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Théâtre des Champs-Élysées : Marc Minkowski a-t-il du chœur dans les oratorios de Haendel ?

par Hugues Rameau 14 juin 2026
par Hugues Rameau 14 juin 2026
© Marco Borggreve
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Concert Haendel et Vivaldi, Théâtre des Champs-Élysées, jeudi 11 juin 2026,

Pour la troisième fois cette saison, après la production de Robinson Crusoé d’Offenbach et un époustouflant Orlando en version ce concert, Marc Minkowski revient au Théâtre des Champs-Élysées à nouveau avec Haendel. À la tête des Musiciens du Louvre, le chef revisite des oratorios gravés au disque en 1999 en réservant quelques surprises…

Marc Minkowski, Les Musiciens du Louvre et Haendel forment un triangle parfait que les mélomanes admirent depuis les débuts du chef français et de son ensemble. À la liste des succès à la scène s’ajoutent de nombreux enregistrements marquants comme celui d’Ariodante pour n’en citer qu’un. Dans la veine des parutions lyriques chez Deutsche Grammophon et Archiv, l’époustouflant Dixit Dominus, le Salve Regina et d’autres oratorios ont été gravés en 1999 et ont remporté un succès critique évident grâce au talent et à l’intrépidité de Minkowski, éminent haendélien. Presque 30 ans après, le chef remet l’ouvrage sur le métier, au Théâtre des Champs-Élysées ce 11 juin 2026, avec au programme les deux chefs-d’œuvre couplés à des pièces de Vivaldi. Il eût été aisé de refaire à l’identique mais l’artiste a préféré faire confiance à son instinct en proposant une variante de taille.

© Hugues Rameau

Haendel en effectif réduit et Vivaldi intime

Dans le Nisi Dominus de Haendel, les mélomanes remarquent une disposition inhabituelle avec un chœur réduit. Composée de dix artistes incluant les six solistes, la formation surprend avec des individualités marquées qui composent malgré tout un ensemble. Dans leur partie solo, Arnaud Gluck, qui faisait des débuts sur la scène mythique de l’avenue Montaigne, et Petr Nekoranec, artiste bien connu et apprécié, se détachent sans peine dans cet ouvrage. Grâce à son timbre homogène et à une belle entrée en douceur avec un aigu gracile, le contreténor convainc facilement tandis que le ténor déploie sa belle aisance vocale – même déséquilibré, juché sur des béquilles, la jambe en attelle. Autre surprise, la présence de Rachel Podger, grande dame du violon baroque dans les rangs des Musiciens du Louvre est un luxe qui sera apprécié plusieurs fois au cours de la soirée comme dans ce trop court Concerto « Alla rustica » RV 151. Les auditeurs de France Inter qui auront reconnu le générique de l’incroyable émission parodique « À votre écoute, coûte que coûte » n’auront pu réfréner un sourire bien vite effacé par la direction incisive et par le rythme implacable du chef. Aussi à l’aise avec les tempos chez Vivaldi que chez Haendel, Les Musiciens du Louvre vont déployer un tapis de sonorités pour accueillir Monika Jägerová, interprète du Stabat Mater RV 621. La jeune artiste possède toutes les qualités vocales (longueur de souffle, beauté plastique) pour servir le chef-d’œuvre, mais il lui manque encore l’intériorité et la gravité des mots pour véritablement l’incarner. Quelques moments suspendus avec des pianissimos minkowskiens inouïs ou encore de forte expressivité (« Eia Mater, fons amoris ») provoquent admiration puis les applaudissements attendus.

Superbes solistes mais les cœurs s’emballent pour Lydia Hoen Tjore

Après l’entracte, Marc Minkowski a pris la parole pour dédier ce concert à celle qui fut une grande haendélienne et une amie très chère des Musiciens du Louvre, la très regrettée Felicity Lott. Il en a profité également pour « expliquer » ce choix de chœur réduit, non pas par manque de moyens, mais par un « instinct musicologique » pas forcément historiquement attesté. Dans le passionnant programme de salle, sous la plume du grand spécialiste Ivan Alexandre, l’on comprend que bien des mystères entourent la création su Salve Regina et du Dixit Dominus à commencer par le lieu. Une hypothèse voudrait que seule une capella de cinq solistes aurait été utilisée pour le Dixit Dominus en l’église Saint-Pierre de Frascati (et non pas à Rome comme on le pense). L’expérience du concert est intéressante mais peut trouver ses limites dans l’hétérogénéité des voix solistes lorsque l’une d’elles se détache trop. C’est le cas avec la soprano Song Hee Lee, délicate interprète mais avec un instrument clair qui se fond plus difficilement dans l’ensemble. À ses côtés, Monika Jägerová, Petr Nekoranec et Arnaud Gluck continuent d’enchanter (le contreténor faisant preuve d’une belle projection et d’expressivité) comme Trevor Eliot Bowes, basse solide… mais Haendel a réservé ses plus belles pages à la soprano II. Lydia Hoen Tjore est la révélation de la soirée. Le timbre légèrement moiré est phonogénique et se glisse pourtant dans le chœur avec humilité. La voix entre en parfaite harmonie entourée des deux violons et du continuo dans le « Eia ergo advocata nostro » du Salve Regina qu’elle incarne avec naturel. La ligne vocale épouse parfaitement le style haendélien avec une vocalise soignée, un trille bien placé et une longueur de souffle admirable. Dans le Dixit Dominus, les mélomanes retrouvent les marqueurs de Marc Minkowski qui ose les attaques puissantes et cette folie qui finit par tout emporter, sauf la justesse ! Un « bravo » intempestif n’aura pas permis de goûter à la note bleue. Peu importe, le chef et ses interprètes offriront le final dans trois bis généreux avec un extrait du concerto de Vivaldi (dirigé par le ténor Clément Pottier, actuel chef assistant des MDL) et le duo de soprano peut-être plus merveilleux encore. Les Champs-Élysées sacrent à nouveau Haendel et Vivaldi, servis par des interprètes en état de grâce et une direction de Marc Minkowski toujours aussi génialement inspirée.

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Retrouvez Petr Nekoranec en interview ici !

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Les artistes

Song Hee Lee, soprano
Lydia Hoen Tjore, soprano
Monika Jägerová, alto 
Arnaud Gluck, contreténor
Petr Nekoranec, ténor
Trevor Eliot Bowes, basse

Les Musiciens du Louvre, dir. Marc Minkowski

Le programme

Haendel : Nisi Dominus HWV 238
Vivaldi : Concerto « Alla rustica » RV 151
Stabat Mater RV 621
Haendel : Salve Regina HWV 241 ; Dixit Dominus HWV 232

Paris, Théâtre des Champs-Élysées, représentation du jeudi 11 juin 2026

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Marc MinkowskiArnaud GluckSong Hee LeeLydia Hoen TjoreMonika JägerováTrevor Eliot BowesPetr Nekoranec
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Hugues Rameau

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