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CD – Tout Puccini (ou presque) avec Sondra Radvanovsky

par Stéphane Lelièvre 23 mars 2026
par Stéphane Lelièvre 23 mars 2026
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Les artistes

Sondra Radvanovsky, soprano

Lyric Opera of Chicago Orchestra, dir. Enrique Mazzola

Le programme

Puccini Heroines

Pages extraites de Le Villi, La bohème, Madama Butterfly, Tosca, Manon Lescaut, La fanciulla del West, Suor Angelica, Edgar, La rondine, Gianni Schicchi

1 CD Pentatone (1h15 min.), 27 mars 2026

Après un récital Verdi paru en 2000, puis un hommage à Donizetti avec un enregistrement consacré aux trois reines d’Angleterre en 2022, Sondra Radvanovsky se devait d’offrir à ses admirateurs un témoignage de ses incarnations des héroïnes de Giacomo Puccini. C’est désormais chose faite avec la captation d’un concert donné en février 2025 au Lyric Opera of Chicago – un programme très généreux (près de 80 minutes de musique) au cours duquel la quasi-totalité des opéras composés par Puccini sont abordés : ne manque guère à l’appel qu’Il tabarro (et la romance de Giogietta : « È ben altro il mio sogno ») ! On sait gré dans tous les cas à la chanteuse et au chef d’avoir concocté un programme sortant des sentiers battus où, à côté des attendues Bohème, Turandot ou Tosca,  se font également entendre des pages extraites des Villi, d’Edgar, La rondine ou La fanciulla del West (que la chanteuse abordera en janvier prochain au Metropolitan Opera de New York).

La soprano canadienne appartient à cette rare catégorie de chanteuses capables, à l’instar d’une Maria Callas ou d’une Renata Scotto, d’exceller dans des répertoires extrêmement variés, du bel canto du primo Ottocento jusqu’au répertoire italien bien plus tardif. Si elle s’impose aujourd’hui comme l’une des grandes références du soprano dramatico d’agilità, un domaine dans lequel elle connaît assez peu de rivales, les grandes interprètes pucciniennes ne manquent guère… Y en a-t-il beaucoup pour autant qui, comme Sondra Radvanovsky, soient capables de passer avec autant d’aisance de la légèreté de Musetta à l’intensité dramatique de Manon Lescaut ? Du désespoir feint de Lauretta au hiératisme glacial de Turandot ? Pour un peu, on en viendrait presque à donner raison à Anna Netrebko qui, il n’y a guère, affirmait que les vocalités de Liù et Turandot n’étaient pas si éloignées ! (CQFD…) Quoi qu’il en soit, dans des rôles où, à priori, on ne l’attendait pas forcément, Sondra Radvanovsky surprend par sa capacité à alléger son émission et à modeler son timbre : la Mimi de La Bohème révèle ainsi toutes les délicates nuances que requiert le célèbre « Si, mi chiamano Mimi », tandis que Magda, dans La Rondine, bénéficie d’aigus filés d’une grande élégance.

Mais c’est évidemment dans les pages les plus dramatiques que l’artiste donne la pleine mesure de son talent. Le récital est conçu comme une montée en tension vers le « In questa reggia » de Turandot, véritable sommet du programme. On est fasciné par la facilité avec laquelle la chanteuse lance le redoutable « quel grido e quella morte », ou encore le « Gli enigmi sono tre », projeté avec une arrogance insolente au-dessus du déferlement orchestral. Mais la maîtrise technique de cette belcantiste émérite fait qu’elle  parvient également, dans la même page, à préserver le délicat legato de « Principessa Lo-u-Ling ».
Même maîtrise dans « Sola, perduta, abbandonata » de Manon Lescaut, où l’éclatant « Non voglio morir » conclusif impressionne autant par sa puissance que les nuances bouleversantes qui le précèdent dans l’évocation des malheurs qui ont frappé l’héroïne sur le sol américain. On songe ici à la célèbre mise en garde de Callas contre le « mal canto » puccinien : de fait, les plus grandes interprètes de ce répertoire ne sont-elles pas précisément celles qui, comme Radvanovsky, s’appuient sur une solide technique belcantiste pour ne jamais sacrifier la ligne, l’élégance ni la fidélité au texte musical ?
Autre moment marquant, la prière de Tosca, un des rôles fétiches de la soprano. La richesse des nuances — crescendos, diminuendos, pianissimi, messe di voce — s’y déploie avec un naturel confondant dans le « Perche signor, me ne rimunere così » : jamais la maîtrise technique n’apparait ici comme un tour de force ; elle reste au contraire constamment au service de l’émotion…

Il faut enfin saluer la prestation du Lyric Opera of Chicago Orchestra, dirigé par Enrique Mazzola. Loin de se cantonner à un rôle d’accompagnement, l’orchestre s’affirme comme un véritable partenaire dramatique, faisant preuve, à l’instar de la chanteuse, d’une remarquable versatilité expressive. Il n’est pour s’en convaincre qu’à écouter des pages orchestrales aussi différentes que les préludes d’Edgar aux raffinements distillés avec grâce, celui de La fanciulla del West à l’allant irrésistible, ou encore l’intermezzo de Manon Lescaut, poignant dans sa prophétique évocation de la tragédie menaçant de frapper l’héroïne éponyme.

Le public de Chicago ne s’y est pas trompé, qui fait aux artistes un triomphe. Et l’on peut parier que celui de l’Opéra Bastille, qui, fait rarissime, avait contraint il y a quelques années la soprano à bisser le « D’amor sull’ali rosee » du Trovatore, lui réservera un accueil tout aussi enthousiaste à l’occasion des représentations de Tosca programmées du 31 mars au 18 avril !

—————————————————

Retrouvez Sondra Radvanovsky en interview à l’occasion de sa venue à Paris pour Tosca !

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Sondra Radvanovsky
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Stéphane Lelièvre

Stéphane Lelièvre est maître de conférences en littérature comparée, responsable de l’équipe « Littérature et Musique » du Centre de Recherche en Littérature Comparée de la Faculté des Lettres de Sorbonne-Université. Il a publié plusieurs ouvrages et articles dans des revues comparatistes ou musicologiques et collabore fréquemment avec divers opéras pour la rédaction de programmes de salle (Opéra national de Paris, Opéra-Comique, Opéra national du Rhin,...) Il est co-fondateur et rédacteur en chef de Première Loge.

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