Les Paladins, dir. et clavecin : Jérôme Correas
Chantal Santon Jeffery – Soprano
Juliette Mey – Mezzo-soprano
Lucile Richardot – Mezzo-soprano
Jean-François Lombard – Haute-contre
Jean-François Novelli – Ténor
Lucien Moissonnier-Benert – Baryton / Basse
Mathieu Heim – Basse
Il Signor Lulli
Le Ballet de l’Impatience LWV 14 (1661)
1. Entrée
2. Les Preneurs de tabac « O immensa impazienza »
3. Coro di Scolari « Se non canto, io pur mi strozzo »
4. Il Maestro « Recipe tabachi »
5. Coro di Scolari « Al corpo di Bacco »
6. Il Maestro « Ma, per più gran piacere »
7. Coro « Vogliam dunque vedere »
8. Ritournelle
9. Aria « Altri e da quel che fu »
10. Coro « Oh, che concerto armonico »
11. Air pour les paysans et canards
Ballet d’Alcidiane LWV 9 (1658)
12. La petite chaconne
13. Récit italien « Cede al nostro valore ogni deità »
Ballet de la Raillerie LWV 11 (1659)
14. Ritournelle
15. La Musica italiana, la Musique française « Gentil Musica francese »
Ballet des Amours déguisés LWV 21 (1664)
16. Récit italien « Ah Rinaldo, e dove sei? »
17. « Ahi che s’en vola »
18. « Ah, che spargo indarno gridi »
19. » E voi, moli incantate »
Le Bourgeois gentilhomme LWV 43 (1670)
20. Ritournelle italienne, Une Musicienne italienne « Di rigori armata il seno »
21. Ritournelle italienne, La Musicienne italienne « Ma sì caro è il mio tormento »
22. L’entrée des Scaramouches, Trivelins et Arlequins
23. Le Musicien italien et la Musicienne italienne « Bel tempo che vola »
24. Chaconne des Scaramouches, Trivelins et Arlequins
25. Le Musicien italien « Pupilla che vaga »
Ballet Royal d’Alcidiane LWV 9 (1658)
26. Ritournelle I
27. « Amiam dunque, infin ch’è lecito »
28. Ritournelle II
29. « Volan gl’anni, i giorni volano »
Ballet de la Raillerie LWV 11 (1659)
30. Ritournelle
31. La Beffa, La Saviezza, La Pazzia « L’un dell’altro ognun si burla »
32. La Beffa « Così a me sola è dato »
33. La Saviezza, La Pazzia « E di non ridere »
34. La Pazzia « Che colei solo col pondo »
35. La Saviezza « Che torcendo esse il timone »
36. La Saviezza « Ma voi, dee di belta »
37. La Beffa, La Saviezza, La Pazzia « … Sapete che fa Amor »
Psyché LWV 45 (1671)
38. Plainte italienne
39. Une Femme désolée « Deh, piangete al pianto mio »
40. La Femme désolée « Rispondete ai miei lamenti »
41. Un Homme affligé « Com’ esser può fra voi »
42. Air
43. La Femme désolée « Ahi, ch’indarno si tarda »
Les Noces de village LWV 19 (1663)
44. Barbacola « Son dottor per occasion »
L’Amour malade LWV 8 (1657)
45. Ritournelle
46. La Suivante des coquettes « E che sarebbe amor senza cochette? »
Le Carnaval, mascarade LWV 36 (1675)
47. Pourceaugnac « Giustizia, Giustizia! »
48. Pourceaugnac « O signor avvocato »
49. Premier Avocat « La polygamie est un cas pendable »
50. Pourceaugnac « Già so che chi due volte è maritato »
51. Pourceaugnac « Faccio la reverenza »
52. Second Avocat « Votre fait est clair et net »
53. Pourceaugnac « Tinque, tinque, tinque »
54. Second Avocat « Tous les peuples policés »
55. Pourceaugnac « Amor, crudel amor »
56. Les deux Apothicaires « Bondì, bondì, bondì »
57. Premier Apothicaire « Altro non è la pazzia »
58. Danse des Apothicaires
59. Les deux Apothicaires « Non vi date più tedio »
60. Les deux Apothicaires « Pigliatelo presto »
61. Les deux Apothicaires « Piglialo su, signor monsù »
62. Les deux Apothicaires « Piglialo su, che non ti farà male »
63. Air « Scocca pur tutt’i tuoi strali » LWV 76/3 (1695)
1 CD Aparté, octobre 2026
Porté par des musiciens complices et des chanteurs remarquables, ce programme fait souffler un vent de liberté et de fantaisie sur le répertoire baroque, entre verve italienne, raffinement français, virtuosité vocale et irrésistible sens du théâtre. La richesse des couleurs, la vivacité de l’interprétation et la joie communicative qui traversent tout l’enregistrement en font une réussite éclatante, aussi originale que réjouissante.
Cet enregistrement est une vraie réussite et une cure de jouvence, loin de toute musique emperruquée. Il y règne une atmosphère de joie et de fête qui ne se dément pas. Jonglant avec les partitions des années 1658-1675 d’un Lulli encore jeune, celui d’avant la tragédie lyrique, Jérome Correas réussit un disque allègre et bien venu. Avec ses complices des Paladins, musiciens superlatifs au son charnu et subtil, le chef instille un climat allègre et inspirant.
Tout débute dans la folie débridée et très commedia dell’arte du Ballet de l’impatience (1661). Et ce climat napolitain se retrouve ensuite dans l’hilarante petite saynète des Noces de village (1663) par un Matthieu Heim très en verve. Le ton est donné et il est au divertissement, comme dans cet « Air pour les paysans et les canards » du Ballet de l’Impatience. Enjoués dans le Bourgeois gentilhomme (avec une magnifique chaconne), lascifs dans le court Ballet royal d’Alcibiade, voici des Paladins poétiques dans les ritournelles de la Musicienne italienne du Bourgeois gentilhomme (1670).
Le Ballet de la raillerie de 1659 permet à Chantal Santon-Jeffery et Juliette Mey de rivaliser de virtuosité et de lyrisme. Plus de cent ans avant la joute du Directeur de théâtre de Mozart (1786), il met en présence deux chanteuses qui défendent l’une le répertoire français, l’autre le transalpin. C’est d’ailleurs aux sources italiennes que ce programme s’abreuve. D’où le titre du disque. La plainte d’Armide dans le Ballet des amours déguisés de 1664 donne à Lucile Richardot l’occasion d’un vrai moment théâtral incarné, vingt deux ans avant la tragédie homonyme. A elles trois, elles se taillent la part du lion avec un plaisir évident à mordre dans les mots en rivalisant de musicalité. La plainte italienne de Psyché est si touchante avec ce « Deh, piangete » bouleversant de Chantal Santon-Jeffery…
Alors que la mascarade du Carnaval de 1675 referme ce programme jouissif dans un vaste éclat de rire avec le haute-contre Jean-François Lombard incarnant un truculent Pourceaugnac et quelques répliques en français attribuées aux avocats de la saynète, dont cet inénarrable « La polygamie est un cas pendable ». Voilà bien un vrai remède contre la mélancolie comme le chantent deux apothicaires (Jean-François Novelli et Matthieu Heim) Et avec ces « Pigialo su », nous voici aux origines lointaines d’un Rossini (Figaro su, Figaro giu)…
Pourtant, c’est la voix de la mezzo Juliette Mey qui, dans une chaconne chantée, air publié en 1695, alliant vocalité italienne et sensibilité française, referme vraiment ce programme original. Il ne faut pas rater ce formidable kaléidoscope lulliste, proposé dans une si somptueuse réalisation !
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