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Comique hors les murs : L’éternelle Carmen dans l’arène de la comédie et de la tragédie

par Hugues Rameau 30 septembre 2026
par Hugues Rameau 30 septembre 2026

© Stefan Brion

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Carmen, opéra-paysage itinérant, Opéra-Comique hors les murs à la Cité internationale des Arts, dimanche 27 septembre 2026

Avec sa scène historique fermée pour travaux, l’Opéra-Comique trouve le moyen de faire événement en convoquant la plus célèbre de ses héroïnes : Carmen. C’est dans la cour de la Cité des Arts puis au Collège François Couperin que la bohémienne a enflammé son public entre rires et larmes dans un spectacle à la fois hilarant et déchirant.

Quand Carmen, chef-d’œuvre de l’Opéra-Comique, prend l’air

La Salle Favart, qui a vu naître Carmen le 3 mars 1875, a depuis laissé la fille chérie de Bizet vivre sa vie de chef-d’œuvre. Amputé de sa scène principale en travaux, l’Opéra-Comique a saisi l’occasion de reprendre, hors les murs, un spectacle de Jeanne Desoubeaux « Carmen, opéra-paysage itinérant » pour continuer à faire vivre un mythe, tout en affichant 2 984 représentations au compteur de l’institution.
Créée à la Cartoucherie de Vincennes en 2023 et reprise dans tout l’Hexagone, la mise en scène utilise les espaces ouverts et en plein air, comme la cour extérieure de la Cité internationale des Arts, pour servir de décor à la corrida et à la place où chacun passe, chacun vient. Condensés, l’acte de la taverne de Lillas Pastia et celui de la montagne se déroulent dans la cour du Collège François Couperin où les élèves de la Maîtrise Populaire de l’Opéra-Comique étudient. Le soleil étant de la partie le dimanche 27 septembre 2026, les spectateurs n’ont eu d’autre choix que de suivre les ordres des guérilleras très en verve. Agathe Peyrat (Frasquita) et Pauline Leroy (Mercedes) nous plongent toutes, acquises à la cause, en pleine immersion d’un spectacle où le rire côtoie le drame de la plus intelligente des façons.

Je ne suis pas femme à trembler devant lui !

« Toutes », en effet, car les espiègles meneuses de bande accueillent le public, hilare, comme de nouvelles recrues en nous mettant en garde contre les comportements masculins inappropriés et en nous délivrant un cours d’auto-défense. Il faut un sacré tempérament pour arriver à mettre debout les spectateurs parisiens, leur faire faire quelques mouvements d’assouplissement et surtout leur faire répéter la prise dite « de la poignée de porte (attraper, tourner, tirer) » ! Chacune dans son registre, Agathe Peyrat la bravache et Pauline Leroy plus soumise s’y emploient à merveille. Il faut un talent remarquable pour délivrer, dans un registre délicieusement humoristique, une parfaite leçon de féminisme d’autant plus entendue qu’elle est universelle.
L’adaptation de Carmen par Jeanne Desoubeaux, à la tête de la compagnie Maurice et les autres, est une réussite parce qu’elle s’appuie sur les deux ressorts essentiels du théâtre : la comédie et le drame. Côté rires, on ne compte plus les trouvailles, toutes plus désopilantes et délectables les unes que les autres, qui interviennent dans le texte mais aussi dans la musique. La Habanera est chantée en trio, « je pense pour moi-même » sans musique et lorsque l’ensemble se retrouve chez Lillas Pastia (Jeanne Desoubeaux entraînante), c’est pour entonner « Les tringles des cistres » façon Karaoké endiablé. Le personnage de Micaëla a disparu comme les enfants de la garde montante et pourtant, les amoureux du chef-d’œuvre de Bizet ne se sentent jamais lésés, une réplique ou un air de musique évoquant les bouts manquants de la partition.

Votre toast, je peux vous le rendre... même en short cycliste !

Vincent Lochet aux vents, Solène Chevalier au violoncelle et Flore Merlin au piano font mieux que survoler la géniale musique, ils l’incarnent dans une phrase certes simplifiée mais toujours parfaitement significative. Ils peuvent compter sur l’ensemble des chanteurs-acteurs qui se saisissent d’une couronne de cymbalettes, de percussions ou de toute sorte d’instruments. L’on n’est pas près d’oublier la trompette kazoo d’un Zuniga complètement déglingué, interprété par Samy Zerrouki avec une vis comica qui enchante.
Dans les rôles de Morales et d’Escamillo, la prestation de Jean-Christophe Lanièce est tout simplement jubilatoire. Sous des airs de parfait abruti, son brigadier rappelle les grandes heures de Fernand Raynaud tandis que, vêtu d’un impayable short cycliste, son toréador est irrésistible de suffisance et de panache. Jouer la comédie avec un art consommé est une chose mais lorsque la voix n’oublie jamais la ligne de chant, qu’elle se permet des diminuendos ou qu’elle varie les couleurs, on surfe sur un niveau d’excellence à saluer avec les honneurs. Entourée de ces fortes personnalités, Anaïs Bertrand campe avec aisance une Carmen qui devient peut-être moins le personnage principal de ce spectacle de troupe. Il n’empêche qu’elle convainc facilement face à Benoît Rameau, Don José complexe. Figure de pure comédie dans la première partie, il concentre ensuite le drame jusqu’au malaise, la metteuse en scène ayant particulièrement réussi à dépeindre son héros. Le gentil garçon un peu benêt, qui explique les vertus de son vélo single-speed, est très attachant, victime des moqueries et, lui aussi, de la masculinité toxique de ses camarades. Dans un geste, celui d’une claque assénée à Carmen lors de « tu m’entendras », le spectacle bascule dans une violence simple et d’autant plus glaçante.
Après ce prélude, dans la scène finale, exemplaire de sobriété, Don José empoigne Carmen par les cheveux pour l’entraîner à l’écart et lui porter les coups fatals. Benoit Rameau déploie une impressionnante palette d’expressions jusque dans son regard halluciné de meurtrier qui provoque l’effroi. Vocalement, « la fleur » en voix de tête offre un moment de grâce avant le déferlement final, maîtrisé. Entre Éros et Thanatos, cette nouvelle Carmen actuelle et si bien pensée pourrait peut-être se rêver en plus grand, sur le plateau rénové de l’Opéra-Comique où elle aurait toute sa place.

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Les artistes

Carmen : Anaïs Bertrand
Don José : Benoît Rameau
Frasquita : Agathe Peyrat
Mercedes : Pauline Leroy
Morales/Escamillo : Jean-Christophe Lanièce
Zuniga : Samy Zerrouki
Lilas Pastia : Jeanne Desoubeaux

Clarinette et vents : Vincent Lochet
Violoncelle : Solène Chevalier
Piano : Flore Merlin

Conception et mise en scène et chorégraphie : Jeanne Desoubeaux
Costumes : Alex Costantino
Lumières : Thomas Coux
Scénographie : Cécilia Galli

Direction musicale : Jérémie Arcache et Igor Bouin
Production : Compagnie Maurice et les autres

Le programme

Carmen

Œuvre d’après l’opéra-comique en quatre actes de Georges Bizet, livret d’Henri Meilhac et Ludovic Halévy, créé à l’Opéra-Comique de Paris le 3 mars 1875.

Opéra-Comique hors les murs à la Cité internationale des Arts, représentation du dimanche 27 septembre 2026. 

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Jean-Christophe LanièceBenoît RameauAnaïs BertrandJeanne DesoubeauxAgathe PeyratPauline LeroySamy Zerrouki
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Hugues Rameau

Hugues Rameau-Crays évolue depuis plus de 30 ans dans le monde lyrique où il a exercé de nombreuses responsabilités et acquis une solide expérience auprès des principales institutions et artistes. Diplômé en études de Lettres à l’université Paris-Sorbonne-Université, il a débuté sa carrière comme responsable des relations extérieures du Cercle Lyrique International, avec comme mentor le journaliste Maurice de Galvert. Directeur artistique de Music & Opera pendant plus de vingt-cinq ans, il y a développé le contenu éditorial du Guide Musique et Opéra autour du Monde et rédigé plusieurs centaines de critiques musicales pour le site Classique C'est Cool. Il rejoint l’équipe de Première Loge comme rédacteur en chef adjoint en 2026.

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