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Bizet & friends renouvellent les fastes du Second Empire à la Maison de la Radio et de la Musique

par Camillo Faverzani 4 juillet 2025
par Camillo Faverzani 4 juillet 2025
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Gala Bizet, Maison de la Radio et de la Musique – Auditorium, 2 juillet 2025

Diffusé en direct sur France Musique, ce Gala Bizet, en collaboration avec le Palazzetto Bru Zane-Centre de musique romantique française, est présenté par Clément Rochefort dans le cadre du festival de cette même institution. Bizet & friends, ajouterions-nous, car le programme convie également des titres d’autres compositeurs, ses contemporains.

Plus particulièrement consacrée à l’opéra, la première partie débute par l’ouverture de Mignon d’Ambroise Thomas que le jeune Bizet avait réduite pour piano en 1867, l’année même où est créé Don Carlos, troisième titre présenté ce soir. D’ailleurs, l’univers musical du Second Empire constitue plus ou moins le fil conducteur de ce concert qui chamboule quelque peu la progression des ouvrages. Et c’est d’emblée dans le tourbillon de la valse que nous mène Bertrand de Billy, à la tête de l’Orchestre national de France, après un brillant dialogue entre les cordes et les vents, puis entre la harpe et la clarinette, dans un crescendo parfaitement maîtrisé.

© Matilde Fasso

L’alternance ténor/baryton, puis les deux en duo, fait que l’on commence par la romance de Nadir que John Osborn, trop rare à Paris, introduit par le récitatif, dans un français impeccable. L’air à proprement parler se distingue alors par un phrasé de tout premier ordre, par la conduite du souffle, par un legato savant et par la richesse des teintes que viennent agrémenter des notes filées au decrescendo prodigieux. Par la suite, le ténor américain aborde Carlos de manière très accablée, dès l’acte de Fontainebleau, la tristesse imprégnant son récitatif, dans le pressentiment d’un vain bonheur, cependant que, sur la réserve, le cantabile donne libre cours à toute sa timidité.

Très concerné par Zurga, Alexandre Duhamel s’investit intensément dans son récit, d’une voix bien placée à la fois dans le registre central et dans la partie la plus haute de la tessiture. La mort de Posa, face à un Carlos en larmes, fait renaître le drame, surtout grâce à une élocution très nuancée et à une expressivité unique : quel enchantement de l’entendre murmurer à son compagnon de s’en remettre à sa mère, puis de le voir s’éteindre dans le crescendo de la réitération de son rêve pour l’Espagne !!!

Difficile, après cela, de revenir aux retrouvailles de l’acte II que les deux chanteurs interprètent avec franchise, la vaillance prenant le relais dans l’allegro, dans une belle entente que l’on ressent déjà dans le duo de l’acte I des Pêcheurs de perles, extrêmement articulé, notamment dans la reprise.

S’agissant de pages de la version française de Don Carlos ayant connu une si grande évolution, il faudrait d’ailleurs se poser la question : quelle partition utiliser ? Ce qui m’était déjà venu à l’esprit lors des représentations parisiennes de mars dernier. S’il est vrai que Verdi a continué à travailler à son opéra sur les vers originels, il serait plausible d’envisager le recours à la mouture de Modène mais en français. Seule l’édition critique pourra nous le dire. Et à un chef courageux de s’en saisir !

En seconde partie la Symphonie en ut majeur nous fait revenir en arrière d’une dizaine d’années et aux études de Bizet. Si elle n’avait été jouée qu’un 1935, l’on pourrait y reconnaître un esprit de famille avec l’ouverture de Mignon, ne serait-ce que par son entrain. Une grande fraîcheur se dégage ainsi du premier mouvement, allegro vivo ; l’on retiendra la façon dont les vents épousent les cordes et la délicatesse des percussions. Tandis que, dans l’adagio, la ligne enchanteresse de la clarinette est renouvelée par la poésie des violons, et encore par la discrétion des timbales et par l’irruption discrète des contrebasses. Le scherzo est le lieu des contrastes, de par la gravité des cordes, pour la plus grande cohésion de l’ensemble. La dextérité des vents se double enfin de la douceur des cordes pour la montée irrésistible vers le climax du dernier allegro vivace.

Public très reconnaissant. À réentendre sur francemusique.fr pour les amateurs !

Les artistes

John Osborn, ténor
Alexandre Duhamel, baryton

Orchestre national de France, dir. Bertrand de Billy

Le programme

Gala Bizet

Ambroise Thomas – Mignon, ouverture
Georges Bizet – Les Pêcheurs de perles
« À cette voix quel trouble agitait tout mon être ? / Je crois entendre encore » (Nadir)
« L’orage s’est calmé » (Zurga)
« C’est toi, toi qu’enfin je revois ! / Au fond du temple saint » (Zurga, Nadir)

Giuseppe Verdi – Don Carlos
« Fontainebleau ! Forêt immense et solitaire ! / Je l’ai vue, et dans son sourire » (Carlos)
« C’est moi, Carlos ! / Oui, Carlos ! C’est mon jour suprême / Que parles tu de mort ?… / Ah ! je vois l’Espagne heureuse ! » (Rodrigue, Carlos)
« Le voilà ! c’est l’infant ! / Mon Carlos, ah ! mon cher prince / Dieu, tu semas dans nos âmes »

Georges Bizet – Symphonie en ut majeur

Paris, Maison de la Radio et de la Musique – Auditorium, mercredi 2 juillet 2025

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John OsbornBertrand de BillyAlexandre Duhamel
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Camillo Faverzani

Professeur de littérature italienne à l’Université Paris 8, il anime le séminaire de recherche « L’Opéra narrateur » et dirige la collection « Sediziose voci. Studi sul melodramma » aux éditions LIM-Libreria musicale italiana de Lucques (Italie). Il est l’auteur de plusieurs essais sur l’histoire de l’opéra. Il collabore également avec des revues et des maisons d’opéra (« L’Avant-scène Opéra », Opéra National de Paris).

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