À la une
Découvrez la saison 2027 du Teatro San Carlo de Naples
Fenice de Venise – Vénus et Adonis Sciarrino réécrit le...
In memoriam – MIGNON DUNN, grande mezzo-soprano américaine et pédagogue...
Saison 2027 du Teatro Comunale de Bologne : éclectisme et...
Les festivals de l’été –Nadine Sierra enchante les Chorégies d’Orange
Les brèves de juillet –
Carmen : nouvelle mise en scène de Damiano Michieletto à la Scala...
Le siège de Corinthe : 1826-2026 Pour en savoir plus sur...
Entre larmes et éclats de rire : les deux visages de...
Lucia di Lammermoor : la mise en scène de Yannis...
  • Accueil
  • À Voir
  • Avant-concerts
  • Vu pour vous
  • Artistes
  • Œuvres
  • Médiathèque
  • Humeurs
Première Loge

Pour ne rien manquer de l'actualité lyrique, restons en contact !

Compte renduConcert

Vérone-sur-Garonne, ou Roméo et Juliette à l’Opéra de Bordeaux

par Stéphane Lelièvre 7 mars 2020
par Stéphane Lelièvre 7 mars 2020
Roméo et Juliette à l'opéra de Bordeaux
0 commentaires 0FacebookTwitterPinterestEmail
1,7K

Ce qui fait les grandes soirées lyriques, ce n’est pas seulement le fait d’afficher des noms glorieux dans les rôles principaux – tout lyricophile serait a priori en mesure de faire ! C’est aussi et peut-être avant tout le fait de créer un esprit d’équipe entre les artistes et de soigner la distribution jusque dans les plus petits rôles. Et c’est précisément ce que vient de réussir l’Opéra national de Bordeaux avec ce Roméo et Juliette que l’on peut d’ores et déjà considérer comme l’une des soirées les plus excitantes, vocalement, de toute cette saison.

Un exemple significatif : le rôle de Tybalt est certes secondaire. Pourtant, l’interprète doit impérativement rayonner vocalement et physiquement afin de rendre crédible, dramatiquement, sa violente opposition à Roméo. Ainsi l’Opéra de Bordeaux n’a pas hésité à distribuer dans le rôle, en la personne de Thomas Bettinger, un Duc de Mantoue, un José, un Werther, un Lenski (rôle dans lequel le ténor français vient de remporter un très beau succès à Marseille). Le second tableau du troisième acte, qui voit Tybalt affronter violemment Mercutio puis Roméo, atteint ainsi une puissance, une urgence dramatiques rares. Les autres seconds rôles sont à l’avenant : l’intervention de Geoffroy Bussière en Duc de Vérone est empreinte de toute la noblesse de ton requise par le personnage ; Romain Dayez, sobre et stylé, parvient à faire de Pâris mieux qu’une simple silhouette ; Marie-Thérèse Keller est une Gertrude truculente mais non caricaturale.

Les rôles de Stéphano, Mercutio et Frère Laurent sont évidemment plus importants et plus exposés. Adèle Charvet croque un page adorable, observateur désemparé de la catastrophe qu’il a déclenchée par son inconséquence. Ses couplets de la « blanche tourterelle » sont d’une précision et d’une musicalité impeccables . On a rarement vu Philippe-Nicolas Martin à ce point à l’aise sur scène : Mercutio fougueux et virevoltant, il ne fait qu’une bouchée de son rôle, qu’il chante avec une musicalité (et une implication) de tous les instants, dans un français aussi clair que s’il était parlé. Nicolas Courjal joue la carte de l’humain plus que du hiératisme ou de la grandiloquence, et son « Buvez donc ce breuvage », chanté à fleur de lèvres, est un moment très touchant.

Mention spéciale au valeureux Jean-Christophe Lanièce, arrivé de Toulouse (où il répète Platée) deux heures avant le début de la représentation pour remplacer Christian Helmer, aphone. Lisant à l’avant-scène une partition qu’il chante pour la première fois (pendant que Christian Helmer mime le rôle sur scène), il fait mieux que sauver la soirée : sa voix, certes jeune et fraîche pour le personnage, permet au chanteur de brosser un Capulet original, plus dans la tendresse et la compassion que dans l’autorité ou l’injonction.

Mais toute l’attention des spectateurs était bien sûr avant tout focalisée sur le couple éponyme. L’apparition de Nadine Sierra est un ravissement. Élégantissime, fraîche et naturelle dans son jeu comme dans son chant, l’identification avec le personnage est constamment possible. La voix possède de vrais graves et un beau médium (le monologue « La haine est le berceau de cet amour fatal », pierre d’achoppement pour de nombreux sopranos trop légers distribués en Juliette, est remarquablement maîtrisé), mais aussi des aigus frais et faciles. Le chant est nuancé sans afféterie, et le dramatisme de la scène du poison puissant. À un tel degré de qualité, ergoter sur un français qui, ici ou là, pourrait être mieux prononcé (il l’est d’ailleurs globalement de façon tout à fait satisfaisante) relèverait de la goujaterie. Quant au Roméo de Pene Pati, c’est un enchantement de tous les instants. De l’attaque tendrissime du « Ô nuit, sous tes ailes obscures, abrite-moi » (acte II), chanté en voix mixte, jusqu’à l’aigu forte, absolument stupéfiant de facilité, qui clôt le troisième acte (« Je mourrai mais je veux la revoir ! »), le panel de nuances semble infini. Pene Pati chante comme d’autres parlent, avec un naturel et une facilité confondants. Le respect du style (à un ou deux points d’orgue près) et l’émotion sont constants, et la pureté du français ferait pâlir plus d’un chanteur francophone. Une interprétation bouleversante, qui fait de Pene Pati, sans aucune doute possible, l’un des meilleurs titulaires du rôle aujourd’hui – et un ténor à suivre absolument.

Si l’on ajoute à cela la qualité extrême des chœurs (nuancés comme jamais), de l’orchestre, galvanisé par la direction incandescente de Paul Daniel, et une mise en espace (signée Justin Way – à vrai dire presque une mise en scène) sobre, efficace, laissant librement s’épanouir la musique, on obtient… une soirée d’exception, au cours de laquelle l’émotion, dans le public, est palpable.

Au rideau final, les artistes sont littéralement noyés sous des torrents d’applaudissements. Vous l’avez compris : ces représentations sont à ne pas rater. Bravez les inondations, le réchauffement climatique, les manifestations, le coronavirus, et foncez à Bordeaux : jusqu’au 15 mars, Vérone est en Aquitaine. 

Pour ce concert, Stéphane Lelièvre a bénéficié d’une invitation de l’Opéra de Bordeaux.

Les artistes

Roméo Pene Pati
Frère Laurent Nicolas Courjal
Mercutio Philippe-Nicolas Martin
Tybalt Thomas Bettinger
Le Comte Capulet Jean-Christophe Lanièce/Christian Helmer
Le Comte Pâris Romain Dayez
Le Duc de Vérone Geoffroy Buffière
Juliette Nadine Sierra
Stéphano Adèle Charvet
Gertrude Marie-Thérèse Keller

Chœur de l’Opéra National de Bordeaux, Orchestre National Bordeaux Aquitaine, dir. Paul Daniel
Mise en espace Justin Way

Le programme

Roméo et Juliette est un opéra en cinq actes de Charles Gounod, livret de Jules Barbier et Michel Carré d’après le drame homonyme de Shakespeare, créé à Paris au Théâtre-Lyrique le 27 avril 1867.

Représentation du 07 mars 2020

image_printImprimer
Adèle CharvetPhilippe-Nicolas MartinPaul DanielPene PatiNadine SierraNicolas Courjal
0 commentaires 0 FacebookTwitterPinterestEmail
Stéphane Lelièvre

Stéphane Lelièvre est maître de conférences en littérature comparée, responsable de l’équipe « Littérature et Musique » du Centre de Recherche en Littérature Comparée de la Faculté des Lettres de Sorbonne-Université. Il a publié plusieurs ouvrages et articles dans des revues comparatistes ou musicologiques et collabore fréquemment avec divers opéras pour la rédaction de programmes de salle (Opéra national de Paris, Opéra-Comique, Opéra national du Rhin,...) Il est co-fondateur et rédacteur en chef de Première Loge.

Laisser un commentaire Annuler la réponse

Sauvegarder mes informations pour la prochaine fois.

This site uses Akismet to reduce spam. Learn how your comment data is processed.

post précédent
Au Palais Garnier, Yvonne de Bourgogne met le Prince en rogne – et triomphe sans vergogne (malgré sa drôle de trogne)
prochain post
Don Quichotte se meurt à l’Opéra de Tours…

Vous allez aussi aimer...

Fenice de Venise – Vénus et Adonis Sciarrino...

30 juin 2026

Les festivals de l’été –Nadine Sierra enchante les...

29 juin 2026

Carmen : nouvelle mise en scène de Damiano Michieletto à...

29 juin 2026

Entre larmes et éclats de rire : les deux...

29 juin 2026

Lucia di Lammermoor : la mise en scène...

28 juin 2026

Otello préfère l’amour en mer à l’opéra de...

28 juin 2026

Les Deux Pêcheurs au Théâtre du Châtelet, une...

24 juin 2026

Le nozze di Teti e Peleo : quand...

23 juin 2026

Le Requiem de Verdi à Bordeaux : l’audace...

21 juin 2026

Rendez-vous annuel : la Folle soirée de Radio Classique...

20 juin 2026

Humeurs

  • La colline verte n’a pas fini de rougir —
    L’affaire Friedman et les fantômes de Bayreuth : le festival Wagner bute sur son passé antisémite

    26 juin 2026

En bref

  • Les brèves de juin –

    19 juin 2026
  • Ça s’est passé il ya 200 ans : création de Don Gregorio de Gaetano Donizetti

    11 juin 2026

La vidéo du mois

Édito

  • L’été des festivals : la parenthèse enchantée qu’attendent tous les lyricophiles !

    3 juin 2026

Suivez-nous…

Suivez-nous…

Commentaires récents

  • Sab dans Timothée Chalamet, ou la médiocrité tranquille
  • Le Clerre dans Otello préfère l’amour en mer à l’opéra de Liège
  • Stéphane Lelièvre dans Otello préfère l’amour en mer à l’opéra de Liège
  • J. Francois dans Otello préfère l’amour en mer à l’opéra de Liège
  • Sabine Teulon Lardic dans La colline verte n’a pas fini de rougir —
    L’affaire Friedman et les fantômes de Bayreuth : le festival Wagner bute sur son passé antisémite

Première loge

Facebook Twitter Linkedin Youtube Email Soundcloud

Keep me signed in until I sign out

Forgot your password?

Login/Register

Keep me signed in until I sign out

Forgot your password?

Rechercher

Archives

  • Facebook
  • Twitter
  • Youtube
  • Email
Première Loge
  • Accueil
  • À Voir
  • Avant-concerts
  • Vu pour vous
  • Artistes
  • Œuvres
  • Médiathèque
  • Humeurs

A découvrirx

Fenice de Venise – Vénus et...

30 juin 2026

Les festivals de l’été –Nadine Sierra...

29 juin 2026

Carmen : nouvelle mise en scène de...

29 juin 2026