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Un somptueux Orlando au Théâtre des Champs-Elysées devenu Olympe

par Frédéric Meyer 22 mars 2026
par Frédéric Meyer 22 mars 2026
© Benjamin Chelly
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Orlando, Théâtre des Champs-Élysées, jeudi 19 mars 2026

En cette veille de printemps, on espérait beaucoup de cet Orlando, un des plus beaux opéras de Haendel, en version de concert, proposé dans un dispositif scénique réduit au strict minimum : juste un acteur incarnant le dieu de l’amour, évoluant au milieu des chanteurs placés devant l’orchestre.

Et le miracle eut lieu dès les premières mesures, dès que l’on vit comment Marc Minkowski, à peine entré en scène, lança l’œuvre avec fougue. Comment évoquer en quelques lignes ces trois actes et deux heures quarante de musique, quand chaque moment de la soirée évolua entre le très bon… et la perfection ?

Aude Extremo campe un formidable Orlando. Elle impressionne par une présence scénique phénoménale, la gestion impeccable des gestes et expressions du visage dans les moments de colère. Mais, surtout, sa puissance vocale tout au long de ces trois actes donne le tournis. Chacun de ses airs est une pure leçon de chant, par la maîtrise totale de sa voix chaude et une technique lui permettant d’orner magnifiquement la ligne de chant tout au long des trois actes, avec une justesse et une précision quasi surnaturelles ! On retiendra surtout « Fammi combattere » (acte I), incroyable de conviction, où elle rivalise dans un équilibre parfait avec deux cors impeccables, que le chef fera d’ailleurs applaudir. Les murs des Champs-Élysées en tremblent encore… L’air de la folie de l’acte 2 « Ah ! Stigie larve » est d’une noirceur à faire peur, et le « Gia l’ebro mia ciglio » de l’acte III, où Orlando, allongé, est sous les charmes de la potion magique, est une merveille absolue. Accompagnée seulement de deux contrebasses et de deux violons dont un est venu s’agenouiller devant elle, la chanteuse atteint ici un rare degré d’émotion emplie de sérénité…

Ana Maria Labin, soprano roumaine, incarne formidablement une Angelica tourmentée par les remords d’avoir quitté Orlando. À l’acte I, elle déploie dans « Se fedel vuoi ch’io ti creda » une incroyable palette de couleurs malgré une voix tout en retenue. L’air des adieux du deuxième acte « Verdi piante », pendant lequel Minkowski modère à chaque instant son orchestre pour permettre à la voix de pleinement s’exprimer, est quant à lui de toute beauté.

Alina Wunderlin, soprano allemande, est une formidable Dorinda, à la fois pimpante et ingénue mais d’une remarquable expressivité grâce à sa voix cristalline qui lui permet d’aborder chacun de ses rôles avec une facilité déconcertante. Si l’émotion qu’elle communique dans l’air des bijoux du deuxième acte « Se mi rivolgo al prato » montre une technique déjà bien ancrée, l’air du troisième acte « Amore è qual vento » est un moment de grâce des plus mémorables, qui laissera littéralement l’auditoire béat d’admiration. Cinq minutes de puissantes vocalises en fusion totale avec un orchestre survolté susciteront dans la salle un tourbillon de vivats tel que le chef ira chercher la chanteuse dans les coulisses afin de la faire encore plus applaudir !

Yuriy Mynenko, contre-ténor ukrainien, s’est spécialisé dans le répertoire baroque. Il est ici un Medoro timide et craintif. Dans l’air du premier acte « Se il cor mai ti dira », où il ment à Dorinda en faisant passer Angelica pour sa patiente, la voix est assurément forte et bien placée, mais manque un rien d’émotion. À l’acte 3, « Vorrei poterti amar » permet de profiter de toutes les facettes, expressives et vocales, de son talent.

Edward Jowle, basse anglaise, est un très bon Zoroastro de haute stature, mais on le sent chanter avec moins de naturel que ses partenaires. Ainsi à l’acte 1 l’air « Lascia Amor » montre la maîtrise parfaite des graves tout en puissance, mais aurait gagné à être chanté de façon moins statique. Beaucoup plus assuré à l’acte 2, « Tra caligini profonde » révèle un rôle plus habité, avec une voix encore plus puissante et profonde.

Enfin, on se souviendra longtemps de l’éblouissant trio (Dorinda, Angelica, Dorinda) qui clôt l’acte 1 « Consolati o bella » et réunit pendant quelques trop courtes minutes, entre ciel et terre, le génie de l’écriture de Haendel, et le talent des interprètes. La perfection existerait-elle donc toujours après le fabuleux Orlando de René Jacobs ?…

Un mot enfin sur Les Musiciens du Louvre, ensemble créé en 1979 par un jeune Minkowski de 19 ans. Grâce à lui, cet ensemble est devenu et reste un des meilleurs acteurs de la musique baroque. Faire un sort à l’excellence des deux contrebasses et des vents serait injuste tant chaque pupitre a brillé par ses qualités. On est toujours confondu, après tant d’années, par le charme d’un chef qui a gardé la même fougue, la même battue précise et sans esbrouffe. La manière qu’il a de réguler chaque pupitre (ceux des cordes en particulier, tous excellents) n’est pas sans rappeler l’art du grand Carlos Kleiber.

Merci au Théâtre des Champs Elysées d’avoir pu nous permettre de partager ces quelques moments de pur bonheur !

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Les artistes

Orlando : Aude Extremo
Angelica : Ana Maria Labin
Medoro : Yuriy Mynenko
Dorinda : Alina Wunderlin
Zoroastro : Edward Jowle

Les Musiciens du Louvre, dir. Marc Minkowski
Mise en espace : Loïc Richard

Le programme

Orlando

Opera seria en trois actes de Georg Friedrich Haendel d’après L’Arioste, créé le 27 janvier 1733 au King’s Theatre à Londres.
Théâtre des Champs-Élysées, concert du jeudi 19 mars 2026.

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Ana Maria LabinYuriy MynenkoAlina WunderlinEdward JowleAude ExtrémoMarc Minkowski
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Frédéric Meyer

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