À la une
Ça s’est passé il y a 200 ans : création d’Ivanhoé,...
Le Crépuscule des dieux au T.C.E. : le Walhalla s’embrase avenue...
Il barbiere di Siviglia : toujours très efficace, la mise en...
L’amour au temps de l’IA et de la gentrification :...
Les brèves de septembre
Vincenzo MILLETARÌ : « Certaines partitions ne doivent pas être dirigées...
Zaïde de Mozart fait sa rentrée au Lycée Carnot pour...
« Continuer à surprendre, explorer de nouveaux répertoires et imaginer des...
Conservatoire Peri-Merulo de Reggio Emilia e Castelnuovo Monti – Masterclass...
Rencontre avec le metteur en scène FABIO CERESA : « J’aime...
  • Accueil
  • À Voir
  • Avant-concerts
  • Vu pour vous
  • Artistes
  • Œuvres
  • Médiathèque
  • Humeurs
Première Loge

Subscribe our Newsletter for latest news.

Vu pour vous

« Ne donner la parole qu’à celles et ceux qui savent de quoi elles et ils parlent » : RENCONTRE AVEC DOMINIQUE PERNAZ, « DRAMATURGE ÉTHIQUE » À L’OPÉRA DE LUGANO

par Félicité Charmille 1 avril 2021
par Félicité Charmille 1 avril 2021
0 commentaires 6FacebookTwitterPinterestEmail
2,K

Un édito en forme d’interview ce mois-ci : comment représenter les œuvres d’autrefois sans heurter les sensibilités d’aujourd’hui ? Éléments de réponse avec Dominique Pernaz, seule Française de l’équipe administrative de l’Opéra de Lugano, qui vient tout juste d’être nommée dramaturge éthique de cette prestigieuse institution.

Dominique Pernaz, vous avez été nommée responsable de la « dramaturgie éthique » par le nouveau directeur de l’Opéra de Lugano. Pouvez-vous nous expliquer en quoi consistent vos fonctions?
C’est très simple : nous avons constaté que de trop nombreuses et nombreux compositrices et compositeurs donnaient la parole à des personnages dont en fait, elles et ils ne savent à peu près rien. C’est insupportable. Bizet était-il une gitane volage ? Non. Comment peut-il faire chanter Carmen ? Rossini était-il chargé de ramasser les cendres de sa cheminée ? Non. Comment peut-il comprendre Cendrillon ? La mère de Strauss a-t-elle assassiné son époux dans sa baignoire ? Je ne crois pas. Pourquoi se permet-il de donner la parole à Elektra ? Kaija Saariaho  est-elle un troubadour du XIIe siècle ? A-t-elle jamais vécu un « Amour de loin » ? Pas que je sache. Son opéra du même nom ne doit plus être représenté. Il faut que cela cesse.

Dominqiue Pernaz, responsable de la dramaturgie éthique à l'Opéra de Lugano © Éthique-et-toc

Mais à ce rythme, ne croyez-vous pas que le panel d’œuvres représentées à l’opéra ne se réduise de façon drastique ?
C’est un risque que nous assumons. Mais ce n’est pas si sûr… Prenez Massenet par exemple : ses parents n’ont jamais songé à l’envoyer au couvent pour éteindre un trop fort penchant pour le plaisir. Manon sera donc retirée de l’affiche. En revanche, j’ai découvert qu’il avait, au fil de son existence, envoyé d’assez nombreuses lettres, dont certaines ont même été reçues par leurs destinataires pendant les fêtes de Noël.

  Werther a donc toute sa place sur la scène de l’Opéra de Lugano. Mais certains piliers du répertoire vont disparaître, c’est certain : à moins qu’on ne me prouve que Verdi était parisienne et courtisane, La Traviata ne sera plus jamais jouée chez nous !

Une lettre autographe de Jules Massenet

Il n’y aura aucune exception ? Aucune dérogation ?
Si bien sûr. Mais elle seront toujours fondées sur des critères très précis et des enquêtes de terrain menées par une équipe de chercheuses et de chercheurs dévouées et dévoués. Qu’on me prouve que Britten bégayait quand il prenait le bateau et Billy Budd pourra faire son retour sur nos scènes.  

Célestine Galli-Marié, la créatrice de Carmen

Mais tout de même, un théâtre comme l’Opéra de Lugano ne peut pas se passer de Carmen ?
Vous avez parfaitement raison. C’est pourquoi nous avons lancé un grand concours de composition musicale pour une nouvelle œuvre qui s’appellera Carmen for real. L’idée, encore une fois, est de donner la parole à celles et ceux qui savent vraiment de quoi elles et ils parlent. Initialement, nous avions posé un certains nombre de critères très précis à respecter pour pouvoir concourir. Mais afin de recevoir le plus grand nombre possible de propositions, nous n’avons finalement retenu que les conditions suivantes : les compositrices doivent être des gitanes âgées de 20 à 25 ans, avoir un faible pour l’étrange musique produite par les tringles des sistres, et avoir été harcelée par un soldat faible et geignard.

Mais dans ces conditions, comment justifier la programmation d’Aida sur votre scène en juin prochain ?
Oh, c’est très simple : nous savons, de source sûre, que Verdi, à l’âge de 8 ans, s’était travesti en Éthiopienne pour le bal costumé de son école. Il est fort à parier que ce événement a développé chez lui une forme d’empathie pour les princesses africaines injustement maltraitées par leurs consœurs égyptiennes. De la même façon, nous pensons que si Constance avait été enlevée par un pacha, Mozart serait allé la délivrer. Pourquoi n’est-ce pas arrivé, me direz-vous ? Pour deux raisons très simples : tout simplement parce que les voyages entre la Turquie et l’Europe étaient bien plus complexes à organiser du temps de Mozart qu’aujourd’hui, où l’avion a singulièrement contribué à rapprocher les frontières. Ensuite, et j’insiste particulièrement sur ce point, parce que Constance Mozart n’a jamais été enlevée. En tout cas, nous allons programmer L’Enlèvement au sérail l’an prochain, quitte a justifier notre choix par une petite notice explicative dans le programme. Mais La Flûte enchantée, certainement pas. Mozart n’a jamais su jouer de la flûte. Jamais.

Pour en savoir plus sur les fonctions du dramaturge éthique à l’Opéra, c’est ici !

image_printImprimer
Pêche au gros
0 commentaires 6 FacebookTwitterPinterestEmail
Félicité Charmille

Née à Oucques-la-Joyeuse en 1805, Félicité Charmille est l’auteure de recueils poétiques (Marguerites et renoncules, 1832), de romans (Le Papillon énamouré,1848) ou encore d'essais philosophiques (La Beauté des choses,1851). Mélomane passionnée, sa longévité exceptionnelle (elle meurt à Bourg-la-Reine en 1904), lui permit d'être l'amie intime de Rossini, Bellini, Donizetti, Verdi, Wagner, Moussorgski, Berlioz, Offenbach, Gounod, Liszt, Schumann, Bizet, Thomas, Hervé, Planquette et Debussy. Son esprit hante encore les salles de concerts, et elle nous envoie à l'occasion les commentaires que lui inspirent les spectacles du XXIe siècle.

Laisser un commentaire Annuler la réponse

Sauvegarder mes informations pour la prochaine fois.

This site uses Akismet to reduce spam. Learn how your comment data is processed.

post précédent
Phryné inédite enregistrée à l’Opéra de Rouen
prochain post
Streaming – Athènes célèbre le bicentenaire de la Révolution grecque avec Andrea Chénier

Vous allez aussi aimer...

Le Crépuscule des dieux au T.C.E. : le Walhalla...

14 septembre 2026

Il barbiere di Siviglia : toujours très efficace, la...

14 septembre 2026

L’amour au temps de l’IA et de la...

13 septembre 2026

Zaïde de Mozart fait sa rentrée au Lycée...

11 septembre 2026

Conservatoire Peri-Merulo de Reggio Emilia e Castelnuovo Monti...

10 septembre 2026

Conservatorio Peri-Merulo di Reggio Emilia e Castelnuovo Monti...

9 septembre 2026

Turin : Britten, un Requiem pour demain

8 septembre 2026

Strauss et Mahler en majesté pour l’ouverture de...

4 septembre 2026

Les festivals de l’été –« Tout est accompli » (Jean,...

3 septembre 2026

Les festivals de l’été –Leçon de chant de...

31 août 2026

Humeurs

  • PAATA BURCHULADZE : onze mois déjà

    5 septembre 2026

En bref

  • Les brèves de septembre

    13 septembre 2026
  • La vidéo du mois –
    Hommage à Ileana Cotrubas : La traviata, « Parigi, o cara »

    2 septembre 2026

La vidéo du mois

Édito

  • Édito de septembre –
    Fin des festivals, début des festivités… avec la nouvelle saison lyrique 26-27 !

    1 septembre 2026

Suivez-nous…

Suivez-nous…

Commentaires récents

  • Renza Begotti dans Conservatorio Peri-Merulo di Reggio Emilia e Castelnuovo Monti – Masterclass del M.o Alessandro Corbelli 
  • Renza Begotti dans Conservatorio Peri-Merulo di Reggio Emilia e Castelnuovo Monti – Masterclass del M.o Alessandro Corbelli 
  • Pasquale de rosa dans Conservatorio Peri-Merulo di Reggio Emilia e Castelnuovo Monti – Masterclass del M.o Alessandro Corbelli 
  • Paola Nasi dans Conservatorio Peri-Merulo di Reggio Emilia e Castelnuovo Monti – Masterclass del M.o Alessandro Corbelli 
  • Francoise Prax dans Les brèves de septembre

Première loge

Facebook Twitter Linkedin Youtube Email Soundcloud

Keep me signed in until I sign out

Forgot your password?

Login/Register

Keep me signed in until I sign out

Forgot your password?

Rechercher

Archives

  • Facebook
  • Twitter
  • Youtube
  • Email
Première Loge
  • Accueil
  • À Voir
  • Avant-concerts
  • Vu pour vous
  • Artistes
  • Œuvres
  • Médiathèque
  • Humeurs

A découvrirx

Le Crépuscule des dieux au T.C.E. :...

14 septembre 2026

Il barbiere di Siviglia : toujours très...

14 septembre 2026

L’amour au temps de l’IA et...

13 septembre 2026