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Anne-Lise Polchlopek en récital salle Cortot : le charme de l’éclectisme

par Stéphane Lelièvre 11 février 2024
par Stéphane Lelièvre 11 février 2024
© Première Loge
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2,6K

En septembre 2022, Laurent Bury avait déjà signalé à l’attention des lecteurs de Première Loge le talent d’Anne-Lise Polchlopek, à l’occasion d’un récital donné au Musée d’Orsay. C’est avec curiosité et impatience que nous nous sommes donc rendu salle Cortot en ce samedi 10 février, où la mezzo française proposait un programme à l’éclectisme assumé : opéra baroque anglais ou italien, opéra-bouffe Second Empire, opéra français, mélodie française ou anglaise du XXe siècle, vérisme, bel canto… Qui dit mieux ? Le programme, en tout cas, aura permis de mettre en valeur la remarquable adaptabilité stylistique de l’interprète, ainsi que ses grandes qualités vocales, techniques et interprétatives. La voix d’Anne-Lise Polchlopek est d’une belle homogénéité, avec un grave chaleureux, un aigu franc, et une liaison entre les registres d’un grand naturel. Si l’on sent la chanteuse particulièrement à l’aise dans la mélodie et l’opéra français (elle a remporté l’an dernier le Grand prix de la mélodie au Concours international de Toulouse), elle ne se montre pas moins convaincante dans le Didon et Énée de Purcell ou Le couronnement de Poppée de Monteverdi. De la reine de Carthage, Anne-Lise Polchlopek possède la grandeur de ton mais aussi la tristesse noble et pudique, avec un « Remember me » dont la reprise pianissimo est poignante… comme le sont les exclamations douloureuses qui ouvrent les adieux à Rome, touchants de sobriété et d’émotion contenue. Le répertoire italien plus tardif, au service duquel la mezzo met cette fois-ci une chaleur expressive très bienvenue, est représenté par l’air de Musette extrait de la rare Bohème de Ruggiero Leoncavallo, le « Sole e amore » de Puccini (qui préfigure le quatuor clôturant l’acte III de La bohème…), et l’air de Leonora de La favorita (en italien : dommage…), dont les écarts vocaux sont bien maîtrisés et dont la chanteuse met parfaitement en valeur le contraste opposant le lancinant  « O mio Fernando » à la fougueuse cabalette. Merci enfin à Anne-Lise Polchlopek d’avoir proposé quelques raretés, telles « La Princesse sans cœur » d’Holmès, ou encore la très belle « Scène de Phèdre » de Viardot.

Au piano, la jeune Anna Giorgi, actuellement en formation au CNSMD de Paris dans les classes d’accompagnement vocal d’Anne le Bozec et Emmanuel Olivier, fait déjà montre d’une très belle complicité avec sa partenaire dont elle suit, soutient et illustre le chant avec précision et raffinement. Les deux courtes pièces pour piano « La fille aux cheveux de lin » de Debussy et « Mélisande » de Mel Bonnis permettent par ailleurs de bien mettre en valeur le raffinement mais aussi l’expressivité de son jeu.

Le public, conquis, réclame un bis : ce sera le délicieux « À Chloris » de Reynaldo Hahn, offert avec tout le charme et toute la simplicité requis par la page. Anne-Lise Polchlopek : plus qu’une artiste prometteuse, un talent déjà confirmé dont nous suivrons les prochaines apparitions avec intérêt !

Les artistes

Anne-Lise Polchlopek, Mezzo-Soprano
Anna Giorgi, piano

Le programme

Héroïnes de rêve et de chair
Itinéraire fantasmé autour de figures féminines mythiques et historiques.

Jacques Offenbach
« On me nomme Hélène la blonde… Dis-moi Venus … », La Belle Hélène

Augusta Holmes 
La princesse sans cœur

Pauline Viardot
Scène de Phèdre, VWV 1009

Henri Purcell
« Thy hand Belinda … When I am laid in earth », Dido and Aenea

Claude Debussy 
La Fille aux cheveux de lin, Premier livre de Préludes (Piano solo)
« La Chevelure », n°2, Trois chansons de Bilitis N° 2 (FL97)

Rebecca Clarke
The Seal man

Charles Gounod
« Où suis-je ? … Ô ma lyre immortelle », Sapho

Mel Bonis
« Mélisande pour miano seul », Femmes de légende

Claudio Monterverdi
Ottavia, Les adieux à Rome, Le couronnement de Poppée

Ruggiero Leoncavallo
« È destin … Marcello mio », air de Musetta, La Bohème

Giacomo  Puccini  
« ⁠Sole e amore »

Gaetano Donizetti
« Fia dunque vero … O mio Fernando », air de Leonora, La Favorita

Bis :
Reynaldo Hahn
« A Chloris »

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Anne-Lise PolchlopekAnna Giorgi
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Stéphane Lelièvre

Stéphane Lelièvre est maître de conférences en littérature comparée, responsable de l’équipe « Littérature et Musique » du Centre de Recherche en Littérature Comparée de la Faculté des Lettres de Sorbonne-Université. Il a publié plusieurs ouvrages et articles dans des revues comparatistes ou musicologiques et collabore fréquemment avec divers opéras pour la rédaction de programmes de salle (Opéra national de Paris, Opéra-Comique, Opéra national du Rhin,...) Il est co-fondateur et rédacteur en chef de Première Loge.

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