Opéra en deux parties d’Aribert Reimann livret de Claus H. Henneberg d’après Shakespeare, créé le le 9 juillet 1978 à la Bayerische Staatsoper de Munich.
LES AUTEURS
Le compositeur
Aribert REIMANN (1936-2024)
Aribert Reimann était pianiste, compositeur et professeur de chant. Il a accompagné certains des plus grands chanteurs allemands (Brigitte Fassbaender, Dietrich Fischer Diskau) et plusieurs enregistrements témoignent de leur précieuse collaboration :
- Lieder de la seconde école de Vienne (Schönberg, Webern, Berg), Dietrich Fischer-Dieskau, Aribert Reimann. (DG, 1978, vinyle). Réédition en CD : Schönberg, Gurrelieder (Kubelik) et Lieder : Webern, Berg, Schönberg (Fischer-Dieskau, Reimann).
- Friedrich Nietzsche : Lieder, Piano Works, Melodrama, Dietrich Fischer-Dieskau, Aribert Reimann. (Philips, 1995)
Nietzsche, Beschwörung, Dietrich Fischer-Diskau, Aribert Reimann.
- Schubert, Die schöne Müllerin, Brigitte Fassbaender, Aribert Reimann (DG, 1995)
- Schubert, Winterreise, Brigitte Fassbaender, Aribert Reimann, (DG, 1988)
Aribert Reimann composa aussi bien de la musique pour piano que de la muique vocale, des œuvres symphoniques ou des œuvres destinées à la scène (ballets et opéras). Parmi ses opéras :
- Melusine (1971), opéra en 4 actes sur un livret de Claus H. Henneberg.
- Lear (1978), opéra en deux parties sur un livret de Claus H. Henneberg, d’après Le Roi Lear de William Shakespeare.
- Troades (1986), livret de Gerd Albrecht, en collaboration avec le compositeur, d’après Les Troyennes d’Euripide.
- Das Schloss (1992), livret du compositeur, d’après Le Château de Franz Kafka.
- Medea (2007), opéra ne deux parties la trilogie Das goldene Vlies (La Toison d’or) de Franz Grillparzer.
- L’Invisible (2017), trilogie lyrique, livret du compositeur, d’après Maurice Maeterlinck.
Le librettiste
Claus H. HENNEBERG (1936-1998)
Librettiste et traducteur allemand. Il écrivit des livrets pour Reimann (Mélusine ; Lear d’après Shakespeare), Mayuzumi (Kinkaku-ji d’après Mishima), Trojahn (Enrico d’après Pirandello), Eötvös (Die drei Schwestern d’après Tchekhov).
L’ŒUVRE
La création
Lear fut composé par Aribert Reimann à la demande du chanteur Dietrich Fischer-Dieskau – qui avait d’abord songé, dans un premier temps, à Benjamin Britten. L’œuvre fut composée en 1976-1978, apràs que l’Opéra de Munich eut officiellement passé commande de l’aoeuvre au compositeur.
La première, couronnée de succès, eut lieu le 9 juillet 1978 à la Bayerische Staatsoper (Munich). La direction musicale était assurée par Gerd Albrecht, la mise en scène par Jean-peirre Ponelle ; les costumes étaient signés Pet Halmen. Les principaux interprètes étaient Dietrich Fischer-Dieskau dans le rôle-titre, et Julia Varady dans celui de Cornelia.
Le livret
La source
Le livret est tiré du Roi Lear (King Lear) de Shakespeare, tragédie en cinq actes en vers et en prose, écrite entre 1603 et 1606 et représentée le 26 décembre 1606 au palais de Whitehall de Londres.
L'intrigue
PREMIERE PARTIE
Lassé du pouvoir, le Roi Lear souhaite abdiquer et partager son royaume entre ses trois filles en fonction de l’amour qu’elles lui portent. Ce sont Goneril et Regan qui héritent du royaume, grâce à un amour filial aussi emphatique qu’hypocrite.
Lear
Tu crois que c’est grand-chose que cette tempête mutinée qui nous pénètre jusqu’aux os. C’est beaucoup pour toi ; mais là où s’est fixée une plus grande douleur, une moindre se fait à peine sentir. Tu chercherais à éviter un ours ; mais si ta fuite te conduisait vers la mer en furie, tu reviendrais affronter l’ours en face. Qaud l’âme est libre, le corps est délicat ; mais la tempête qui agite mon âme ne laisse à mes sens aucune autre impression que celles qui se combattentau-dedans de moi. L’ingratitude de nos enfants… n’est-ce pas comme si ma bouche déchirait ma main pour lui avoir porté la nourriture ? Mais je punirai bientôt. Non, je ne veux plus pleurer. Par une nuit semblable, me mettre à la porte ! Verse tes torrents, je les supporterai. Dans une nuit semblable ! Ô Régane ! Gonerille ! Votre bon vieux père, dont le cœur sans méfiance vous a tout donné ! Oh ! C’est de ce côté qu’est la folie ; évitons-le, n’en parlons plus.
Shakespeare, Le Roi Lear, Acte I, scène 1 (traduction François Guizot)
Cordelia, qui aime sincèrement son père mais sans ostentation, est chassée, condamnée à épouser le roi de France. Goneril et Regan ont tôt fait de chasser leur père, qui comprend trop tard son erreur et cherche à retrouver sa fille Cordelia. Au bord de la folie, essuyant une effroyable tempête, il est sauvé par le duc de Gloucester (père d’Edgar et Edmund,son fils naturel) qui l’emmène à Douvres.
SECONDE PARTIE
Regan a épousé le duc de Cornouailles, et Goneril le duc d’Albany. Elles ont toutes deux le même amant : Edmund, fils illégitime de Gloucester. Pour de venger de Gloucester et de l’aide qu’il a apportée à Lear, Regan et son époux le capturent et l’énucléent. Quant à Cordelia, elle a rassemblé les troupes françaises, prêtes à débarquer, afin de porter secours à son père. Goneril projette d’empoisonner sa sœur Regan (affaiblie par l’assassinat de son époux le duc de Cornouailles) afin de rester seule à régner. Son époux le duc d’Albany, horrifié par les projets sanglants de sa femme, décide alors de rejoindre les troupes françaises, mais Edmund mène les troupes de ses maîtresses Regan et Goneril à la victoire. Il ordonne l’exécution de Lear et de sa fille Cordelia avant que le duc d’Albany ne puisse venir les secourir. L’opéra de termine par la mort des principaux personnages : Edmund est tué, Goneril se suicide, le poison qu’elle a administré à Regan fait son œuvre ; Cordelia est pendue et le vieux Lear, portant le corps de sa fille bien-aimée, meurt de douleur.
Entrent Lear, tenant Cordélia morte dans ses bras, Edgar, l’officier et d’autres.
Lear
Hurlez, hurlez, hurlez, hurlez ! Oh ! vous êtes des hommes de pierre. Si j’avais vos voix et vos yeux, je m’en servirais à fendre la voûte du firmament. Oh ! Elle est partie pour jamais. Je vois bien si quelqu’un est vivant ou s’il est mort. Elle est morte comme la terre. Prêtez-moi un miroir : si son haleine en obscurcit ou en ternit bla surface, alors elle vivrait encore. […] Non, non, non, plus de vie. Quoi ! un chien, un chat, un rat, ont de la vie ; et toi, pas la moindre haleine ! Oh ! tu ne reviendras olus, jamais, jamais, jamais, jamais ! Défaites ce bouton, je vous en prie. Je vous remercie monsieur. Voyez-vous cela ? Regardez là… regardez… ses lèvres… regardez… regardez…
Il meurt.
Shakespeare, Le Roi Lear, Acte V, scène 3 (traduction François Guizot)
La musique
L’œuvre de Reimann est à la fois complexe, exigeante et terriblement efficace car d’une très grande puissance expressive. Lyrisme et violence y alternent tour à tour, l’écriture orchestrale est d’une richesse et d’une efficacité constantes. Les profils vocaux sont clairement caractérisés et individualisés, chaque personnage possédant un langage qui lui est propre. L’orchestre est celui du romantisme finissant auquel ont été ajoutés plusieurs instruments de percussion. Un clusterde 48 cordes, couvrant parfois l’ensemble de l’orchestre, y joue un rôle non négligeable.
L’hétérogénéité musicale (texte parlé accompagné d’un quatuor à cordes, vocalises virtuoses pour le rôle de Regan, puissance et violence pour celui de Goneril, …) est assumée et comme revendiquée, le style pouvant changer d’un moment l’autre en fonction de la nature même des scènes.
« Mein lieber Vater » (seconde partie, scène 6) ; D. Fischer-Dieskau, J. Varady
D. Fischer-Dieskau évoque Lear (en anglais)
L’œuvre dégage une violence, une noirceur mais aussi une émotion prégnantes. Fait rarissime pour un opéra contemporain : le Lear de Reimann a connu de multiples reprises depuis sa création, signe de l’impact incontestable rencontré sur le public.
LES ARTISTES DE LA PRODUCTION BERLINOISE
Le chef d'orchestre
Nicholas Carter
Né à Melbourne, en Australie, Nicholas Carter découvre très tôt la musique en apprenant le violon et le piano. À neuf ans, il rejoint le National Boys Choir of Australia, où il se familiarise avec l’orchestre et l’opéra grâce à des collaborations avec le Melbourne Symphony Orchestra et Opera Australia. Il bénéficie ensuite de l’enseignement du chef et pédagogue Richard Gill, sous la direction duquel il dirige son premier opéra, Brundibár de Hans Krása, en 2004.
Parallèlement à ses études de piano et de chant à l’Université de Melbourne, il travaille au sein de Victorian Opera. En 2009, Vladimir Ashkenazy le choisit comme chef assistant du Sydney Symphony Orchestra.
Sa carrière européenne débute en 2011 à l’Opéra de Hambourg, où il travaille aux côtés de Simone Young, avant de rejoindre en 2014 la Deutsche Oper Berlin sous la direction de Sir Donald Runnicles.
En 2015, Carter devient chef principal de l’Adelaide Symphony Orchestra, puis dirige à Klagenfurt et à Berne. De 2021 à 2025, il est directeur musical et codirecteur de l’opéra de Bühnen Bern. À partir de la saison 2026-2027, il devient Generalmusikdirektor de la Staatsoper Stuttgart.
Nicholas Carter à propos de Peter Grimes
Le metteur en scène
Barrie KOSKY
D’origine australienne, Barrie Kosky est sans doute l’un des metteurs en scène lyriques les plus actifs du moment. Directeur de la Komische Oper de Berlin de 2012 à 2022, il a considérablement contribué à développer la renommée internationale de ce théâtre avec de nombreuses mises en scènes ayant fait date, parmi lesquelles on peut citer celles d’Eugène Onéguine, des Perles de Cléopâtre, Candide ou de La Flûte enchantée.
Aussi à l’aise dans le genre comique (Orphée aux Enfers, Les Perles de Cléopâtre, Les Brigands, La Chauve-Souris) que dans le drame ou la tragédie (Eugène Onéguine, Kátia Kabanová, Salome, Carmen, Macbeth, Boris Godounov, Rigoletto, Rusalka…), Barrie Kosky est invité sur les scènes lyriques du monde entier. En 2017, il met en scène Die Meistersinger von Nürnberg au Festival de Bayreuth. En septembre 2023, il entame la présentation d’un nouveau Ring au public londonien. Pour l’Opéra de Paris, il met en scène Le Prince Igor en 2019 avant d’être réinvité en 2024 pour Les Brigands d’Offenbach.
Barrie Kosky évoque sa production de Lear à Berlin
Les chanteurs
Scott HENDRICKS, Lear (baryton)
Originaire du Texas, le baryton américain Scott Hendricks s’illustre dans un vaste répertoire, de Puccini et Verdi à Debussy, Schreker et Britten. Il se produit sur les grandes scènes internationales, notamment au Royal Opera House de Londres, à l’Opéra national de Paris, à l’Opéra de San Francisco, à La Monnaie de Bruxelles et au Festival de Bregenz.
Parmi ses rôles marquants figurent Scarpia (Tosca), Macbeth, Falstaff, Iago (Otello) et Posa (Don Carlos). Son interprétation de Macbeth à La Monnaie, dans une production distinguée par Opernwelt comme « Production de l’année », a particulièrement marqué les esprits.
Scott Hendricks défend également la création contemporaine, avec les rôles-titres de Richard III de Giorgio Battistelli et de Frankenstein de Grey, ainsi que des œuvres de Rihm et Adams. Régulièrement invité à La Monnaie, il y a interprété le rôle d’Laberich dans le Ring de Wagner. Il fait par ailleurs ses débuts en Jupiter dans L’Amour de Danaé à Gênes et interprète Mamma Agata dans Viva La Mamma à Düsseldorf. En France, il entretient une relation privilégiée avec l’Opéra national du Rhin, où il s’est produit à plusieurs reprises depuis 2009.
« Un nido di memorie », Pagliacci (Monnaie de Bruxelles)
Penny SOFRONIADOU, soprano (Cordelia)
Née à Drama, en Grèce, la soprano Penny Sofroniadou commence sa formation vocale à l’Université de Thessalonique avant de poursuivre ses études à Würzburg, puis d’obtenir un master à Cologne en 2017. Elle fait ses débuts scéniques dans le rôle de Nedda, dans I Pagliacci, au théâtre Aneton.
Après plusieurs engagements dans des maisons allemandes, notamment à Aix-la-Chapelle, Krefeld-Mönchengladbach et au sein de l’Opernstudio NRW, elle intègre l’ensemble du Theater Hagen de 2020 à 2022. Depuis l’automne 2022, elle est membre de l’ensemble de la Komische Oper Berlin, où elle s’est notamment distinguée dans les rôles de Susanna (Le nozze di Figaro), Fiordiligi (Così fan tutte), Pamina (Die Zauberflöte), Musetta (La Bohème) et Gretel (Hänsel und Gretel). Elle y abordera prochainement le rôle de Tatiana dans Eugène Onéguine.
Invitée sur plusieurs grandes scènes allemandes, elle a également chanté à Francfort, Dortmund, Nuremberg et à la Deutsche Oper am Rhein. Son répertoire s’étend de Mozart et Donizetti à Strauss, Verdi et Haendel. Récompensée par plusieurs concours internationaux, elle reçoit notamment le prix des opéras berlinois au Bundeswettbewerb Gesang 2018 et le prestigieux prix Daphne en 2023. En concert, elle s’est produite avec plusieurs grands orchestres allemands et grecs, notamment dans les Vier letzte Lieder de Richard Strauss.
"Quando me'n vo" - La bohème - Juin 2020, Philharmonie Essen
NOTRE SÉLECTION POUR VOIR ET ÉCOUTER L’ŒUVRE
CD
- Gerd Albrecht (dir.) ; Dietrich Fischer-Dieskau, Karl Helm, Hans Wilbrink, Georg Paskuda, Richard Holm, Hans Günter Nöcker, David Knutson, Werner Götz, Helga Dernesch, Colette Lorand, Júlia Várady, Rolf Boysen, Markus Gortizki, Gerhard Auer ; Orchestre d’Etat de Bavière, Choeurs de l’Opéra d’Etat de Bavière. (DG, 1978).
- Sebastian Weigle (dir.) ; Wolfgang Koch, Magnus Baldvinsson, Dietrich Volle, Michael McCown, Hans-Jürgen Lazar, Johannes Martin Kränzle, Martin Wölfel, Frank van Aken, Jeanne-Michèle Charbonnet, Caroline Whisnant, Britta Stallmeister ; Frankfurter Opern- und Museumsorchester, Choeurs de l’Opéra de Francfort. Oehms Classics (2008)
DVD
- Simone Young (dir.), Karoline Gruber (mise en scène); Bo Skovhus, Katja Pieweck, Hellen Kwon, Siobhan Stagg, Erwin Leder, Lauri Vasar, Andrew Watts, Martin Homrich (Edmond). Orchestre Philharmonique et chœur de la Staatsoper de Hambourg, ArtHaus Musik (2014)
Attention : sous-titres en allemand et en anglais uniquement.
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- Berlin, septembre 2026

