte II («  La mano a me date »), il est en cela secondé par le mordant de la Despina de Hera Hyesang Park – très brillant « In uomini, in soldati » – dont les notes dardées s’envolent du sextuor de l’acte I. Mené par la verve de Ferrando et de Guglielmo, ce bel exemple de la grande cohésion de l’ensemble des interprètes se confirme dans le finale I, puis dans le canon de l’éblouissant finale II (larghetto « E nel tuo, nel moi bicchiero »), on ne peut plus harmonieux.

Une soirée aussi scéniquement délicieuse que musicalement heureuse

Comme toujours exceptionnels, les chœurs de l’Opéra national de Paris savent consciencieusement alterner l’éclat nécessaire au chant martial et la juste mesure du commentaire à la scène du prétendu mariage. Pablo Heras-Casado dirige avec bonheur les forces de la maison, malgré quelques incertitudes dans la maîtrise des vents et des cuivres, surtout dans l’ouverture d’un titre qu’il aborde vraisemblablement pour la première fois.

Public enthousiaste au rideau final. Comment ne pas le suivre après une soirée aussi scéniquement délicieuse que musicalement heureuse. Così fan tutte, « Così fan tutti », comme aurait dit Michaël Pomero, l’autre Guglielmo de cette riche production.

Les artistes

Fiordiligi : Vannina Santoni / Cynthia Loemij
Dorabella : Angela Brower / Samantha van Wissen
Despina : Hera Hyesang Park / Marie Goudot
Ferrando : Josh Lovell / Julien Monty
Guglielmo : Gordon Bintner / Michaël Pomero
Don Alfonso : Paulo Szot / Boštjan Antončič

Orchestre et Chœurs de l’Opéra national de Paris,

dir. Pablo Heras-Casado et Alessandro Di Stefano

Mise en scène, chorégraphie : Anne Teresa De Keersmaeker

Décors, Lumières : Jan Versweyveld

Costumes : An D’Huys

Dramaturgie : Jan Vandenhouwe

Le programme

Così fan tutte

Dramma giocoso en deux actes de Wolfgang Amadeus Mozart, livret de Lorenzo Da Ponte, créé au Burgtheater de Vienne le 26 janvier 1790.

Paris, Palais Garnier, 10 juin 2024

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Anne Teresa De KeersmaekerVannina SantoniAngela BrowerJosh LovellHera Hyesang ParkGordon BintnerPaulo SzotPablo Heras-Casado
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Camillo Faverzani

Professeur de littérature italienne à l’Université Paris 8, il anime le séminaire de recherche « L’Opéra narrateur » et dirige la collection « Sediziose voci. Studi sul melodramma » aux éditions LIM-Libreria musicale italiana de Lucques (Italie). Il est l’auteur de plusieurs essais sur l’histoire de l’opéra. Il collabore également avec des revues et des maisons d’opéra (« L’Avant-scène Opéra », Opéra National de Paris).

2 commentaires

antonio meneghello 17 juin 2024 - 18 h 34 min

Professor Faverzani gives us another very interesting review.
For the past fifty years the teacher has taught in Paris where he has been able to rejoice the masterpieces that the Ville Lumiere has hosted and seen flourish.
The critic is known for his careful analysis of stage languages ​​and does not lack rigorous severity but creates an expectation and entices the public, especially young people, to cross the thresholds of theaters, places of collective growth .
The choreography and the voices, the costumes and the orchestra, unleash the art of Mozart, which Camillo Faverzani presented in his recent fundamental and entertaining essay on the Italian libretto: “Il tradimento di Leporello”. Opera as a bulwark against ignorance and war.

Répondre
FAVERZANI 18 juin 2024 - 0 h 22 min

Fifty years are perhaps too much. Thirty, why not? Thank you anyway!!!

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