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Requiem de Verdi : la fervente prière de Riccardo Muti à la Philharmonie de Paris

par Aurélie Mazenq 7 octobre 2024
par Aurélie Mazenq 7 octobre 2024
© Todd Rosenberg
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5,5K

Les apparitions rarissimes de l’illustre chef Riccardo Muti en Europe ont fait de ce concert parisien un des moments les plus prestigieux de la saison. Cette soirée, tant attendue, représentait pour moi une opportunité unique d’écouter le maestro en personne, alors que jusqu’ici, je ne l’avais connu qu’à travers des vinyles. C’est donc avec une grande excitation, et une admiration déjà probablement acquise, que cette expérience musicale fut abordée.

Chaque interprète de talent, à chaque époque, jette sur le Requiem un regard neuf, et ce qui compte pour nous reste avant tout la qualité et la singularité de ce regard porté sur l’ouvrage. Loin des versions profondément dramatiques et théâtrales qu’il a enregistrées à plusieurs reprises, Riccardo Muti livre en cette soirée une lecture plus personnelle et épurée. L’instant partagé avec le public nombreux résonne comme une longue prière universelle adressée à l’éternité avec une grande humanité. Sa direction claire et engagée galvanise l’Orchestre National de France. L’emblématique chef d’orchestre apparait visiblement heureux de retrouver ces musiciens, à qui il voue une loyauté sans faille pour ses concerts dans l’Hexagone, et ce depuis 44 ans !

Les dynamiques imaginées par Verdi apparaissent avec toute leur force. Le charismatique chef est attentif aux moindres détails. Par le soin constant apporté aux équilibres et aux nuances, il créée sous sa baguette des nappes sonores d’une précision inouïe. L’orchestre et les chœurs déploient une palette de couleurs extrêmement contrastées. Au thème méditatif et profondément pénétrant du début de l’ouvrage succède la puissance de la terreur de la mort porté notamment par les chœurs dans le Dies Irae.

Parfaitement préparé par Alessandro Di Stefano, le chœur de Radio France brille par ses attaques vives et précises. Riccardo Muti impose une attention constante portée au sens des mots et au phrasé, parfaitement maitrisé, dans le but de rendre justice au texte. À la gravité majestueuse du Rex tremendae succèdera la douceur du Lacrymosa, avant l’exaltation finale des fugues du Sanctus et du Libera me.

Le quatuor vocal particulièrement homogène prend également part à ce voyage mystique. C’est en symbiose, respirant avec eux, sans jamais les quitter du regard, que le maestro cherche à tirer le meilleur parti de la vocalité et de la personnalité des interprètes.

L’azerbaidjanais Maharram Huseynov fait une entrée remarquée, introduit par le chœur dans le Tuba Mirum. D’abord murmuré, puis livré à un crescendo ou le mot mors (la mort) revient avec insistance, la basse laisse entendre un timbre chaud et une belle qualité d’émission. 

La partition de mezzo-soprano brillamment interprétée par Marie-Nicole Lemieux prend toute son envergure dans le Liber scriptus qui voit s’opposer un thème lyrique et un thème dramatique. Profondément imprégnée du sens du texte, elle confère un soin particulier à sa diction et aux intentions qu’elle souhaite transmettre au public. Son timbre chaud et rond se déploie dans le Recordare, enveloppant, plein de douceur et d’humanité, partagé avec la soprano.  C’est donc une prestation maitrisée et réussie pour la contralto canadienne qui collaborait avec le Maestro pour la première fois.

Le timbre solaire et léger du jeune Giovanni Sala (qui vient d’interpréter, en alternance, Un ballo in maschera au festival Verdi de Parme) convainc l’auditoire. Son chant élégant et raffiné, dans le plus pur style italien, confère à son repentir beaucoup de noblesse et de sincérité. Les aigus sont sûrs même si quelques petites imprécisions, bien vites pardonnées, se font entendre, au fil de la soirée.

Enfin, la soprano Iwona Sobotka, conviée à la dernière minute pour remplacer Juliana Grigoryan souffrante, crée la surprise. Son timbre brillant et sa projection parfaitement assurée emplit pleinement l’enceinte de la Philharmonie, quitte à parfois déstabiliser l’équilibre du plateau vocal. Apportant de la lumière dans nombre de ses interventions, elle impressionne par sa maîtrise des sons filés. Plus théâtrale que ses partenaires, elle propose un Libera me d’abord psalmodié puis déclamé plus amplement avec beaucoup de conviction.

Indissolublement associé à l’œuvre de Verdi, le maestro italien démontre une nouvelle fois sa maitrise de l’ouvrage. Tantôt sobrement dramatique, tantôt largement déployé dans un chant d’une douceur poignante, tantôt confié aux puissantes structures contrapuntiques, le Requiem proposé ce soir devient un hymne à la dignité humaine. Lors d’un instant, remords, regrets et espérances se voient transcendés. Nul doute que le pardon et la lumière soient au bout du chemin ! L’interprétation de Riccardo Muti nous révèle la clarté, la simplicité et la force de l’œuvre, qui constituent l’essence même du génie de Verdi.

Concert à réécouter en podcast durant 1 mois.

Les artistes

Soprano : Iwona Sobotka
Contralto : Marie-Nicole Lemieux
Ténor : Giovanni Sala
Basse : Maharram Huseynov

Orchestre National de France, dir. Riccardo Muti
Chœur de Radio France, dir. Alessandro Di Stefano

Le programme

Messa da requiem

Œuvre de Giuseppe Verdi, créée en l’église San Marco de Milan le 22 mai 1874.
Philharmonie de Paris, concert du vendredi 4 octobre 2024.

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Marie-Nicole LemieuxRiccardo MutiGiovanni SalaIwona SobotkaMaharram Huseynov
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Aurélie Mazenq

Critique musicale passionnée, Aurélie Mazenq fréquente les théâtres lyriques comme on entreprend un voyage : avec curiosité, émerveillement et l'envie intacte de se laisser surprendre. Des grandes scènes européennes aux maisons plus confidentielles, elle collectionne moins les spectacles que les émotions. À travers ses chroniques, elle aime partager ces vibrations invisibles qui naissent entre les artistes et le public, et qui font de chaque représentation une expérience unique.

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