À la une
Le Crépuscule des dieux de Wagner à Bastille pour les...
« Faute et Pardon » au Festival Verdi 2027 de Parme
À Lille, les voix de la magicienne Alcina enchantent dans...
Brèves d’octobre –
Découvrez le programme 2027 du Festival de Pâques d’Aix-en-Provence
Ça s’est passé il y a 200 ans : création du...
Wozzeck à Florence : Marie, gratia plena
PAATA BURCHULADZE : UN AN DE PRISON, ET LE SILENCE...
Édito de septembre –L’inaltérable modernité des chefs-d’œuvre
Trois visions de l’Amérique au Théâtre des Champs-Élysées
  • Accueil
  • À Voir
  • Avant-concerts
  • Vu pour vous
  • Artistes
  • Œuvres
  • Médiathèque
  • Humeurs
Première Loge

Subscribe our Newsletter for latest news.

Compte renduVu pour vousConcert

Les Apaches ! présentent leur CD La Tragédie de Salomé à la Bibliothèque La Grange-Fleuret

par Stéphane Lelièvre 17 février 2023
par Stéphane Lelièvre 17 février 2023
0 commentaires 3FacebookTwitterPinterestEmail
2,1K

À la Bibliothèque La Grange-Fleuret s’est tenue hier soir (jeudi 16 février) une table ronde-concert animée par Tristan Labouret, autour de La Tragédie de Salomé de Florent Schmitt. Une formule aussi originale que plaisante et convaincante, puisque les propos des musiciens en présence – le chef Julien Masmondet, le compositeur Fabien Touchard, le pianiste Philippe Hattat, le trompettiste Arthur Escriva, la flûtiste Marie Laforge (qui a brillamment interprété l’étonnant Prologue à La Tragédie de Salomé composé par Fabien Touchard) – ont régulièrement été étayés, illustrés, prolongés par des extraits musicaux tantôt joués en direct pour le public, tantôt diffusés à partir de l’enregistrement de cette même œuvre tout récemment parue chez B. records. Mais les auditeurs présents ont également eu la surprise d’entendre certaines performances de nature hybride, où la musique live s’est mêlée de façon inattendue à la bande enregistrée, avec à la clé un résultat étonnant, comme dans la vocalise gravée pour le CD par Sandrine Buendia et accompagnée au piano par Philippe Hattat.

Une originalité formelle que n’auraient reniée ni Les Apaches première génération (ceux de la société fondée en 1900, composée d’artistes qui se réunissaient chaque semaine chez Paul Sordes, Tristan Klingsor ou Maurice Delage), ni la danseuse Loïe Fuller, créatrice de La Tragédie de Salomé, toujours à l’affût de nouveautés techniques, esthétiques, artistiques !

(À droite, Loïe Fuller répétant dans le jardin de sa maison vers 1900, Houghton Library, Harvard University)

Même s’il s’agissait avant tout pour les artistes de donner une visibilité au très bel album venant de paraître, cette rencontre a été bien plus qu’un simple moment de promotion : les musiciens ont saisi cette occasion pour défendre cette œuvre en particulier, vraiment superbe et encore trop peu connue, mais aussi plus généralement son auteur, le compositeur Florent Schmitt (1870-1958), de même que d’autres musiciens français du début du siècle, de grande valeur, mais que la notoriété immense de Debussy ou Ravel a parfois quelque peu rejetés dans l’ombre.

Alors que la création française de la Salomé de Strauss vient tout juste d’avoir lieu au Châtelet (le 8 mai 1907), Schmitt propose donc sa vision de la légende biblique quelques mois plus tard, le 9 novembre, au Théâtre des Arts à Paris. L’intérêt de la démarche entreprise par le chef Julien Masmondet réside dans le fait de nous faire entendre non pas la suite symphonique pour grand orchestre (que Schmitt tirera de son œuvre trois ans plus tard), mais l’œuvre originale elle-même, telle qu’elle fut créée au Théâtre des Arts. À la rutilance et au tragique straussiens, Schmitt oppose un langage et un dramatisme très personnels, certes ancrés dans la mouvance debussyste si prisée à l’époque, mais sans pour autant jamais donner dans l’hommage stérile ou, encore moins, le plagiat. Tour à tour sensuel, sombre, raffiné, lumineux, dramatique, son orchestre porte le drame et assure la narration : la voix n’est en effet sollicitée qu’exceptionnellement, de façon fugitive (lors des « Enchantements sur la mer »), et sans le recours aux paroles – le soprano ne chantant qu’une longue et magnifique vocalise, dont les mélismes empreints de mystères sont superbement rendus par la voix fraîche et sensuelle de Sandrine Buendia.

Le chef et les instrumentistes ne tarissent pas d’éloges sur le talent de Schmitt, grâce auquel la formation orchestrale, de taille modeste (une vingtaine d’instrumentistes, la fosse du Théâtre des Arts ne pouvant en contenir davantage) tantôt sonne comme un véritable orchestre symphonique, tantôt fait entendre une légèreté et un ciselé quasi chambristes. Cet effectif relativement réduit, expliquent Julien Masmondet et Arthur Escriva, permet aux musiciens tout à la fois de se fondre dans l’ensemble, et d’avoir la visibilité/d’assumer la responsabilité d’un soliste. De fait, si le très talentueux Philippe Hattat fait sonner au piano (un superbe Steinway… 1907 !) certains thèmes ou motifs, analysés et commentés de façon éclairante et très pédagogique par Julien Masmondet, l’écoute de la version orchestrale enregistrée permet par la suite de saisir toute la finesse et toute la richesse de l’orchestre de Schmitt, avec entre autres exemples, des « Enchantements sur la mer » aux couleurs tout à tour transparentes, chatoyantes, délicatement irisées, qui semblent littéralement mettre en sons le caractère morcelé, évanescent du miroitement du soleil sur l’eau. Philippe Hatta ne se contente pas par ailleurs d’illustrer les propos de Julien Masmondet par de micro-interventions : certaines pages importantes et difficiles (la « Danse des Perles », la « Danse de l’Effroi ») lui reviennent également, et il s’en acquitte avec un tel brio qu’on en vient à espérer un enregistrement de cette version de l’œuvre pour piano (une réduction écrite par Florent Schmitt lui-même).

Bref, après les représentations données en 2021 à Rungis, Rochefort, Avignon et Paris (Théâtre de l’Athénée), démonstration a été faite, une nouvelle fois, de la grande qualité de ce « drame muet en deux actes ». Pour vous en rendre compte par vous-même, rendez-vous prochainement sur la plateforme b.concerts, où cette émission sera diffusée ; ou, mieux encore, procurez-vous le très beau CD enregistré par Les Apaches pour découvrir ou redécouvrir cette œuvre rare. Et espérons que le spectacle de 2021 puisse faire l’objet de reprises !

image_printImprimer
Les Apaches
0 commentaires 3 FacebookTwitterPinterestEmail
Stéphane Lelièvre

Stéphane Lelièvre est maître de conférences en littérature comparée, responsable de l’équipe « Littérature et Musique » du Centre de Recherche en Littérature Comparée de la Faculté des Lettres de Sorbonne-Université. Il a publié plusieurs ouvrages et articles dans des revues comparatistes ou musicologiques et collabore fréquemment avec divers opéras pour la rédaction de programmes de salle (Opéra national de Paris, Opéra-Comique, Opéra national du Rhin,...) Il est co-fondateur et rédacteur en chef de Première Loge.

Laisser un commentaire Annuler la réponse

Sauvegarder mes informations pour la prochaine fois.

This site uses Akismet to reduce spam. Learn how your comment data is processed.

post précédent
« Compositrices et mélodies françaises » à l’Amphi Bastille – Reines par la faveur des dieux
prochain post
Paolo OLMI

Vous allez aussi aimer...

Le Crépuscule des dieux de Wagner à Bastille...

10 octobre 2026

« Faute et Pardon » au Festival Verdi 2027 de...

10 octobre 2026

À Lille, les voix de la magicienne Alcina...

9 octobre 2026

Wozzeck à Florence : Marie, gratia plena

8 octobre 2026

Trois visions de l’Amérique au Théâtre des Champs-Élysées

6 octobre 2026

Milan – Redécouverte de CHATTERTON : le Werther...

5 octobre 2026

L’amour des trois oranges à Lyon : une ouverture de...

5 octobre 2026

Tours, Concerts d’automne : la merveille du Livre...

5 octobre 2026

WERTHER à Rennes : Charlotte embrasse la première

5 octobre 2026

A l’Opéra de Nice, une rentrée de folie...

4 octobre 2026

Humeurs

  • PAATA BURCHULADZE : UN AN DE PRISON, ET LE SILENCE ASSOURDISSANT DU MONDE LYRIQUE

    7 octobre 2026

En bref

  • Brèves d’octobre –

    9 octobre 2026
  • La vidéo du mois : Gala aus dem Festspielhaus Baden-Baden – Anja Harteros, Ekaterina Gubanova, Jonas Kaufmann, Bryn Terfel et Marco Armiliato

    1 octobre 2026

La vidéo du mois

Édito

  • Édito de septembre –
    L’inaltérable modernité des chefs-d’œuvre

    7 octobre 2026

Suivez-nous…

Suivez-nous…

Commentaires récents

  • Hugues Rameau dans A l’Opéra de Nice, une rentrée de folie avec Orlando de Haendel
  • Hugues Rameau dans À Lille, les voix de la magicienne Alcina enchantent dans la confusion des genres
  • Erwann Beracourt dans A l’Opéra de Nice, une rentrée de folie avec Orlando de Haendel
  • Erwann Beracourt dans À Lille, les voix de la magicienne Alcina enchantent dans la confusion des genres
  • Virginie dans Les Vêpres de la Vierge à la Philharmonie : une relecture raffinée.  

Première loge

Facebook Twitter Linkedin Youtube Email Soundcloud

Keep me signed in until I sign out

Forgot your password?

Login/Register

Keep me signed in until I sign out

Forgot your password?

Rechercher

Archives

  • Facebook
  • Twitter
  • Youtube
  • Email
Première Loge
  • Accueil
  • À Voir
  • Avant-concerts
  • Vu pour vous
  • Artistes
  • Œuvres
  • Médiathèque
  • Humeurs

A découvrirx

Le Crépuscule des dieux de Wagner...

10 octobre 2026

« Faute et Pardon » au Festival Verdi...

10 octobre 2026

À Lille, les voix de la...

9 octobre 2026