À la une
Se préparer à LA RONDINE, Opéra de Zurich, 24 septembre-15 octobre...
Rusalka au Capitole, quatre ans après, la magie de Poda...
Médée avec Marie-Nicole Lemieux : le feu retrouvé de Charpentier à...
Macbeth revient à l’Opéra Royal de Wallonie après une absence...
À Bastille, un Hamlet d’Ambroise Thomas porté par une distribution...
Superbe Cavalleria rusticana à Palerme : un opéra vériste, toujours...
Cavalleria rusticana: un opera verista, tuttora attuale e dal valore...
Un Dido and Aeneas trop original ouvre la saison de...
Livre – Écrivains mélomanes, scrittori melomani (direction Camillo Faverzani, Andrea...
Se préparer à LEAR, Komische Oper Berlin, 16 septembre-03 octobre
  • Accueil
  • À Voir
  • Avant-concerts
  • Vu pour vous
  • Artistes
  • Œuvres
  • Médiathèque
  • Humeurs
Première Loge

Subscribe our Newsletter for latest news.

ProductionCompte renduVu pour vous

Retour gagnant à Liège pour la tragédienne Adrienne Lecouvreur !

par Stéphane Lelièvre 15 avril 2023
par Stéphane Lelièvre 15 avril 2023

© ORW-Liège-J.Berger

© ORW-Liège-J.Berger

© ORW-Liège-J.Berger

© ORW-Liège-J.Berger

© ORW-Liège-J.Berger

© ORW-Liège-J.Berger

© ORW-Liège-J.Berger

© ORW-Liège-J.Berger

© ORW-Liège-J.Berger

© ORW-Liège-J.Berger

0 commentaires 1FacebookTwitterPinterestEmail
2,2K

Adriana Lecouvreur à l'Opéra Royal de Wallonie-Liège : une très belle réussite, visuelle et musicale.

Le public, venu nombreux, a fait fête aux artistes à l’issue de cette représentation d’Adrienne Lecouvreur : un succès qui devrait inciter les directeurs à explorer plus avant ce type de répertoire devenu assez rare sur nos scènes aujourd’hui…

Un répertoire à redécouvrir

Le répertoire italien faisant la liaison entre l’otto- et le novecento (à l’exception des œuvres de Puccini) peine à retrouver la place qui, jusque dans les années 60/70, était la sienne, et les efforts ponctuellement déployés par certains directeurs de théâtres (tels Nicolas Joël pendant son mandat à la tête de l’Opéra de Paris) ne portent guère leurs fruits : les reprises de Zanetto, Iris, Nerone  (Mascagni), Fedora, Siberia ou Madame Sans-Gêne (Giordano) restent extrêmement rares, en dépit de quelques tentatives isolées. Cilea n’échappe pas à la règle : on ne connaît plus guère, de L’Arlesiana, que le beau lamento de Federico ; et Adriana Lecouvreur (1902), pourtant défendue naguère par les plus grandes (Magda Olivero, Renata Tebaldi, Virginia Zeani, Raina Kabaivanska, Montserrat Caballé, Renata Scotto, Mirella Freni) reste finalement assez peu souvent programmée aujourd’hui. Indépendamment des qualités musicales de l’œuvre, le livret conçu par Arturo Colautti d’après la pièce de Scribe et Legouvé (1849), au-delà d’éléments censés assurer le succès de tout opéra ou presque (la passion amoureuse, la jalousie, la rivalité entre deux femmes, une mort saisissante pour l’héroïne…), offre pourtant la possibilité, à un metteur en scène imaginatif, de proposer une réflexion sur l’art, le théâtre, le métier d’acteur. Une possibilité dont le metteur en scène français Arnaud Bernard s’est saisi avec talent et habileté.

Une mise en scène habile et convaincante

Situant l’action à l’époque de la création de l’œuvre plutôt qu’au début du XVIIIe siècle, il choisit de dérouler les méandres de l’intrigue exclusivement dans le monde du théâtre, nous offrant tour à tour des aperçus des coulisses, des loges, des foyers des artistes ou des locaux où officient les machinistes. Si l’idée n’est pas nouvelle (c’était déjà, peu ou prou, celle de Carsen dans ses Contes d’Hoffmann), elle est particulièrement bienvenue dans cette œuvre reposant en grande partie sur l’évocation de la vie d’une troupe de théâtre (celle de la Comédie-Française) et permet de brouiller de façon intéressante les frontières entre vie réelle et représentation scénique – un brouillage du reste déjà à l’œuvre dans le livret lui-même, notamment dans la célèbre scène de la tirade de Phèdre au troisième acte. Acmé de cette lecture : la mort de l’héroïne, qui expire en pleine lumière, devant une salle de spectacle plongée dans l’obscurité, face à un public imaginaire à qui elle adresse un ultime adieu… Une vision forte et hautement émouvante.
Les changements de décors « à vue », par des techniciens en costumes, loin de n’être qu’un procédé gratuit, participent pleinement de cette vision, servie par ailleurs par une belle direction d’acteurs et la mise en valeur de plusieurs scènes par le fait de « figer » certains tableaux pendant que dialoguent ou s’affrontent tels ou tels personnages – un procédé toujours efficace pour proposer l’équivalent scénique d’un « plan rapproché » cinématographique. La mise en scène prend corps, par ailleurs, dans des décors (signés Arnaud Bernard et Virgile Koering) dont la beauté est rehaussée par l’élégance des costumes de Carla Ricotti), le tout suscitant chez le spectateur un plaisir presque « coupable », habitués que nous sommes à voir la laideur envahir nos scènes.

Une distribution d'une belle homogénéité

À la tête d’un orchestre en très bonne forme et de chœurs convaincants (n’étaient quelques légères imprécisions dans la fête du 3e acte), le chef américain Christopher Franklin délivre une lecture très séduisante. Confronté à une esthétique où le mieux peut assez vite devenir l’ennemi du bien, il trouve constamment le ton juste, évitant comme il se doit la trop grande sobriété (cette musique a besoin de rutilance, de contrastes marqués, et nécessite qu’on donne libre cours à certains épanchements lyriques) comme toute forme d’excès qui ferait basculer l’œuvre dans le mauvais goût. Il a à sa disposition une belle distribution aux seconds rôles solides, d’où se distinguent notamment Pierre Derhet (l’abbé de Chazeuil) qui, pour tenir un « rôle de composition », n’en oublie pas pour autant de soigner son chant ! Après son indisposition pour la Lucia récemment donnée à Nice, nous retrouvons avec plaisir Mario Cassi en très bonne forme vocale, campant un Michonnet sobre, extrêmement touchant dans le renoncement qu’il s’impose. Avec certaines raucités et une émission un peu gutturale, la voix d’Ana Maria Chiuri n’est pas sans rappeler celle d’Elena Obratzova, fameuse Princesse de Bouillon. Passées certaines irrégularités et disparités de registres, surtout sensibles avant l’entracte, la mezzo italienne campe une rivale d’Adriana autoritaire et glaciale. Pour Luciano Ganci également, les actes 3 et 4 seront supérieurs aux actes 1 et 2, où la voix semble avoir besoin de se chauffer, le soutien vocal paraissant fragile dans la nuance piano et la liaison entre les registres manquant un peu d’aisance. La voix se libère progressivement, et le ténor délivre in fine un attachant portrait de Maurizio, très applaudi d’un public visiblement attaché à cet artiste : il lui avait déjà réservé un bel accueil en novembre dernier dans Alzira.

L'Adrienne d'Elena Moşuc

Elena Moşuc s’investit corps et voix dans le rôle d’Adriana. La chanteuse, qui semble dorénavant orienter sa carrière vers des rôles plus lyriques ou plus dramatiques (sans pour autant renoncer aux emplois virtuoses qui ont fait sa réputation), dispose aujourd’hui d’une voix ronde, chaleureuse, puissante – mais néanmoins toujours capable de très beaux raffinements, notamment dans la nuance piano : autant de qualités qui servent au mieux le portrait d’Adriana, dont les scènes clés sont rendues avec une très belle efficacité musicale et dramatique. Plus encore que le « Io son l’umile ancella », superbement phrasé, on apprécie un « Poveri fiori » à l’émotion intense, ou encore la tirade de Phèdre au troisième acte, où le passage de l’émission parlée à l’émission chantée est très habilement négocié. La mort de l’héroïne, enfin, prenant corps dans le superbe écrin conçu par Arnaud Bernard, vaut à la chanteuse un magnifique succès.
Visiblement, l’entente a été totale entre la soprano et le metteur en scène (voyez ici l’interview qu’Elena Moşuc nous a accordée). Puisse l’occasion être donnée à ces deux artistes de retravailler prochainement ensemble !

Les artistes

Adriana : Elena Moşuc
Maurizio : Luciano Ganci
Michonnet : Mario Cassi
La principessa di Bouillon : Anna Maria Chiuri
Il principe di Bouillon : Mattia Denti
L’abate di Chazeuil : Pierre Derhet
Quinault : Luca Dall’Amico
Poisson : Alexander Marev
Madamigella Jouvenot : Hanne Roos
Madamigella Dangeville : Lotte Verstaen

Orchestre et chœurs de l’Opéra Royal de Wallonie-Liège, dir. Christopher Franklin
Chef des Choeurs : Denis Segond
Mise en scène : Arnaud Bernard
Décors : Arnaud Bernard, Virgile Koering
Costumes : Carla Ricotti
Chorégraphie : Gianni Santucci
Lumières : Patrick Méeüs

Le programme

Adriana Lecouvreur

Opéra en quatre actes de Francesco Cilea, livret d’Arturo Colautti d’après Scribe, créé au Teatro Lirico de Milan le 6 novembre 1902.
Opéra Royal de Wallonie, Liège, représentation du vendredi 14 avril 2023.

image_printImprimer
Anna Maria ChiuriChristopher FranklinArnaud BernardLuciano GanciMattia DentiPierre DerhetElena MoşucMario Cassi
0 commentaires 1 FacebookTwitterPinterestEmail
Stéphane Lelièvre

Stéphane Lelièvre est maître de conférences en littérature comparée, responsable de l’équipe « Littérature et Musique » du Centre de Recherche en Littérature Comparée de la Faculté des Lettres de Sorbonne-Université. Il a publié plusieurs ouvrages et articles dans des revues comparatistes ou musicologiques et collabore fréquemment avec divers opéras pour la rédaction de programmes de salle (Opéra national de Paris, Opéra-Comique, Opéra national du Rhin,...) Il est co-fondateur et rédacteur en chef de Première Loge.

Laisser un commentaire Annuler la réponse

Sauvegarder mes informations pour la prochaine fois.

This site uses Akismet to reduce spam. Learn how your comment data is processed.

post précédent
DERNIÈRE MOUVEMENTÉE POUR FALSTAFF À NICE : de la vertu des directeurs d’opéras… et de Sir John Falstaff en majesté
prochain post
MARIA CALLAS – 100 ans, 100 rôles
II. PREMIERS ENGAGEMENTS PROFESSIONNELS (1941-1946)

Vous allez aussi aimer...

Rusalka au Capitole, quatre ans après, la magie...

23 septembre 2026

Médée avec Marie-Nicole Lemieux : le feu retrouvé de...

23 septembre 2026

Macbeth revient à l’Opéra Royal de Wallonie après...

21 septembre 2026

À Bastille, un Hamlet d’Ambroise Thomas porté par...

21 septembre 2026

Superbe Cavalleria rusticana à Palerme : un opéra...

20 septembre 2026

Cavalleria rusticana: un opera verista, tuttora attuale e...

20 septembre 2026

Un Dido and Aeneas trop original ouvre la...

19 septembre 2026

Genève – LA TEMPÊTE de Franck MartinTempête sur...

18 septembre 2026

Les festivals de l’été – Une fin de...

18 septembre 2026

Porgy and Bess à la Philharmonie : Paris,...

17 septembre 2026

Humeurs

  • PAATA BURCHULADZE : onze mois déjà

    5 septembre 2026

En bref

  • Les brèves de septembre

    13 septembre 2026
  • La vidéo du mois –
    Hommage à Ileana Cotrubas : La traviata, « Parigi, o cara »

    2 septembre 2026

La vidéo du mois

Édito

  • Édito de septembre –
    Fin des festivals, début des festivités… avec la nouvelle saison lyrique 26-27 !

    1 septembre 2026

Suivez-nous…

Suivez-nous…

Commentaires récents

  • Cathy dans Un Dido and Aeneas trop original ouvre la saison de l’Opéra de Bordeaux
  • meyer dans À Bastille, un Hamlet d’Ambroise Thomas porté par une distribution d’exception
  • Médée de Charpentier ouvre la saison lyrique à Montpellier - Montpellier Évasion dans Médée avec Marie-Nicole Lemieux : le feu retrouvé de Charpentier à Montpellier
  • GUEBOD dans MARIO LANZA
  • Stéphane Lelièvre dans Hommages : Christiane Issartel, Kenneth Montgomery, Ginès Sirera

Première loge

Facebook Twitter Linkedin Youtube Email Soundcloud

Keep me signed in until I sign out

Forgot your password?

Login/Register

Keep me signed in until I sign out

Forgot your password?

Rechercher

Archives

  • Facebook
  • Twitter
  • Youtube
  • Email
Première Loge
  • Accueil
  • À Voir
  • Avant-concerts
  • Vu pour vous
  • Artistes
  • Œuvres
  • Médiathèque
  • Humeurs

A découvrirx

Rusalka au Capitole, quatre ans après,...

23 septembre 2026

Médée avec Marie-Nicole Lemieux : le feu...

23 septembre 2026

Macbeth revient à l’Opéra Royal de...

21 septembre 2026