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Une Bohème gorgée d’émotion et de nostalgie à Liège

par Gilles Charlassier 29 septembre 2020
par Gilles Charlassier 29 septembre 2020
BOHEME LIEGE
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Ainsi qu'en témoigne cette présente lecture, le langage de Puccini ne résonne jamais aussi bien que lorsqu'il n'est pas isolé des influences qui l'ont nourri, et de celles qu'il a suscitées. 

Il y aurait sans doute à écrire sur le hasard des programmations, à l’heure de la réouverture des théâtres lyriques en ce début de saison marqué par la crise sanitaire –  et les longs mois de silence qu’elle a imposés. Si l’on peut évidemment comprendre que les grands titres du répertoire aient le privilège de l’affiche, on ne peut s’empêcher de relever la coïncidence, en ces temps d’épidémie de virus respiratoire, qui met en avant deux tuberculoses notoires de l’histoire de l’opéra, Violetta Valéry et Mimi, avec une Traviata à Madrid en juillet et à Bordeaux en septembre, et une Bohème à Liège en ces premières semaines d’automne –  au demeurant également scandées dans la météo en Europe occidentale.

La mise en scène de l’ouvrage de Puccini par Stefano Mazzonis di Pralafera, se révèle conforme à l’esthétique du directeur de l’Opéra royal de Liège Wallonie, qui, aux audaces modernistes, préfère, pour les spectacles qu’il conçoit pour sa maison, une fidélité narrative au livret. Pour autant, avec la complicité de Carlo Sala, dessinant les décors, et Fernand Ruiz, les costumes, il ne se laisse pas contraindre par le milieu du dix-neuvième siècle originel, et transpose, avec habileté, la nostalgie et le dénuement des étudiants de Murger dans le Paris de 1945. Tapissée de photographies en noir et blanc, la scénographie affirme un tropisme cinématographique qui se retrouve jusque l’éclairage des séquences, avec un zoom, aux premiers et derniers actes, sur la mansarde des jeunes gens, Fidèle à l’esprit plus encore qu’à la lettre des émotions, ainsi pourrait se résumer une production qui accompagne l’expression vocale ses sentiments.

Dans le premier cast, Angela Gheorghiu se glisse avec délices dans les minauderies des premiers émois de Mimi. Si elles n’ont peut-être plus la plénitude de la jeunesse, les beautés automnales de la voix reconnaissable de la soprano roumaine, actrice instinctive, restituent à merveille la fragilité de la pudique grisette, dans une agonie aux émouvantes teintes d’un crépuscule prématuré. En Rodolfo, Stefan Pop se distingue par un lyrisme vaillant où pointent les fêlures d’une jalousie maladive, et incarne la complémentarité voulue par l’histoire.

Le reste de la distribution, qui ne change pas au fil des neuf représentations de la série, se montre tout autant au diapason de la sève de l’oeuvre. Ionut Pasco impose une indéniable carrure en Marcello, et fait affleurer, sous ses accents gros bras et son orgueil un rien machiste, une tendre timidité. De même, sous son allure de coquette sophistiquée et la plasticité un peu raide de son soprano léger, María Rey-Joly frémit d’une touchante sincérité. Kamil Ben Hsaïn Lachiri résume un solide Schaunard, quand Ugo Guagliardo concentre un Colline tout en sobriété. Patrick Delcour endosse avec efficacité le costume de caractère du propriétaire Benoît et de l’amant Alcindoro. Préparés par Denis Segond, les choeurs, dans les effectifs desquels sont extraits les interventions de Parpignol et des douaniers, complètent le tableau.

Dans la fosse, Frédéric Chaslin fait ressortir avec finesse et intelligence les couleurs et les textures cinématographique de la partition, autant que la richesse d’une écriture orchestrale qui n’a pas ignoré la leçon wagnérienne – en témoignent la manière dont le chef français fait parfois sonner des cordes qui rappellent l’intimiste serre des Wesendonck Lieder ou de Tristan. Ainsi qu’en témoigne cette présente lecture, le langage de Puccini ne résonne jamais aussi bien que lorsqu’il n’est pas isolé des influences qui l’ont nourri, et de celles qu’il a suscitées.

Pour finir, mentionnons la solidarité des artistes, qui, en ces temps d’incertitudes sanitaires autant que budgétaires, ont accepté de réduire leurs cachets, ainsi que la récente disparition de Patrick Davin, premier chef invité de l’Opéra de Liège, et à la mémoire duquel les représentations de La Bohème sont dédiées.

Crédit photos : Opéra Royal de Wallonie – Liège

Le voyage de Gilles Charlassier a été pris en charge par l’Opéra Royal de Wallonie -Liège

Distribution

Mimi   Angela Gheorghiu 
Musetta   María Rey-Joly 
Rodolfo   Stefan Pop 
Marcello   Ionut Pascu 
Schaunard   Kamil Ben Hsaïn Lachiri 
Colline   Ugo Guagliardo 
Benoït, Alcindoro   Patrick Delcour 
Parpignol   Stefano de Rosa 

 

Orchestren choeur et maîtrise Opéra Royal de Wallonie – Liège, dir. Frédéric Chaslin

Mise en scène   Srefano Mazzonis di Pralafer

Programme

Scene liriche en 4 tableaux de Puccini, livret de Luigi Illica et Giuseppe Giacosa, créé le 1er février 1896 au Tettro Regio de Turin.

Opéra royal de Liège-Wallonie, représentation du 29 septembre 2020

 

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angela gheorghiustefan poppuccini
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Gilles Charlassier

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