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La spiritualité des Quattro pezzi de Verdi à l’Orchestre national de Montpellier 

par Sabine Teulon Lardic 14 juin 2026
par Sabine Teulon Lardic 14 juin 2026
© OONM
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Concert Schubert/Verdi, Opéra Comédie de Montpellier, vendredi 12 juin 2026

Cultiver l’intensité avec le Chœur et l’Orchestre national de Montpellier Occitanie, rejoints par le Chœur de l’Opéra de Nice : c’est chose accomplie lors du dernier concert de la saison montpelliéraine. Les Quattro pezzi sacri de VERDI ont imprégné l’auditoire d’une profonde émotion sous la lumineuse direction de Clelia Cafiero.

Si le Requiem de Verdi résonne avec puissance dans la mémoire collective – au concert, au cinéma, au gré des enregistrements – les Quatre pièces sacrées révèlent, elles, la personnalité intime du compositeur vieillissant. Composées séparément, de 1889 à 1897, elles suivent des séquences de la liturgie catholique latine. Plus tard assemblées par le chef Arturo Toscanini, ces Quatro Pezzi sacri forment désormais un polyptique d’une austère spiritualité, quelle que soit la croyance ou non-croyance de l’auditeur. Dans ces sortes d’enluminures chorales, la puissance orchestrale vient heurter les masses, plus souvent que dialoguer avec elles.

Dans l’Opéra-Comédie de Montpellier, après les émois schubertiens de la 5e Symphonie, admirablement restitués, ce polyptique ébranle l’auditoire par son âpreté. L’énigmatique chœur a cappella de l’Ave Maria (1re pièce[1]) se dissout dans les pleurs collectifs du Stabat Mater (2e pièce). L’opposition entre les tendres voix féminines des Laudi alla vergine Maria (3) , issus du Paradiso de Dante (chant XXXIII), et la polychoralité théâtralisée du Te Deum laudamus (4) est d’une tension extrême sous la baguette de Clelia Cafiero. Rappelons qu’elle fut cheffe de chant au début de sa jeune carrière. L’auditeur peut repérer quelques éclats de trompettes et trombones au jour du Jugement, sans l’emphase du Tuba mirum (Requiem).

Le soir de première (deux concerts se succèdent), les qualités d’exécution des deux Chœurs réunis – Opéra de Nice (chef Giulio Magnanini) et Opéra national de Montpellier (cheffe Noëlle Gény) sont honorables (Ave Maria) quoique perfectibles – le vibrato des pupitres féminins extérieur à la pureté monastique, les entrées hésitantes des ténors. Cependant, l’éclat du double chœur avec orchestre (Te Deum laudamus) magnifie le vers répété, « En toi, j’ai mis mon espérance » (Verdi avait 84 ans …). En clôture du concert, il offre à l’auditeur ému la possibilité d’écouter en lui-même l’écho, comme si la musique continuait souterrainement son cheminement sensible.

Retrouvez ici notre interview de Clelia Cafiero.

—————————————————————————–

[1] L’Ave Maria est construit sur la fameuse Scala enigmatica de Verdi (échelle énigmatique) qui produit des mélodies et harmonies insolites. Ce faisant, ses intonations sont particulièrement difficiles.

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Les artistes

Chœur de l’Opéra national Montpellier Occitanie, cheffe Noëlle Gény
Chœur de l’Opéra de Nice Côte d’Azur, chef Giulio Magnanini

Orchestre national de Montpellier Occitanie, direction Clelia Cafiero

Le programme

Quattro pezzi sacri de Giuseppe Verdi 
5e Symphonie D. 485 de F. Schubert

Opéra Comédie de Montpellier, concert du vendredi 12 juin 2026

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Clelia Cafiero
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Sabine Teulon Lardic

Sabine Teulon Lardic est chercheure à l'université de Montpellier 3. Spécialiste de l'opéra-comique du XIXe siècle et des spectacles lyriques dans les Théâtres de plein air (XIXe-XXIe siècles), elle a collaboré aux volumes collectifs de Carmen Abroad (Cambridge Press), The Oxford Handbook of the Operatic Canon (Oxford Press), Histoire de l'opéra français, t.3 (Fayard, 2022). Elle signe également des articles pour les programmes de salle (Opéra-Comique, Opéra de Montpellier) ou la collection CD du Palazzetto Bru Zane.

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