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Le Voyage de Komitas à Palaiseau : un dialogue entre les arts et les âmes

par Stéphane Lelièvre 19 octobre 2025
par Stéphane Lelièvre 19 octobre 2025

© Artur Arzoyan

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© CC BY-SA 3.0

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Le Voyage de Komitas, Théâtre de la Passerelle, Palaiseau, dimanche 19 octobre 2025

À l’occasion du 90e anniversaire de la mort de Komitas, disparu le 20 octobre 1935, un spectacle hommage s’est tenu à Palaiseau sous la direction artistique du ténor Artavazd Sargsyan. Conçu et écrit par ce dernier, le spectacle se distingue d’emblée par son originalité pluridisciplinaire : musique, peinture, danse et théâtre s’y rencontrent dans une véritable expérience de synesthésie.

Dès l’ouverture du spectacle, la représentation surprend : le concert, à peine commencé, est interrompu par un spectateur qui prend la parole. Ce faux trouble-fête, bientôt invité sur scène, se révèle être Komitas lui-même, ou son spectre, revenu d’outre-tombe pour assister à la célébration de son œuvre et partager avec le public certaines anecdotes de sa vie mais aussi certaines de ses convictions artistiques – notamment la place essentielle que notre monde devrait accorder à l’art et à la beauté. Le ton est donné : entre fiction et hommage, entre le réel et le spirituel, la soirée prend des accents de conte poétique.

À peine monté sur scène, Komitas, incarné par le talentueux Paul-Alexandre Dubois, demande si, dans le public, ne se trouvent pas par hasard, une danseur ou une danseuse, un peintre… À  leur tour, deux spectatrices se lèvent : l’une est précisément danseuse, l’autre peintre. Leur intervention parachève la vision de Komitas, qui concevait la musique comme un art total, ouvert à toutes les formes de beauté. La danseuse (Anaïs Kedikian) accompagne de ses mouvements gracieux certaines des pages musicales les plus poignantes, tandis que la peintre (Aghavni Goletsyan), sur scène, crée en direct une toile inspirée du Clair de lune de Debussy — un disque jaune cerclé de bleu, métaphore lumineuse d’un clair de lune perçant la nuit. Peu à peu, le lien entre les arts se tisse : le tronc et les branches noires des arbres sur la toile rappellent la silhouette sombre et les bras de la danseuse, tandis que la lumière jaune évoque tantôt celle de la lampe de Komitas penché sur sa table de travail, tantôt le grand cercle doré derrière lequel apparaîtront en ombres chinoises, au cours du spectacle, le corps de la danseuse puis la silhouette d’Artavazd Sargsyan interprétant une prière arménienne. Cette correspondance entre sons, gestes et couleurs incarne parfaitement l’esprit synesthésique du spectacle.

Le programme musical, quant à lui, rend hommage aux années françaises de Komitas, celles où il fréquenta Debussy, Fauré, Poulenc, Ravel ou encore Saint-Saëns. Le concert prend ainsi la forme d’un dialogue franco-arménien, où se mêlent mélodies françaises et chants traditionnels arméniens. On salue la performance du trio instrumental — un pianiste d’une virtuosité sensible (Francesco Gruppo-Maurel), un violoncelliste à la sonorité chaleureuse (Thibaut Reznieck), un violoniste précis et expressif (Davit Hakobyan) — ainsi que le chant d’ Artavazd Sargsyan, d’une intensité rare. Sa voix, souple et colorée, allie poésie du phrasé et sensibilité musicale, aussi bien quand il chante le répertoire arménien que la mélodie française (émouvante interprétation de « Bleuet »).

Des pages musicales programmées se dégage une mélancolie tantôt douce, tantôt prégnante, évoquant la nostalgie d’une patrie perdue… Mais le spectacle n’en demeure pas moins ponctué de légèreté et d’humour, notamment grâce au comédien incarnant Komitas. On retrouve dans ses interventions le double visage du compositeur : celui d’un homme hanté, mais aussi d’un esprit lumineux, sachant rire, curieux de tout :  profondément humain.

En clôture, la toile achevée révèle le paysage nocturne d’une forêt traversée d’une trouée lumineuse, image métaphorique de l’ensemble du spectacle : une nuit traversée de lumière… ou une forme de douleur transfigurée par l’art et la beauté.

Le public ne s’y est pas trompé et applaudit chaleureusement tous les artistes, séduit par cette création originale, subtile et émouvante, qui mériterait assurément d’être reprise et proposée à un nouveau public…

———————————————————————

Retrouvez ici Artavazd Sargsyan en interview.

Les artistes

Artavazd Sargsyan, ténor et mise en scène
Paul-Alexandre Dubois, acteur
Francesco Gruppo-Maurel, pianiste
 Thibaut Reznieck, violoncelle
Davit Hakobyan, violon
Anaïs Kedikian, danseuse
Aghavni Goletsyan, peintre

Le programme

Le Voyage de Komitas

Spectacle écrit par Artavazd Sargsyan
Musiques de Komitas, Artur Avanesov, Arno Babadjanian, Eduard Baghdasarian, Claude Debussy, Gabriel Fauré, Aram Khachaturian, Charles Koechlin, György Ligeti, Francis Poulenc, Jean-Philippe Rameau, Maurice Ravel, Camille Saint-Saëns, Alexandre Spendiarian, Haro Stepanyan.

Palaiseau, Théâtre de la Passerelle, dimanche 19 octobre 2025

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Artavazd Sargsyan
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Stéphane Lelièvre

Stéphane Lelièvre est maître de conférences en littérature comparée, responsable de l’équipe « Littérature et Musique » du Centre de Recherche en Littérature Comparée de la Faculté des Lettres de Sorbonne-Université. Il a publié plusieurs ouvrages et articles dans des revues comparatistes ou musicologiques et collabore fréquemment avec divers opéras pour la rédaction de programmes de salle (Opéra national de Paris, Opéra-Comique, Opéra national du Rhin,...) Il est co-fondateur et rédacteur en chef de Première Loge.

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