À la une
Se préparer à Un ballo in maschera, Opéra de Paris...
Création française de La Passagère de Mieczysław Weinberg à Toulouse –...
Turin : La Cenerentola – Le triomphe de l’ouïe sur...
Les brèves de janvier –
Se préparer à La Passagère, Opéra national Capitole de Toulouse,...
Werther à l’Opéra-Comique : le drame lyrique est de retour !
Ludovic Tézier et Marina Rebeka couronnent le retour de Nabucco...
Se préparer à Benvenuto Cellini, Monnaie de Bruxelles, 28 janvier...
À l’Opéra Bastille, un Siegfried somptueux vocalement
À La Seine Musicale, les contradictions d’un Requiem allemand
  • Accueil
  • À Voir
  • Avant-concerts
  • Vu pour vous
  • Artistes
  • Œuvres
  • Médiathèque
  • Humeurs
Première Loge

Pour ne rien manquer de l'actualité lyrique, restons en contact !

Compte renduVu pour vousConcert

Ensorcelante Alcina au Théâtre des Champs-Élysées

par Gisèle Chaboudez 7 décembre 2024
par Gisèle Chaboudez 7 décembre 2024
© Simon Fowler
0 commentaires 3FacebookTwitterPinterestEmail
1,9K

Créé à Londres en 1735, durant la première saison de Covent Garden, Alcina, le dernier grand opéra de Haendel appelle de grandes voix. Suivant l’échec d’Ariodante, l’opéra fut un succès mais ne fut repris qu’après un long silence en 1957 avec Joan Sutherland dans le rôle d’Alcina. Il possède un grand nombre d’arias dont la beauté est célébrée depuis sa création par les amoureux du baroque.

Le TCE a fait le pari de miser sur le trio féminin, confiant le rôle de Ruggiero à Juliette Mey, mezzo-soprano récemment récompensée (elle fut « Révélation Artiste lyrique » des Victoires de la Musique classique 2024), avec dans le rôle-titre Elsa Dreisig qui nous avait enchantés par sa rayonnante Juliette face à Benjamin Berheim, à l’Opéra Bastille. On connaît la solidité baroque de Sandrine Piau, toujours superbe, qui incarne Morgane. Et l’on accueille avec intérêt l’orchestre Il Pomo d’oro sous la direction de Francesco Corti, dont on connaît la maestria baroque et le goût pour la perfection, qu’il aiguise constamment auprès de grands interprètes. 

Sur un livret beau comme un poème, tiré de l’Orlando furioso d’Arioste, Haendel a écrit une musique exceptionnelle pour cette héroïne paradoxale. La magicienne attirant sur son île des hommes qu’elle séduit puis métamorphose en pierres ou en bêtes lorsqu’ils n’ont plus d’attraits, bascule dans l’amour pour son dernier amant, Ruggiero, et perd ses pouvoirs d’enchantement du fait qu’elle-même est en somme enchantée. À partir de ce retournement de l’amour surmontant l’emprise, elle va vivre, aussitôt passée la fureur des héroïnes tragiques en proie à la trahison, la douleur lancinante d’une amoureuse abandonnée qui se sait coupable « J’ai rendu les dieux implacables, le ciel ne m’écoute plus …». Les plus beaux airs de cet opéra s’égrènent là où Haendel la rend aimable à son tour :c’est là que ses plus grandes interprètes bouleversent le public. « Di, cor mio »  quand la joie est encore présente,  « Ah ! mio cor » lorsqu’elle la perd, « Ombra Pallide » quand le désespoir est là : autant d’arias immortels où Battle, Bartoli, Piau, Yoncheva, Kozena se sont succédé, filant chacune à leur manière la sensualité mélancolique de ce destin échoué, qui rend l’héroïne aimable à mesure qu’elle souffre d’aimer – pour Haendel d’abord, qui lui écrit deux arias étincelantes dans chaque acte. Elsa Dreisig s’y affronte pour la première fois.

En quittant le théâtre après la représentation, une image vous suit, fascinante, unique scène par exception dans cet opéra-concert, Alcina-Elsa interprétant « Ah ! mio cor ! », sommet de l’écriture vocale haendélienne. Elle vient d’apprendre le rejet de son amant, une fois défaits les charmes qu’elle avait tissés autour de lui et auxquels elle s’est prise elle-même plus profondément encore, elle chante douloureusement cette longue aria qui commence par un cri. L’appel à la vengeance est suivi d’un long silence, puis le chant reprend doucement. Elsa Dreisig chante alors d’une voix brisée qui coule simplement, rayonnant dans la douleur comme elle le faisait dans la désinvolture et le cynisme. Puis elle s’anime, avec ce soprano de cristal qu’elle possède en toutes choses, oscillant entre une douleur coupable et une révolte vengeresse ; mais encore une fois elle bascule dans la douleur aimante, et finalement, s’affaisse et s’agenouille, le front au sol et la tête dans ses bras jusqu’à ce que sa voix s’éteigne. Combien de grandes voix se sont emparé de cet air miraculeux de simplicité, de beauté et de justesse, pour dire le déchirement de cette contradiction, y imprimant leur accent propre selon leur interprétation de cette héroïne équivoque qui oscille entre amour et vengeance ? Combien d’opéras représentèrent cette scène en lui donnant une acuité et une grâce inoubliables ? Quand cette scène prend fin, la salle est soulevée par un tonnerre d’émotions.

En réalité, c’est dans l’ensemble de cette longue représentation de trois heures, que la qualité, la justesse, la grâce sont au rendez-vous. Elsa Dreisig rayonne de cette voix limpide, de bout en bout éclatante sans jamais forcer, Sandrine Piau, déploie la vivacité, la précision, la limpidité de son soprano baroque, Juliette Mey interprétant Ruggiero est tout aussi ferme et pleine d’élan dans son mezzo ajusté. On peut se demander pourquoi un trio féminin a été choisi, là où un homme est l’enjeu de ce drame. Le rôle fut créé par un castrat (Giovanni Carestini), et la voix et la coutume font qu’on est, certes, habitué à voir et entendre une femme dans cet emploi. L’on aurait sans doute adhéré à un Ruggiero « féminin » dans une version scénique, le costume et le jeu aidant à créer l’illusion. Mais en version de concert, le semblant n’est pas le même, et l’on regrette un instant qu’un contre-ténor n’ait pas tenu ce rôle. Les autres voix prennent leur place de façon limpide, la basse d’Alex Rosen est  superbe, le soprano de Bruno de Sa toujours excellent, Jasmin White dans le rôle de Bradamante est solide, le ténor d’Oronte est lui un peu moins lumineux.

Photo Gisèle Chaboudez

Et que dire de la justesse, de l’excellence de l’ensemble Il Pomo d’Oro, que l’on aime à entendre dans les grandes œuvres baroques où il est pleinement à son affaire, où il sait faire dialoguer les voix et les instruments, violons, flûtes, cors et violoncelles,… : Francesco Corti le mène d’une main sûre et sensible à la fois.

Les artistes

Alcina : Elsa Dreisig
Morgana : Sandrine Piau  
Ruggiero : Juliette Mey 
Bradamante : Jasmin White 
Oronte : Stefan Sbonnik
Oberto : Bruno de Sá 
Melisso : Alex Rosen

Il Pomo d’Oro, dir. Francesco Corti 

Le programme

Alcina

Opéra en trois actes de Georg Friedrich Haendel, inspiré de l’Orlando furioso de l’Arioste, créé à Londres le 16 avril 1735.

Opéra en version de concert, Théâtre des Champs-Élysées, représentation du 5 décembre 2024.

 

 

image_printImprimer
Jasmin WhiteSandrine PiauElsa DreisigAlex RosenBruno de SáFrancesco CortiJuliette Mey
0 commentaires 3 FacebookTwitterPinterestEmail
Gisèle Chaboudez

Laisser un commentaire Annuler la réponse

Sauvegarder mes informations pour la prochaine fois.

This site uses Akismet to reduce spam. Learn how your comment data is processed.

post précédent
Entre ouvriers portuaires et De Chirico : Simon Boccanegra ouvre la saison romaine
prochain post
Versailles accueille le Polifemo de Porpora

Vous allez aussi aimer...

Création française de La Passagère de Mieczysław Weinberg à...

24 janvier 2026

Turin : La Cenerentola – Le triomphe de...

22 janvier 2026

Werther à l’Opéra-Comique : le drame lyrique est de...

21 janvier 2026

Ludovic Tézier et Marina Rebeka couronnent le retour...

19 janvier 2026

À l’Opéra Bastille, un Siegfried somptueux vocalement

18 janvier 2026

À La Seine Musicale, les contradictions d’un Requiem...

18 janvier 2026

Dijon : Pelléas et Mélisande en miroir des Boréades,...

16 janvier 2026

Maggio Musicale Fiorentino : une belle réussite pour...

14 janvier 2026

Maggio Musicale Fiorentino: un buon successo per Tosca...

14 janvier 2026

Spectacle Bernstein à Massy Anatomies de l’amour :...

12 janvier 2026

Humeurs

  • À la Fenice de Venise, un concert du Nouvel An sous le signe d’un silence assourdissant

    3 janvier 2026

En bref

  • Les brèves de janvier –

    22 janvier 2026
  • Ça s’est passé il y a 200 ans
    Création d’ALAHOR IN GRANATA de Donizetti

    7 janvier 2026

La vidéo du mois

Édito

  • Bonne année 2026 !

    1 janvier 2026

PODCASTS

PREMIÈRE LOGE, l’art lyrique dans un fauteuil · Adriana Gonzàlez & Iñaki Encina Oyón – Mélodies Dussaut & Covatti

Suivez-nous…

Suivez-nous…

Commentaires récents

  • Gérard dans Démission de Jean-Louis Grinda, un seul opéra programmé cet été en version de concert… : AVIS DE TEMPÊTE SUR LES CHORÉGIES D’ORANGE
  • Alain dans À l’Opéra Bastille, un Siegfried somptueux vocalement
  • Gauthier Am dans À la Fenice de Venise, un concert du Nouvel An sous le signe d’un silence assourdissant
  • Ivonne Begotti dans Intervista – Pier Luigi Pizzi : « Verdi è il paradigma del melodramma! »
  • Ivonne Begotti dans Intervista – Pier Luigi Pizzi : « Verdi è il paradigma del melodramma! »

Première loge

Facebook Twitter Linkedin Youtube Email Soundcloud

Keep me signed in until I sign out

Forgot your password?

Login/Register

Keep me signed in until I sign out

Forgot your password?

Rechercher

Archives

  • Facebook
  • Twitter
  • Youtube
  • Email
Première Loge
  • Accueil
  • À Voir
  • Avant-concerts
  • Vu pour vous
  • Artistes
  • Œuvres
  • Médiathèque
  • Humeurs

A découvrirx

Création française de La Passagère de...

24 janvier 2026

Turin : La Cenerentola – Le...

22 janvier 2026

Werther à l’Opéra-Comique : le drame lyrique...

21 janvier 2026